Les rails de la gloire : CAPO Limoges (1919-2019), 2nde partie

La libération de la France coïncide avec l’âge d’or du CAPO Limoges. L’article vous présente dans cette seconde partie, ces plus grands moments jusqu’à son retour dans l’anonymat limousin où « vivre heureux, c’est vivre caché », mais pas trop non plus.

À pleine vitesse (1945-1949)

C’est en Championnat de France Excellence où le CAPO montra ses progrès. Dès la saison 1944-1945, le CAPO Limoges joue la compétition reine appelée le temps d’une saison le « Critérium National ». Éliminé en 16 ème de finale lors de cette saison par le Toulouse AC (41-30, 25 mars 1945, à Limoges), le CAPO apprend le basket de haut-niveau. La saison suivante, le Championnat 1945-1946 se dispute sous la forme de tours éliminatoires dont le CAPO Limoges est exempté des trois premiers tours.

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Le ground du Stade de la Gare, lieu de la plupart des rencontres du CAPO entre 1930 et 1950 (Source : Photo aérienne 1947 – IGN.fr).

Tout commence alors le 23 décembre 1945, à l’occasion du quatrième tour, où le CAPO défit sans difficulté le champion du Poitou 1945, l’AS des Cha. Quelques jours plus tard, le 13 janvier 1945, c’est au tour de l’Espérance de Toulouse de passer à la trappe (35-24), à croire la presse il s’agit d’une « grosse surprise de la journée »… et pas la dernière puisque le CAPO se paye la tête des parisiens du Racing Club de France (18-17) le 24 février 1946, lors des 8èmes de finale… l’arbitre de la rencontre, le bordelais M. Bélier, sera pris à parti par les joueurs de la capitale furieux de tomber face à ces petits limougeauds dont Pasquet avait monopolisé le ballon permettant cette inédite victoire… une réaction compréhensible pour l’une des seules équipes françaises à avoir battu cette saison une équipe américaine… celle de l’armée (en 1945, le CS Le Mans avait réalisé pareille performance) !

CAPO LIMOGES 1945 1946
L’équipe du CAPO Limoges de la saison 1945-1946 (Source : La Marseillaise du Centre, 12 août 1946 – BFM Limoges).

Qualifié pour les quarts de finales, un engouement entoure l’équipe de la gare des bénédictins, notamment à travers la plume de l’ancien basketteur limousin, chroniqueur au Populaire du Centre, Soulier et celle du journaliste photo-reporter de la Marseillaise du Centre (Écho du Centre), Estra. Il faut dire que l’adversaire du CAPO pour le quart attise la curiosité. En effet, Limoges, le 17 mars 1946 reçoit le champion universitaire de France 1945, « commandé par l’international Frézot où brillent les jeunes internationaux Rival, le tacticien Favory et Faucheyre, les rapides et très adroits avants » insiste l’Écho du Centre du 14 mars 1946. Au dessous de leur niveau, nerveux, les capoïstes s’étant remis à des tirs longues distances de Pasquet (international cheminot français) ne purent rattraper le départ foudroyant (20-7 pour les visiteurs à la mi-temps). Les limougeauds ont pu admirés toute la classe des étudiants emmené par l’acrobate Rival. Déçu de leur élimination, le CAPO remportera à nouveau comme en 1945, le Championnat Excellence en battant en finale (28-19, 14 avril 1946) La Martiale, le patronage limougeaud qui monte.

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Le BK UNCAS de Prague et ses internationaux en pagaille, saison 1946-1947 (Source : Basket magazine, septembre 1947 – BNF, Gallica).

La belle saison se conclue notamment sur une rencontre nocturne contre l’équipe du BK UNCAS Prague (alors 11 fois vainqueur du championnat de Tchécoslovaquie) composé en grande partie des joueurs vainqueurs de l’Eurobasket 1946 (en Suisse) dont le MVP, Josef Krepela. Pour l’anecdote, les « champions d’Europe » ont battu le CAPO 44 à 22 (22 mai 1946), dans la Salle du Lycée Gay-Lussac, bondée pour le spectacle malgré le tarif exceptionnel de 100 francs la place. Une grande classe d’écart où les basketteurs limousins voir français ont rarement l’occasion de voir des joueurs portaient « littéralement la balle dans le panier et par contre coup, l’en enlèvent ! (témoin d’un incident de la balle en équilibre sur l’arceau enlevée sans effort, d’un saut élégant ! En France, on se fait la courte échelle !) » s’exclame le journaliste du quotidien local, l’Écho du Centre, Estra. Enfin quelques lignes également pour signaler, l’autre événement en 1946, avec la réception le 5 août 1946 de « l’équipe de Moscou » [opposée à la sélection de Limoges comprenant de nombreux éléments du CAPO et de la Martiale de Limoges] au Stade l’Évêché emmenée par  le pivot de l’URSS, Koniev… en réalité, il s’agissait essentiellement de l’ossature principale de l’équipe nationale de l’Union Soviétique qui sera plus tard en 1947, vainqueur de l’Eurobasket !

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Le CAPO face au Stade Français, à Limoges (Source : Populaire du Centre, 2 décembre 1946 – BFM Limoges).

Pour sa troisième saison consécutive en Championnat de France Excellence, le CAPO expérimente une nouvelle formule. À la différence des saisons précédentes qui se déroulaient en matchs à élimination directe, la saison 1946-1947 prévoit l’organisation de poules qualificatives en deux séries dont sont issus les demi-finalistes qui s’affrontent sur un seul match éliminatoire, de même que les finalistes. En première série, Limoges est verser dans la Poule E et affronte successivement le Stade Montois (3 novembre 1946, victoire 46-28, à Mont-de-Marsan), le Stade Français (1er décembre 1946, défaite, 48-28, à Limoges), à l’AS Charente de Saintes (22 décembre 1946, match nul, à Angoulême). Sa deuxième place lui permet de se qualifier pour le second tour. Versé dans la poule A, le CAPO affrontait des grands noms du basket-ball comme l’Éveil Sportif Sainte-Marie de la Guillotière de Lyon emmené par Busnel et Buffière ; l’US Métro, une des meilleures formations parisiennes de l’époque et enfin une équipe en ascension, l’AS Monaco. En nocturne, toujours dans la petite Salle « Guynemer » du Lycée Gay-Lussac où on peut mettre environ 300 à 500 spectateurs (nb : trop petite pour le nombre d’adeptes… le « succès qui aurait pu être plus grand si les installations de la ville l’avaient permis » nous rapporte ainsi le journaliste Soulier dans sa chronique basket du Populaire du Centre du 3 février 1947), Limoges s’incline d’abord contre l’ESSMG Lyon (2 février 1947, 43-20 défaite, 30 000 francs de recettes), puis les hommes du capitaine Cart-Lamy, à Limoges se frotte à l’US Métro qui aura un mal fou à se débarrasser des Pasquet, Cart-Lamy et Seignolles (23 février 1947, 36-28, défaite)… et l’aventure prendra fin à un AS Monaco athlétique et adroit (9 mars 1947, 35-16, défaite, à Monaco). L’équipe 1 est éliminée de la compétition.

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Une phase du match, CAPO Limoges contre Stade Français, au Stade de la Gare (Source : La Marseillaise du Centre, 3 décembre 1946 – BFM Limoges).

Lot de consolation, les juniors du CAPO quant à eux atteignent la demi-finale du Championnat de France Junior face à Antibes, s’inclinant de justesse (30 mars 1947, 38-37, défaite, à Limoges). Au niveau local, le CAPO n’est pas en forme et perd en finale la Coupe « Inouï-tailleur » face aux intrépides joueurs de la Martiale (18 mars 1947, 33-20, défaite, Salle Guynemer, Limoges) et se permet le luxe… de déclarer forfait la finale du Championnat d’Excellence Limousin, en raison de la lenteur des organisateurs de la FFBB à mettre en place une finale, donnant d’office à l’autre finaliste, le titre de champion du Limousin !

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Une grande équipe parisienne, le RCF à la Salle Guynemer face aux limougeauds du CAPO (Source : Populaire du Centre, 3 novembre 1947 – BFM Limoges).

La saison 1947-1948 revoit le CAPO engagé en Championnat de France dont la formule reste la même. Les limougeauds réussissent à nouveau à se qualifier pour la seconde série de la compétition après avoir affronter en première série : le Racing Club de France (2 novembre 1947, 41-23, défaite, à Limoges, Salle Guynemer) ; AS Montferrand (23 novembre 1947, 35-28, défaite*, à Clermont-Ferrand *mais une réclamation limougeaude ne reconnaît pas cette défaite et fera rejouer le match le 4 janvier 1948 à Limoges… qui est finalement remporté par les limougeauds puisque les montferrandais déclaraient « forfait ») ; Athlétiques Bayonnais (14 décembre 1947, 37-23, victoire, à Bayonne). Ainsi, grâce au forfait de l’AS Montferrand et sa victoire sur les Athlétiques Bayonnais, le CAPO joue à nouveau le second tour de la compétition. Comme la saison précédente, Limoges ne réalisait pas un seul coup, dans la Poule A et s’inclinait ainsi contre : l’Hirondelle Couture de l’international français, Jacques Perreira, futur médaillé d’argent aux Jeux Olympiques de Londres (1er février 1948, 56-30, défaite, à Bagnolet) ; le PUC (22 février 1948, 49-17, défaite, à Limoges) ; USC La Rochelle où joue alors Gino Falorni, le père de l’actuel député de la 1ère circonscription de la Charente-Maritime (14 mars 1948, 40-33, défaite, à Limoges). Pour la deuxième saison de suite, le CAPO n’ira pas en finale du Championnat Excellence du Limousin, laissant le soin aux missionnaires de La Martiale, champion de haute-vienne 1948, de s’adjuger le titre régional face à l’ASPTT Limoges, au Stade Municipal de Limoges (Beaublanc) sur le score de 31 à 24.

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Limoges – Hongrie, une des grandes rencontres de l’année 1948 à Limoges. La Salle des Sœurs Rivières est pleine pour ce match événement (Source : La Marseillaise du Centre, 16 février 1948 – BFM Limoges).

Cette saison basket est marquée par les rencontres entre la sélection de Limoges aux accents capoïstes et martialistes contre une sélection de « Budapest » qui ressemble fortement à l’équipe nationale de la Hongrie pratiquement au complet à l’exception de sa star hongroise, Ferenc Németh dont certains avaient glané la médaille de bronze à la France lors de l’Eurobasket 1946 (15 février 1948, 47-28, défaite de la sélection de Limoges, Salle des Sœurs de la Rivière dans une ambiance chauvine où le public s’en prit à l’arbitre hongrois, Monsieur Tar, jugé « nationaliste » par la plèbe limougeaude chahutant chaque actions hongroises… ce qui n’échappera pas à l’arbitre hongrois qui dira du public limousin : « le public ressemble étrangement à celui de Paris ! ») et enfin le match, France (FSGT) – Hongrie qui suscita également un certain engouement puisqu’il s’agissait encore d’une belle équipe hongroise comportant des internationaux (12 mai 1948, 28-23, victoire de la France, Salle des Sœurs de la Rivière).

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CAPO – RCM Toulouse, une rencontre très disputée entre toulousains et limougeauds (Source : La Marseillaise du Centre, 15 novembre 1948 – BFM Limoges).

À l’intersaison 1948, le CAPO est sur le point d’entamer sa cinquième saison au sein du Championnat de France Excellence. Une saison décisive pour le CAPO, de plus en plus contesté au niveau local par La Martiale. Elle commence au tournoi de Lyon où le CAPO s’impose et remporte le trophée du tournoi face aux meilleures formations de la région lyonnaise. Cart-Lamy (capitaine), Vouzelaud, Gourdon, Beaumord, Pasquet, Villesange, Pellison et Lemerlé devront comme la saison 1947-1948, sortir parmi les deux premiers de leur poule… si ils terminent à la 3 ème place ou 4 ème place, ils sont automatiquement reversés en 32 ème de finale du Championnat de France Honneur (deuxième niveau national). Au 1er tour, les limougeauds disposent de l’USC La Rochelle (24 octobre 1948, 24-21, victoire, à La Rochelle), puis au 2 ème tour, à la Salle « Mu » le CAPO récidive en dominant techniquement et tactiquement cette fois le RCM Toulouse de Joë Jaunay (14 novembre 1948, 30-25, victoire, à Limoges, Salle des Sœurs de la Rivière) et enfin lors du troisième match, opposant les deux premiers de la poule F, le Stade Clermontois prend le dessus aisément sur les cheminots connaissant à ce moment un malaise profond… (12 décembre 1948, 46-32, défaite, à Limoges)… Limoges se retrouve avec cette défaite à la troisième place, le RCM Toulouse ayant battu La Rochelle empoche la 2 ème place grâce au différentiel de points. Clermont et Toulouse se qualifient et Limoges est reversé alors en 32 ème de finale du Championnat de France Honneur… malheureusement, Caraman mettra fin aux illusions limougeaudes (9 janvier 1949, 50-43, éliminé en 32 ème de finale du Championnat de France Honneur, à Caraman). En Championnat Limousin Excellence, le CAPO ne participe pas aux phases finales… c’est encore et toujours La Martiale qui soulève le trophée face à l’US Tulle (7 mai 1949, 42-30, Salle des Sœurs de la Rivière)… titre pour le moins contestable car tout d’abord la rencontre aurait pu se dérouler dans le nouveau Palais des Sports de Brive mais également au vu de la participation de l’arbitre le plus limougeaud de la Ligue du Limousin, Albert Chaminade dont on peut interroger son impartialité lors de cette rencontre.

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La Martiale, un digne successeur du CAPO Limoges (Source : Marseillaise du Centre, 23 novembre 1948 – BFM Limoges).

Néanmoins, reconnaissons, la saison 1948-1949 doit beaucoup au Président du Comité Départemental de la Haute-Vienne (depuis 1940), Albert Chaminade qui a grâce à ses contacts, invité de nombreuses équipes françaises, étrangères à Limoges (les équipes hongroises, l’équipe des missionnaires américains etc…) mais également collaborer à l’édification d’une équipe « Limoges » qui affronta la sélection de Paris, de Lyon, de Nantes (nb : toutes battues par les joueurs limougeauds principalement issus du CAPO Limoges et de La Martiale Limoges, une belle performance face à des sélections menées par les stars de l’époque : Nemeth, Buffière etc… ce qui explique en partie l’inactivité du CAPO Limoges durant cette fin de saison, en s’investissant d’avantage pour ces matches inter-villes opposant les meilleurs joueurs de chaque villes françaises…).

Les années 1950, concurrence et déclin (1949-1960)

Après 1949, le CAPO cède sa place de locomotive à La Martiale et à l’ASPTT Limoges mais le club demeure un bastion du basket-ball limousin au début des années 1950. Ainsi, les cheminots « veulent reprendre les titres qu’ils ont portés pendant de nombreuses années ». Ce leitmotiv figurant dans Le Populaire du Centre du mardi 4 octobre 1949, animera la section de basket-ball durant ses nombreuses saisons où le CAPO fait figure d’outsider en Limousin, d’ailleurs il ne parviendra pas à remettre la main sur le Championnat Excellence Limousin et les trophées locaux pendant la décennie 1950, sans pourtant être loin du compte…. Sur les terrains de la France entière, le CAPO assume encore un rôle de représentant local en Championnat de France pendant quelques saisons.

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Feuillade (La Martiale) sur le point de marquer un panier face à Pasquet (CAPO), en Championnat du Limousin (Source : Marseillaise du Centre, 11 janvier 1949 – BFM Limoges).

En 1949-1950, l’équipe Bleu et Or, évolue en Excellence tout comme une autre formation, La Martiale. De son parcours, les résultats acquis par les limougeauds sont mitigés. Dans la poule E du championnat de deuxième division française de basket-ball, les limougeauds remportent tout d’abord leur première rencontre initiale face à l’Abeille Sportive de Gien du « magicien » Frézot (première journée, aller, 2 octobre 1949, 30-25, victoire, à Gien) et enchaîne en battant l’Espérance de Toulouse (deuxième journée, aller, 15 octobre 1949, 56-28, victoire, à Toulouse), puis arrache le nul à la troisième journée aller contre l’Alsace-Lorraine de Paris de l’international français Étienne Roland et Bressay (troisième journée, aller, 23 octobre 1949, 37-37, nul, à Nogent-sur-Marne). Mais les cheminots sont défaits par l’AS Montferrand de l’international François Théron (quatrième journée, aller, 13 novembre 1949, 52-34, défaite, à Clermont-Ferrand), puis succesivement contre le BC Montbrisond (cinquième journée, aller, 27 novembre 1949, 53-37, défaite, à Montbrisond), avant de remettre des points à ses compteurs face à l’Abeille Sportive de Gien (sixième journée, retour, 12 décembre 1949, 33-25, victoire, à Limoges) et contre l’Espérance de Toulouse (septième journée, retour, 22 janvier 1950, 49-25, victoire, à Limoges, stade de la gare). La fin de saison voit le CAPO s’inclinait face à l’Alsace-Lorraine de Paris (huitième journée, retour, 28 janvier 1950, 47-42, défaite, à Limoges) et à nouveau contre l’AS Montferrand (neuvième journée, retour, 12 février 1950, 68-46, défaite, à Limoges)… des défaites qui aurait pu très mal conclure la saison, en rajoutant à cette liste le match nul contre le BC Montbrisond (dixième journée, retour, 26 février 1950, 26-26, nul, à Limoges). Le CAPO Limoges se maintient de peu, grâce à la défaite de l’Abeille Sportive de Gien… comme quoi le malheurs des uns, fait des fois le bonheur des autres. C’était moins une ! Cette saison l’ASPTT Limoges rejoint pour la première fois le Championnat de France Excellence en battant le CEP de Lorient, en 16 ème de finale du Championnat de France Honneur (28 janvier 1950, 27-25).

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Les champions du Limousin entre 1949 et 1970.

Comme lors de la saison 1949-1950, le CAPO aurait pu s’offrir un titre de Champion de Haute-Vienne dès décembre 1949, avant de s’épuiser devant la relève, La Martiale et l’ASPTT Limoges… le 22 décembre 1949, La Martiale remporte un match décisif (25-19) dans la salle des Sœurs de la Rivière, empêchant aux cheminots de remporter trop tôt le championnat de la Haute-Vienne. Pour Le Populaire du Centre du 24 décembre 1949, « La Martiale, en battant le PO, a sauvé le championnat… mais le basket est sur la mauvaise voie » signalant au passage que le niveau était sur le point de régresser en Limousin… fin d’une ère ? La Martiale s’adjugera le titre de Champion Haute-Vienne cette saison-ci. Sans revenir en détail, le Championnat Excellence Limousin, quant à lui, est dominé par le duo ASPTT-La Martiale jusqu’en 1954, avec certitude selon nos informations, où d’ailleurs l’ASPTT Limoges remportera trois championnats supplémentaires (1950-1951, 1951-1952, 1952-1953) et un quatrième supposé avec les informations collectées lors de cette recherche (1953-1954). Mais le championnat perd en prestance puisque les équipes évoluant en Championnat de France Excellence seront aux abonnés absents des éditions suivantes organisées par la Ligue du Limousin, à partir de 1954, laissant aux plus petites formations de la région ou à leurs équipes réserves respectives le soin d’occuper les colonnes d’une presse régionale s’éloignant du monde amateur au profit du monde professionnel…

Il y a néanmoins des enseignements à retenir sur cette décennie.Fin septembre 1951, La Martiale innove, en mettant à la mode, la fameuse « défense de zone » contre la Saint-Louis de Gonzague, étrillée sur le score de 70 à 39. Au Populaire du Centre, le moniteur de service (probablement Pierre Jack), ne s’y trompe pas en qualifiant ce moment de « révolution pour le monde du basket limougeaud ». Les foules se font de plus en plus rares… à tel point que la presse soulignera par moment, la présence d’un seul spectateur pour assister à un La Martiale/Saint-Louis, illustrant la baisse de popularité du basket-ball en Limousin et en particulier dans la capitale des lémovices. Néanmoins ce phénomène frappe la France entière. Le magazine « Regards » qui livre ses impressions dans l’Écho du Centre tire la sonnette d’alarme, le 19 avril 1956, concernant l’attractivité du basket : « ce n’est pas le niveau du basket qui est en cause . La désaffection vient d’ailleurs. Sans du doute du manque d’intérêt de la plupart des rencontres de Championnat provoquées par le système de deux poules qui ne satisfait personne ».

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La rencontre ASPTT-Red Star Belgrade, un exemple parmi tant d’autres sur les démonstrations organisées en Limousin durant les années 1950 (Source : Populaire du Centre, 24 mars 1954).

Fort heureusement, le basket-ball limousin, les années 1950, ce fut aussi la réception à Limoges, de nombreuses formations étrangères comme les légendes américaines des « Harlem Globe Trotters » (1951) ou des équipes militaires US des « Terrors Trotters Sabres » (1954, 1957), des « Mormons » (1957) des « Braconne Barons » (1960) ou encore les étudiants espagnols du « Cerbuna Saragosse » (1955) et une mystérieuse « sélection de Barcelone » (1951) dont l’essentiel des membres évoluaient à la Joventut Badalona ou encore le « Red Star Belgrade » (1954), alors champion de Yougoslavie… L’occasion de remplir la Salle des Sœurs de la Rivière avec une pointe de 1200 spectateurs par exemple, le 3 mars 1957 pour le match ASPTT Limoges – Sabres (USA). Au vu des équipes proposées par la Ligue du Limousin et le comité départemental de la Haute-Vienne, les basketteurs locaux furent gâtés.

Au CAPO, la saison 1950-1951, voit la descente de l’équipe première en troisième division du Championnat de France de Basket-Ball (Honneur). Division dans laquelle, le CAPO essayera en vain de revenir en Excellence France mais les départs successifs, notamment celui de son capitaine Cart-Lamy (nb : qui sera capitaine du Cercle Saint-Pierre Limoges en 1956, une belle pioche pour le Patro en pleine réminiscence depuis son titre de Champion Promotion Limousin en 1953), ne permettront plus de combler le déficit accumulé. Pour rajouter à la morosité, en novembre 1951, la section d’athlétisme disparaît du club omnisports… À presque 30 ans, la section de basket-ball capoïstes, en 1959 est conscrit à la division Honneur du Limousin, et se classe alors depuis deux saisons à la deuxième place du Championnat Honneur Limousin, sans parvenir pour autant à revenir en Excellence. La vieille locomotive bénédictine n’est pas à l’arrêt mais concède un retard.

Une institution vivante (1959-2019)

L’Histoire et les souvenirs liés au Club Athlétiques Paris Orléans de Limoges, devenu en 1937, Club Athlétiques de Préparation Olympique de Limoges, sont toujours vivants dans le cœurs de nombreux joueurs et adversaires. Concluons notre article sur les souvenirs de ces joueurs au cœur bleus et jaunes ou de ces adversaires d’un soir, de toujours.

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Le logo du CAPO Limoges Basket-Ball au début des années 1990 (Source : Collection Richard Brown).

 

Parole tout d’abord à un ancien du CAPO, Richard, qui nous livre ses impressions sur ses années passées dans les salles Raoul Dautry et André Raynaud, entre 1981 et 1993, l’antre du CAPO moderne : « Le CAPO LIMOGES, club de mes débuts, dans lequel j’ai passé au final 12 saisons consécutives. De 1981 à 1993. Cela ne s’oublie pas ! Le CAPO LIMOGES, club des cheminots, point de chute presque logique pour un petit-fils et fils de cheminot. J’y ai connu des joies et des peines et j’y ai rencontré des dirigeants et des bénévoles impliqués. J’ai eu la chance de jouer pour des entraîneurs de qualité et aux côtés de joueurs dont certains auraient pu largement évoluer à un niveau supérieur, mais qui restaient pour les valeurs et l’état d’esprit véhiculés par ce club. Ce club était à l’époque une vraie famille, et le réveillon du nouvel an, notamment, était devenue une institution que personne ne voulait rater. Tellement de souvenirs me reviennent de ces années. Mais si je devais en isoler certains je conserverai :

  • les « classiques » contre la LIMOGES SAINT ANTOINE, une belle rivalité, avec des matchs qui à DAUTRY ou à André RAYNAUD étaient toujours intenses.
  • la montée en Nationale 4 (1991-1992) et la saison qui a suivi, bien que cette derrière ai été compliquée [nb : et en plus une finale de Coupe du Limousin contre l’US Tulle]
  • la participation à la dernière coupe de France junior, une récompense fort appréciée pour moi qui n’était encore que cadet à l’époque.
  • une sélection en équipe « Aquitaine – Limousin » SNCF dans le cadre des championnats de France SNCF et de la sélection pour l’équipe de France SNCF. »

Ce club et cette partie de ma vie de basketteur amateur resteront à jamais gravé dans ma mémoire c’est certain. ».

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Incontestablement, la saison 1991-1992 est l’une des dernières grandes saisons du club des cheminots. Le 11 avril 1992, la Saint-Antoine est battue in-extremis par le CAPO et Thierry Maucourant, 93-92, devant plus de 500 spectateurs. À la suite de ce match, le CAPO monte en N4 (Source : Populaire du Centre, 13 avril 1992 – BFM Limoges).

Un club à l’identité singulière qui garde une place spéciale pour ce fils de cheminot. Et cette identité n’a pas échappé non plus, à François Chevalier, journaliste « ouvrier » chez Télérama, un habitué des terrains de la région au début des années 2000, passionné par ce sport dont on a le plaisir de lire ses chroniques sur internet portant sur une société qui bouge à grande vitesse mais peut-être pas comme l’une de ses journées de basket-ball où le match se transforme en une scène de corrida [et qui se vit une seule fois dans une vie] :

« Avec Brive, j’ai affronté le CAPO à plusieurs reprises au début des années 2000, en excellence région (le nom que l’on donnait autrefois à la prénationale). Il n’était jamais simple de manœuvrer cette équipe dans sa salle, à Raoul Dautry. Le revêtement très glissant du gymnase n’arrangeait rien. Je me souviens qu’il y avait de fortes têtes dans cette équipe, des joueurs de caractère. Ce n’était sûrement pas la formation la plus talentueuse du championnat mais ça mouillait le maillot ! Les gars jouaient ensemble depuis longtemps. Il y avait de la fierté et de la roublardise. Une fois, nous en sommes venus aux mains, après un match de la peur — les deux clubs luttaient pour le maintien — où l’arbitre avait cru bon d’exclure tout notre cinq majeur pour 5 fautes… Tout au long de la rencontre, les noms d’oiseaux avaient fusé. Dans la raquette, on était physiquement proche du combat de rue. Au final, on doit perdre de 1 point. Un vrai traquenard ! Victimes d’un “arbitrage maison”, nous avions cru bon d’échanger quelques marrons avec les mecs du CAPO après la rencontre. Des spectateurs s’en étaient même mêlés… Baston générale ! Plusieurs joueurs, dont moi-même, avions écopé d’une suspension… En presque 25 ans de “carrière”, c’est la seule fois où je me suis battu sur un terrain. » .

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Une team du CAPO Limoges, dans les années 1980, participant au championnat régional, dont vous pouvez compléter les informations (Source : Populaire du Centre – Archives Blondeau).

À vous lecteurs de compléter cet historique, avec vos souvenirs ou vos archives car je vous ai livré qu’une partie de cette riche histoire nous amenant des abords de la gare, en passant par les « gyms » de Guynemer, Raoul Dautry ou André Raynaud.

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Les rails de la gloire : CAPO Limoges (1919-2019) 1ère partie

À l’occasion du centenaire du Club Athlétique Paris Orléans, l’idée m’est venue de vous présenter un passage brillant de la première locomotive du basket-ball limousin. Les témoins de l’épopée des basketteurs capoïstes ont aujourd’hui disparu ou sont restés dans la confidentialité.

Une société sportive précurseur de l’introduction du basket-ball en Limousin (1919-1920)

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Le logo du CAPO Limoges (Source : CAPO Limoges).

L’essor des chemins de fer développa partout en France, la création de gares desservant les principales agglomérations françaises générant parallèlement des activités de toutes natures autours de ces maillons ferroviaires. Ainsi, sur l’axe historique Paris-Orléans-Limoges-Toulouse, propriété de la Compagnie du Chemin de Fer de Paris-Orléans, y fleurissent non seulement les puissants syndicats cheminots (jaunes, rouges etc…), outils indispensables dans les luttes sociales entre les directions et le personnel cheminot, d’une part et d’une autre part les associations sportives et culturelles portant le nom de CAPO… ainsi il existe plusieurs CAPO (Paris, Orléans, Limoges, Toulouse etc…) qui connaîtront des succès inégaux dans leurs régions respectives. À Limoges, le 21 septembre 1919, un groupe de cheminots motivés déposa les statuts du Club Athlétiques Paris Orléans à la Préfecture de la Haute-Vienne (Limoges). Le club est clairement catégoriser comme un club « corporatiste » où seulement sont acceptés comme adhérents, les cheminots et les membres de leurs familles. Rapidement, dès 1919, le CAPO Limoges met en œuvre des meetings sportifs en Athlétisme avant d’élargir ses activités à des sports de masse comme le rugby ou le basket-ball (Source : Populaire du Centre, 6 avril 2013).

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L’équipe réserve du CAPO Limoges celle de la saison 1932-1933, Champion Honneur du Limousin, de gauche à droite : Peyrinaud (centre et capitaine), Menot (arrière), Caraud (avant), Chanteraud (arrière), Labroure (avant) (Source : Populaire du Centre, 19 mai 1933 – BFM Limoges).

La première trace effective du Basket-ball au CAPO Limoges remonte à l’année 1920. Le 28 février 1920, dans le quotidien socialiste, Le Populaire du Centre, le « Club Athlétique du Paris-Orléans » annonce pour le 1er mars 1920, la tenue d’une démonstration de basket-ball mettant aux prises les équipes 1 et 2 du CAPO, constituées probablement de membres de la section athlétique, sur le terrain du 10 route d’Ambazac, à partir de 17h30 où le « public sera accepté ». Le CAPO Limoges, « récemment créé, innove et offre sans doute aux chercheurs de nouvelles perspectives sur l’implantation du Basket-Ball. La société sportive cheminote, dû fait de sa spécificité propre aux métiers du chemin de fer, était certainement bien informé des règles du Basket-ball et fut en contact assez suffisamment longtemps avec les troupes américaines pour prendre goût au sport orange de l’ « Uncle Sam ». Il s’agit en tout les cas d’une supposition, sachant que les historiens se sont peu intéressés jusqu’à présent au sport dans les entreprises et notamment dans le réseau cheminot, qui était en 1919, une force et un atout majeur du territoire français. Les cheminots étaient déjà considérés, dans la classe « prolétaire » comme une élite ouvrière, capable de transmettre les idées des révolutions allemande et russe de la plume à la parole, aux couches populaires. L’implantation des syndicats et des mouvements socialistes et communistes au sein des cheminots limougeauds en est l’illustration. N’est-il pas vrai que ces cheminots jouèrent un rôle important au début du XX ème siècle dans la diffusion des « nouveautés » ? la question mérite d’être approfondie (Source : Blondeau Hugues, Guide du Basket-Ball Limousin, saison 1932-1933, « Les débuts du Basket-Ball en Limousinc) Le Basket-Ball Limousin après le départ des contingents américains… », 2015).

Sous les trombes de l’entre deux-guerres, le CAPO s’élève en vainqueur (1920-1939)

Durant les années 1920 et 1930, le quotidien de la section de basket-ball du CAPO est traversé par des succès et des défaites qui n’ont alors aucune répercussion sur le paysage du basket-ball national. A partir de l’année 1924, la F.F.A du Limousin organise le premier « Championnat du Limousin », auquel participe trois sociétés limougeaudes (Red Star Limoges, Stade Olympique de Limoges et les Cadets de Saint-Michel) mais le club cheminot n’évolue pas encore en championnat selon les archives personnelles d’Albert Chaminade (Source : Musée du Basket, archives Albert Chaminade) et verra le Red Star Limoges devenir le premier champion de l’Histoire du Basket-Ball Limousin. En 1928, les Bleus et Ors viennent en aide à la SAUL en leur aménageant un terrain au Grand-Treuil… l’heure est à la mutualisation entre basketteurs : partage et développement du Basket.

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Le CAPO et la SOL, deux « teams » du championnat excellence limousin des années 1920 et 1930 (Source : Les Sports du Centre, 17 janvier 1936 – Archives Départementales de la Haute-Vienne).

En 1930, l’information sportive concernant le basket-ball local sort de son anonymat et le nom du CAPO apparaît parmi les deux clubs limousins (le SOL – Sporting Olympique Limoges, étant le deuxième représentant local) qualifiées pour le « Championnat de France de Basket-Ball 1930-1931 ». Toutefois au niveau national le club limougeaud ne franchira pas le palier des éliminatoires et sera barré comme pour la plupart des clubs limousins ayant participer à ce stade de la compétition notamment par des clubs de la Côte d’argent (région de Bordeaux). Dès la saison 1930-1931, le CAPO Limoges domine le « Championnat Excellence Limousin de Basket-Ball » et remporte probablement selon nos informations ce même championnat face à ses rivaux laïques de la SOL, du Red Star, de la SAUL.

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Le basket-ball une affaire de laïques et paroissiaux, ci-dessus, CAPO-Alouette, un classique du championnat des années 1930 et 1940, au Stade de la Gare où se mêle la neige et la boue (Source : Le Rayon, février 1938 – Archives Départementales de la Haute-Vienne).

Entre 1930 et 1939, le CAPO Limoges remporte 5 championnats « Excellence du Limousin » sous l’égide de la FFA (1931), puis de la FFBB (1934, 1936, 1937, 1939), sans compter les challenges, les coupes locales telle que la Coupe Henri Esders et les challenges corporatifs du « Po » ou « Midi-Po ». Leurs batailles étaient livrées au « Stade Locarno », à la hauteur du « parco-train », où la pluie se mêlait à la terre, formant une « gadoue gluante », empêchant les prouesses des solistes locaux et nationaux. Seule l’Alouette (et dans une moindre mesure le SOL) fut en mesure de damer des victoires et des titres aux capoïstes. Ces catholiques de la paroisse Sainte-Valérie, véritables troubles fêtes de la Ligue du Limousin et de l’URL (FGSPF – la ligue affinitaire pour les patronages), dignes successeurs des Cadets de Saint-Michel et qui avait reçu des quolibets également quant à leur engagement dans la compétition, réussiront à prendre le dessus sur les laïques et notamment le CAPO en 1932, 1933 et enfin en 1938.

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Une action du match entre le CAPO et la SOL sur le terrain de Beaublanc, en 1936 (Source : Les Sports du Centre, 17 janvier 1936 – Archives Départementales de la Haute-Vienne).

En revanche, cette concurrence était modeste aux pays de la race limousine malgré l’attractivité des frais d’inscription pour la participation aux Championnats du Limousin FFBB, pouvant atteindre des sommes ridicules allant de 5 francs à 15 francs pour une seule équipe… s’expliquant en partie par la relative frilosité des patronages limougeauds à devenir des clubs de compétition, dépassant le cadre de la communion dominicale et aux nombreux désistements de dernière minutes des équipes laïques, faute d’avoir envoyer les papiers à temps, à la FFBB, ou bien d’accords financiers entre la section basket et le club ou encore, rajoutons à cette liste, faute de joueurs (par exemple lors de la saison 1934-1935, les formations du Limoges Étudiant Club et la SAUL déclarent forfaits, ils n’étaient plus que trois équipes en lice au début de la saison…).

Limoges, tout le monde descend… (1939-1945)

Il faut attendre la fin des années 1940 pour voir enfin les pages les plus glorieuses du CAPO s’écrire en lettres d’or mais cette belle page ne peut être comprise sans revenir sur la période de recomposition du basket-ball local durant la deuxième guerre mondiale qui fut décisive à bien des égards pour le club des cheminots.

En septembre 1939, la guerre ayant éclater, toutes les activités sportives sont paralysées (nb : même si dans le Courrier du Centre, on trouve en 1941, la mention d’un vainqueur pour l’année 1940 qui serait… le CAPO Limoges… peut-être s’agit-il d’une erreur). À Paris et partout ailleurs, on pense que cela ne durera quelques mois, le temps que les politiques trouvent un accord pour la paix avec une Allemagne revenant à la raison, sans véritablement livrés des combats… or en trois semaines, durant le mois de mai et juin 1940, l’Armée française est battue par la Wehrmacht et la France représentée par son nouveau chef de gouvernement, le Maréchal Pétain, le 22 juin 1940, accepte et signe les conditions d’armistice promulguées par les allemands. Ainsi la France se retrouve coupée en trois zones : la zone occupée par les allemands, la zone occupée par les italiens (armistice du 24 juin 1940) et enfin la zone non occupée, appelée la « zone libre » par la nouvelle autorité française de Vichy, formée dès le 10 juillet 1940.

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Un rassemblement vichyste à l’occasion du premier anniversaire de la Légion française des combattants (LFC), à Limoges, le 31 août 1941, non loin de la Préfecture de la Haute-Vienne (Source : 15 FI 136 – Archives départementales de la Haute-Vienne).

Le retour à la compétition se fait dans de nouvelles conditions. Avant de reparler du basket-ball et du CAPO Limoges, il convient de souligner le contexte de la politique sportive sous Vichy. La jeunesse est alors accusée d’être à la source de la défaite française de 1940, mettant en avant sa soi-disant paresse, son individualisme et son attachement au matérialisme. Ce pourquoi, Vichy mènera une politique juvénile afin de refaire une « jeunesse forte, saine de corps et d’esprit », à travers le Commissariat Général à l’Éducation Générale et Sportive (CGEGS), rattaché au Ministère de l’Éducation Nationale. À sa tête, entre 1940 et 1942, on retrouve Jean Borotra, ancien tennisman et pétainiste convaincu. Ce commissariat consacrera à une réorganisation du sport en France dont la loi la plus importante fut la loi du 20 décembre 1940, dénommée « la charte des sports » permettant à l’état de placer sous tutelle les fédérations et leur retirant la liberté dont ils jouissaient avant-guerre avec la Loi 1901. Elle fut appliquée jusqu’en 1943, date à laquelle l’ordonnance du 2 octobre 1943, redonnait l’autonomie au mouvement sportif (Source : Pécout Christophe, « La politique sportive du gouvernement de Vichy : discours et réalité », Les cahiers psychologie, numéro 7, Juillet 2005).

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Une photo prise dans une des casernes de Limoges durant la guerre, après un match contre les Gardes Mobiles (Source : Photo collection Blondeau).

Ainsi, la ligue du Limousin jusqu’en 1945 accueille dans son championnat régional de nouveaux clubs issus de comités régionaux dissous (Berry, Dordogne) en novembre 1941 (Source : Comité départemental, « Le Basket-Ball dans l’Indre », 2008). La ligue du Limousin devient beaucoup plus compétitive en intégrant les meilleures équipes du Berry (ex : La Berrichonne de Châteauroux) et de la Dordogne (ex : COPO Périgueux, qui sera Champion de France durant la guerre en féminine). Le championnat départemental devient le championnat de référence à partir de 1941 (les champions de chaque départements se rencontraient afin de déterminer le champion régional), selon nos informations, avant qu’en 1943, le championnat régional reprenne de la mesure. Entre temps, le basket-ball connaîtra sur l’ensemble du territoire une évolution positive. La Corrèze et la Creuse commence à percer dans le basket-ball par l’entremise des équipes féminines notamment mais également masculines comme le Sporting Club Tulliste tombeur du champion de France 1941 de la zone libre, le Toulouse AC et ses internationaux Puej, Palouzié, Bertin, en 16 ème de finale du Championnat de France 1941-1942 (nb : le match est rejoué suite à une contestation douteuse d’un dirigeant toulousain).

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Champion du Limousin Excellence FFA, puis FFBB entre 1924 et 1949

De nombreuses démonstrations mettent en avant le basket-ball dans la région, avec la réception de la redoutable armada de Sainte-Marie la Guillotière de Lyon face à une sélection limousine au Champ de Juillet à l’occasion d’une fête vichyste (nb : le terrain avait été installé au-dessus de la fontaine du Champ de Juillet, toute une affaire !) ou alors en 1942 avec l’organisation de la finale de la Coupe de France de basket-ball militaire au Stade Vélodrome de Limoges, en la présence du commissaire des sports, Jean Borotra. Elles ont un but propagandiste… les fêtes républicaines et socialistes sont remplacés par les fêtes nationales de Vichy (fête de Jeanne d’Arc, journée des prisonniers etc…) auxquelles les sportifs prêtent leurs concours.

Le CAPO Limoges quant à lui joua crânement les compétitions malgré les incertitudes. Entre 1940 et 1945, le CAPO remporte à deux reprises le Championnat du Limousin nouvelle formule (1943, 1945) et donc à deux reprises le Championnat de Haute-Vienne grâce en partie à son capitaine talentueux, Gillet. Son équipe comme la plupart des écuries limousines furent impactées par le départ de leurs licenciés au front. En revanche, le CAPO a le mieux résisté à l’hémorragie parmi les clubs limousins puisque les jeunes cheminots ne furent jamais appelés au STO car ils étaient jugés par les autorités allemandes et vichystes comme des personnes indispensables pour l’effort de guerre en métropole. Ainsi, nous n’avons pas trouvé de trace de désertion au sein du CAPO en faveur des maquis de la région contrairement aux jeunes du Cercle Saint-Pierre qui avaient rejoints le maquis de Grandmont.

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Les joueurs du CSP Limoges en 1945, actifs membres des FFI (Source : L’Histoire du Cercle Saint-Pierre, Xavier Popelier, 2017).

En maintenant une certaine hégémonie en Limousin, à l’exception de la saison 1940-1941 (Alouette vainqueur du Championnat du Limousin), de la saison 1941-1942 (Red Star) et enfin de la saison 1943-1944 (US Guérétoise), le CAPO entama l’après-guerre dans de très bonnes conditions sportives et matérielles… en août 1941, le CAPO s’équipa de deux nouveaux terrains flambant neufs, non loin de la Gare des Bénédictins.

La suite est à retrouver dans quelques jours… n’oubliez pas de partager !

1965-1966 : Basket et Limousin, une réconciliation attendue

Après plusieurs mois d’absence [volontaire], je reprends mes activités sur mon blog, en vous proposant, un réconfort, pour ce mois de novembre, qui ne peut que s’adresser aux amis du Basket-Ball régional et de son patrimoine puisque j’ai le plaisir de vous livrer le dernier « Guide du Basket-Ball Limousin » portant sur la saison 1965-1966. Bonne lecture.

Le Limousin s’émancipe

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Albert Chaminade, Monsieur Président lors d’une réunion du Comité Directeur du Limousin, en mars 1966, afin de rétablir pleinement le basket-ball creusois (Source : Populaire du Centre, 23 mars 1966 – BFM Limoges).

Mis sous tutelle pictave au début des années 1960, le Limousin n’était plus une région fédérale. Albert Chaminade, le patient dévoué à la cause de « son » basket local avait entrepris une Résistance pacifique contre le joug de la FFBB. Ses efforts finirent par payer puisque le Limousin était intronisé de nouveau [légitimement] dans la cour fédérale, avec à sa tête, immanquablement, Monsieur Président Chaminade.

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Veyrier contre Leroy-Johnson un duel de choix pour cette saison unique au premier échelon national du basket-ball français (Source : Populaire du Centre, 8 février 1966 – BFM Limoges).

Côté sportif, l’émancipation s’active autour de son étendard régional, l’ASPTT Limoges qui a gravi le premier niveau national grâce au concours d’une refonte du Championnat de France [peu judicieuse, pour la qualité du Championnat, mais qui a fait un bien fou au Basket-ball Limousin]. Jacques Veyrier est toujours Jaune et Rouge et distille chaque week-end ses offrandes. Il vivra le rêve américain à l’occasion de la Tournée des Bleus aux États-Unis. Le Limoges CSP quant à lui, cherche à s’imposer dans la Région et va prendre durant cette saison 1965-1966, ses aspirations Outre-Rhin, à Düsseldorf, où il apprendra beaucoup [notamment… les écrans, méthode peu utilisée à l’époque] pour la suite de sa marche triomphante qui… tarde à venir.

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Les cerclistes avant de partir pour l’Allemagne, une première sortie à l’étranger pour le CSP (Source : Populaire du Centre, 29 décembre 1965 – BFM Limoges).
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Düsseldorf donna une bonne leçon au match retour, en France, mais les cerclistes renforcés de Jacques Veyrier n’ont pas été ridicule face à une équipe de deuxième division allemande (Source Populaire du Centre, 11 avril 1966).

En revanche, la Municipalité de Limoges a mis les bouchés doubles pour les activités sportives de la Région, puisqu’elle a dépensé lors de l’année 1966, une somme s’élevant à 6.274.575 francs notamment pour entretenir les terrains de basket-ball et les gymnases (la ville en compte 5) qui sont principalement la propriété des groupements scolaires. Durant cette saison 1965-1966, peu de clubs inaugurent de nouveaux équipements à l’exception du club de Saint-Léonard, qui 33 ans plus tard sa création, a inauguré un nouveau terrain. L’ancien terrain de tennis ne pouvait plus contenter les basketteurs miaulétous.

Les Harlems réenchantent le basket-ball… boudés par la Salle Grellet

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15 ans plus tard, après leur première apparition à Limoges, les Harlems reviennent enchanté le Limousin (Source : Populaire du Centre, 18 juin 1966 – BFM Limoges).

Ils avaient quitté Limoges, en 1951, au son du ukulélé d’Hawaï, où ils remportèrent un succès sensationnel auprès du public limougeaud massé dans le Stade de Beaublanc ouvert aux quatre vents, 15 ans plus tard ils revenaient enchanté les limousins. Limoges figurait parmi les 7 villes françaises sélectionnées par les HGT. Depuis 39 années déjà, les Harlems Globe Trotters sillonnent le Monde et ont disputé 8463 matches, remportant 8110 victoires pour 350 défaites seulement [dont les plus importantes [!] contre des équipes NBA]. Leur équipe est « disproportionné [nb : vu de Limoges], puisque à côté des géants Oliver Many (2m03 pour 101 kilos) et Connie Hawkins (2m03 pour 114 kilos), nous trouvons des garçons comme Fred Neal (1m85 pour 82 kilos) et Bobby Mason (1m85 pour 76 kilos) » [Écho du Centre, 7 juin 1966]. Initialement prévue au Stade Municipal de Beaublanc, le 18 juin 1966, la partie opposant les Harlems aux New-York Nationals est délocalisé au dernier moment à la salle Grellet en raison des pluies diluviennes s’abattant en Limousin selon le Populaire du Centre, le . La vedette Meadow-Lark Lemon, dit « L’Alouette » a conquis les limousins face aux « New-York Nationals » qui se sont battus comme de beaux diables, avec les honneurs, mais perdant en tout logique face à la magie harlem, par le score de 79 à 71, avec fracas puisqu’un joueur de la troupe s’était cogné le nez sur le cercle en partant probablement au smash !

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L’article de l’Écho du Centre déplorant un manque d’enthousiasme du public limougeaud (Source : Écho du Centre, 20 juin 1966 – BFM Limoges).

Événement pour le Limousin, et pourtant la salle des PTT n’était même pas comble. Pour le journaliste de l’Écho du Centre, ce manque de considération d’une ville française vis à vis de ce spectacle sans nul pareil, était inconcevable. M. S. terminait son article ainsi : « Sincèrement, et le grand public et les basketteurs de Limoges ont besoin de se réveiller ! Est-ce au pouvoir de ces magiciens que sont restés les « Harlem Globe – Trotters ? ».

Pour revivre la saison 1965-1966, parcourez sans plus attendre le Guide du Basket-Ball Limousin 1965-1966 : Guide du Basket-Ball Limousin 1965-1966

Jusqu’à la déraison !

Dimanche, les grandes gueules du Basket-Ball Français commenteront le 101 ème classico, choc traditionnel du basket hexagonal, Limoges CSP – Élan Béarnais. Beaucoup de ces compositions « classiques » sont connues de vous tous. La dernière en date, la 100 ème, ne m’a pas laissé un souvenir inoubliable, et pour cause, le score, chez les hôtes de « Gadou & Co, coupe moquette », s’était soldé sur un cinglant désaveu pour les limousins : 89 à 57… soit -32 points. Une honteuse défaite, qui sera vite ranger aux oubliettes des non-dits.

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Une mise à mort, dans un Beaublanc transformé en Corrida (Source : Limogescsp.com – Photo Olivier Sarre).

Sept ans auparavant, tout autre cadre, Limoges et Pau-Lacq-Orthez s’affrontaient, le 29 janvier 2010, dans l’arène du Palais des Sports de Beaublanc, pour une mise à mort. L’enjeu était double pour les limousins : soit le CSP se faisait hara-kiri et perdait toute occasion de caracoler en tête du Championnat de France Pro B ; soit Limoges reprenait son dû au matador béarnais, alors premier de la division, emmené à l’époque par un américain spécialiste de l’éprouvette, Teddy Gipson. À cette occasion, le gratin de la presse nationale et locale (Basket-News, L’Equipe, Le Populaire du Centre, l’Écho du Centre, La République des Pyrénées, Sud-Ouest, Info ; pour ne citer qu’eux…) avait fait de ce match, ni plus, ni moins, la rencontre de l’année… et pourtant ce n’était qu’UNE rencontre de basket-ball de la deuxième division française. Oui, c’est de la Pro B, mais le CSP Limoges comme l’Élan Béarnais portent en eux l’ADN du basket-ball français, et ça tous les observateurs avertis s’étaient bien rendus compte du séisme provoqué par le choc béarno-limousin.

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Un choc décisif entre les deux meilleurs ennemis (Source : Populaire du Centre, 29 janvier 2010 – Archive Blondeau).

Au guichet de Limoges, il ne restait pas un siège depuis 2 longues semaines. À en croire son président, Frédéric Forte, Limoges aurait pu allègrement dépasser les 20 000 spectateurs pour cette seule affiche ! Tout le monde voulait ce billet, un véritable Graal, dont on retrouva, par chance sur le site aux bonnes annonces, Leboncoin.fr, pour des sommes astronomiques allant de 100 euros à 600 euros pour une place au poulailler du Palais des Sports de Beaublanc… certains trouvèrent un repreneur. Anecdote révélatrice sur la fiévreuse passion qui entourait le match.

pas de pau ici c'est limoges
« Pas d’Pau ici c’est Limoges » peut-on lire devant Beaublanc, le 29 janvier 2010 au soir. Limoges est prêt pour revivre la rivalité (Source : Page facebook, Limoges cSp vs Pau-Orthez, le plus grand classique).

Lors de la dernière nuit réparatrice, avant le grand soir, les Béarnais furent surpris dans leurs sommeils par les klaxons incessants des supporteurs limougeauds, venus spécialement pour perturber et terrifier les petits oursons béarnais qui se cachaient derrière ces grandes carcasses du sud-ouest, confortablement installées dans leur terrier du moment, au Novotel du Lac d’Uzurat.

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100% Anti-Béarnais, une conviction limougeaude (Source : Page facebook, Limoges cSp vs Pau-Orthez, le plus grand classique).

Quelques kilomètres plus loin, dans les environs de l’Avenue de Beaublanc, des pancartes sont installées pour l’effet. On lit sur l’une d’entre elle « Orthez au Zoo, libérez les animaux !» ou plus franchement « Anti-Pau ». Des plots de la DDE avaient été même détournés avec le slogan du mauvais « hooligan », « Anti-64 » (Pardon les basques), histoire de motiver un peuple marchant vers sa destinée.

match de l'année
Le match de l’année aura lieu en Pro B, selon le grand quotidien sportif, l’Équipe (Source : L’Équipe, 29 janvier 2010 – Archive Blondeau).

Le jour J, le cocktail s’annonçait explosif. Limoges était venue en masse, le couteau entre les dents. Juste avant le coup de sifflet, Beaublanc en ébullition rejoue son « Histoire » européenne et française. Une ambiance « révolutionnaire » pour une LNB à la rue, qui se contentait jusqu’à présent depuis la « chute du mur », le Limoges CSP, en 2000, de décerner le titre de meilleur public à celui qui gueulerait le plus fort, l’insipide slogan, « Defense » (NB : nous leurs répondons « Attaque ! »). Côté parquet, les béarnais prenaient l’affrontement en leur faveur et se détachaient progressivement jusqu’à ces deux dernières minutes miraculeuses.

Jusqu’alors, Gipson, Mendy sont au diapason de la victoire, secondés parfaitement par les « yougoslaves » de l’Élan, Maravic et Rimac. Et pourtant, les esprits du Palais n’ont pas délibérés. Car, la déraison qui animait Beaublanc, rebondissait sur le terrain. Dès lors, Alhaji Mohammed, John McCord enchaînaient les paniers et recollaient, avant un improbable tir salvateur à mi-distance du « Héros » d’un soir, John McCord dans la dernière seconde permettant d’arracher. 70-70, Beaublanc, en délire, prolongation. La suite, on la connaît forcément. La prolongation était pour le public, portant les siens, en zone, sous une pluie de hués à chaque possessions tremblantes des béarnais.

beaublanc est magique
L’article de l’Équipe, 30 janvier 2010 (Source : L’Équipe, 30 janvier 2010 – Archive Blondeau).

Rien n’y faisait, Gipson, isolé au milieu des fantômes « Henri IV », ne pouvait plus soulever la Montagne. Limoges s’imposait 85 à 80 et les fans limougeauds pouvaient expurgés une joie trop longtemps contenue dans une boîte à souvenir.

Ci-dessous le résumé de la rencontre (France 3 Limousin – Archive Beaublanc.com) :

À la sortie, le seul béarnais qui pouvait sortir la tête haute se prit une dernière reconnaissance « made in Limoges », un verre d’eau froide, en signe de baptême comme le veut la tradition établie depuis quelques lustres, à chaque fois qu’un béarnais ressortait par l’escalier.

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Alors pour ce 101 ème classique, prenez-nous pour des fous, nous nous battrons jusqu’à la déraison, pour notre cause, car Limoges restera avant tout, à jamais, le premier ; Pau à jamais son second. Fermez le banc et ouvrez le Zoo.

Les curieux «missionnaires» de la paix froide en terre de Résistance (2 ème partie)

Le limoges de la fin des années 1940 et 1950 est sembable à n’importe quelle ville d’Europe de l’Ouest. Depuis 1945, Limoges a accueilli de nombreuses formations d’Europe de l’Est. En 1951, Limoges a eu l’honneur d’acceuillir, « for the first time », les prestigieux Harlem Globe Trotters, ambassadeurs de la paix américaine.

In the mood : Harlem Renaissance

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Les légendaires New-York Rens (Source : basketusa.com).

Harlem, un beau nom d’un foyer culturel New-Yorkais, lieu du swing des Jazzmans à la couleur noire chocolat. Une identité marquée par ses musiciens de renoms comme Duke Ellington, Chick Webb, Jimmy Lucenford pour ne citer qu’eux, têtes d’affiches en Europe, beaucoup moins considérés à contrario aux États-Unis où règne encore une ségrégation raciale hérité des temps de l’esclavage. Durant l’entre deux-guerres, Harlem connaît une « Renaissance » et devient aux yeux de tous la capitale mondiale de la culture noire. Cette « Renaissance » littéraire, théâtrale, musicale, voir vestimentaire, a aussi sa facette sportive. En 1927, un malin entrepreneur américain de l’Illinois, Abe Saperstein, profitant de l’embellie autour d’Harlem, a l’idée de mettre en place une équipe dénommée « Harlem Globe Trotters », en rachetant le « Savoy Ballroom de Chicago » basé… à Chicago.

À Harlem, la véritable formation afro-américaine représentant la mouvance du « Harlem Renaissance » s’appelle non pas « Harlem Globe Trotters » mais bel et bien les « New-York Rens ». Équipe mythique de l’entre deux-guerres. Les New-York Rens, exclusivement composés de joueurs de couleur noir, vont défier toutes concurrences. Lors de la saison 1932-1933, le basket-ball offre aux noirs la meilleure opposition à leurs frères blancs, en remportant, tenez-vous bien : 120 victoires contre 8 défaites dont 6 contre les « Boston Celtics ». À cette époque, les joueurs du Rens souffraient d’un manque de reconnaissance et de la politique des blancs à l’encontre des noirs. Seuls les « Celtics » manifestèrent une véritable sympathie pour ces forçats du ballon orange notamment lorsque l’American Basketball League décida sciemment la participation des Rens au sein de la meilleure ligue du Monde, c’est alors que les « Celtics » décidèrent à leur tour de quitter temporairement la ligue. Alors, si les blancs américains firent peu de cadeaux à la négritude, en cloisonnant les espaces réservés à ceux de couleurs, les noirs américains apportèrent une vision innovatrice des États-Unis et au Basket-Ball, loin des considérations réactionnaires de l’époque.

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Les Harlem Globetrotters, la première équipe, ici en 1927 (Source : Nydailynews.com).

C’est dans cet esprit que les Harlem Globetrotters partent à la conquête des États-Unis, puis du Monde. Dès 1927, les redoutables artistes Walter « Toots » Wright, Byron « Fat » Long, Willis « Kid » Oliver, Andy Washington et Al « Runt » Pullins, font sensations. Premier match, à Hickey (Illinois), devant 300 spectateurs enthousiastes, puis très rapidement devant des foules considérables partout à travers le pays à la bannière étoilée. En 1948, afin de prouver leur supériorité les Minneapolis Lakers invite les Globetrotters pour un match exhibition à Chicago. Les Harlem battent 61 à 59, les Minneapolis Lakers du pivot George Mikan, idole des débuts de la NBA, devant plus de 17 000 personnes au Chicago Stadium. Nous sommes alors à l’apogée des « Harlem Globetrotters ». À la fin des années 1940, les Harlem peuvent être considérés comme la meilleure équipe du Monde.

En mission autour du « Globe » pour la paix et le basket-ball

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Une photo des Harlem lors de leur tournée en Europe en 1951 (Source : page facebook, Musée virtuel du Basket – Fonds Albert Chaminade).

En 1950, les Harlem prennent un tournant historique. Dramatique dans un premier temps puisque les meilleurs joueurs des Harlem signent les uns après les autres dans les formations de NBA, notamment le tout premier noir de la ligue, Chuck Cooper, issu des rangs des Harlem. Avec la guerre froide, les américains ont peurs du basculement de l’Europe dans le camp de l’Est. Dès lors, le plan Marshall rentre en œuvre et offre aux européens la bienséance américaine à tout point de vue. Le grand manitou des Harlem, Abe Saperstein flaira le bon coup. Ainsi, en l’année 1950 est organisée la première tournée transcontinentale des Harlem Globetrotters. Une tournée qui se conclura sur un véritable succès. Il faut dire que les Harlem jouent un basket-ball des plus déconcertant en offrant un spectacle complet où tout passe, smatch, passe à gogo, tir improbable de loin, de près. Une école du spectacle, une école de technicité, moquait par les commentateurs de l’époque n’hésitant pas à qualifier de « cirque ». Pourtant Le Monde en redemande !

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Extrait du Populaire du 23 juin 1951 (Source : Populaire du Centre, 23 juin 1951 – BFM Limoges).

En 1951, deuxième tournée, avec plusieurs escapades en Europe, à Paris, à Rome… et à Limoges ! Déjà depuis mai, le comité local dirigé par Albert Chaminade annonçait la venue d’une équipe au fort potentiel qui allait ravir le public limougeaud mais on ne s’attendait pas à recevoir les « Harlem Globe Trotters » si promptement en Limousin. Les américains ont de quoi assurer le « show » avec Marquès Haynes, stupéfiant par sa faculté à jongler, lit-on dans le Populaire du Centre du 23 juin 1951, sans oublier l’autre attraction « Goose » Tatum tout aussi ahurissant, capable de « feintes soudaines, inattendues, son adresse au panier laissent pantois ses adversaires et parfois ses partenaires. ». Lesquels sont opposés à leur habituel adversaire, les « Whirlwinds », valeureux basketteurs, composés d’une fratrie, les 6 frères Clark, dont la mission est d’essayer de perdre avec les honneurs.

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Extrait du Populaire du Centre (Source : Populaire du Centre, 22 juin 1951 – BFM Limoges).

En appetizer, le comité d’organisation a invité l’équipe Universitaire américaine de South Sewanee (Hawaï), beaucoup moins prétentieuse mais qui compte de bons éléments qui feront face à une formation limougeaude regroupant des éléments de l’ASPTT, du CLBRA et de La Martiale. Et comme c’est la venue des « Harlem », des animations viennent compléter le bouquet avec la présence « de jeunes filles d’Honolulu qui, depuis leur plus tendre enfance ont été bercées par le rythme des hukulelees […] accompagnées par le chanteur Rémy Brooks. » et sans compter un match de ping-pong entre le champion du monde professionnel, Marty Reismar et l’ex-champion du monde, Douglas Cartland.

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Une phase du match à Limoges (Source : page facebook, Musée virtuel du Basket – Fonds Albert Chaminade).

Ce festival de Basket-Ball a lieu au Stade Municipal de Limoges, à l’actuel emplacement du Palais des Sports de Beaublanc. Le 24 juin 1951, Limoges rencontrait depuis fort longtemps, le basket américain. La journée débutait sur la rencontre Limoges-South Sewanee qui s’achevait sur un score honorable en la défaveur des français, 38 à 49, dans laquelle, Pasquet et Peynichou furent les principaux réalisateurs limougeauds. Venait ensuite, la rencontre tant attendue. Les Harlem proposaient au public un véritable « numéro ». Bill Brown en tête, s’amusa de l’arbitre, lui faisant des petites farces bien senties toutefois comme le rapporte, le journaliste du Populaire du Centre, Courbebaisse, « le sport ne perdit jamais ses droits ».

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Le show des Harlem à Limoges (Source : page facebook, Musée virtuel du Basket – Fonds Albert Chaminade).

En revanche, le journaliste fait peu de cas du match dans son ensemble même si Haynes s’est fait remarqué en exécutant sa spéciale, le dribble au sol. Nous étions en 1950, les Harlem en Limousin étaient vu comme des basketteurs mais également et surtout comme des amuseurs, caractéristique de leur « race », c’est ainsi que le journaliste du quotidien régional dressa son constat un tantinet raciste : « clowns, ils le sont, avec toute la spontanéité de leur race, dont le rire, le rire joyeux et sain, semble être propre. ». Une analyse que n’aurait pas renier l’ancien pouvoir, celui du Régime de Vichy. Mais gardons l’essentiel, « Quoi qu’il en soit, clowns jongleurs ou joueurs, ils nous ont offert un ballet fantastique et ne sauraient être mieux qualifiés par Max Favalelli, qui les présente comme «  les danseurs de la balle ». » rapporte justement le chroniqueur du Popu’ puisque les Harlem Globe Trotters, ça se regarde et ça s’apprécie. Alors venez assister ce soir, à 20h, au Palais des Sports de Beaublanc, à ce spectacle unique.

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Extrait Populaire du Centre du 25 juin 1951 (Source : Populaire du Centre, 25 juin 1951 – BFM Limoges).

Limoges CSP 1992-1993, les 24 ans

Pourquoi un énième article sur 1992-1993 ? Je me suis posé la question récemment. En regardant, ici et là sur Internet, je n’avais pas trouvé tous les résultats de la saison mythique du Limoges CSP. Petit retour d’horizon sur la saison 1992-1993 qui je l’espère vous plaira.

Championnat de France

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Debout de gauche à droite : Maljkovic, Stojovic, M’Bahia, Butter, Redden, Bilba. Accroupis de gauche à droite : Pavrette, Botton, Dacoury, Zdovc, Forte, Dupraz et Guillon. Manque Jimmy Vérove (Source : Photo Populaire du Centre, 17 septembre 1992 – Archives Blondeau).

25 sur 26, un parcours quasiment parfait pour le CSP. Il fallait le faire, dans cette nouvelle formule hybride n’était pas à l’avantage des « grandes équipes » du Championnat. Limoges n’a guère connu une baisse de régime durant ce marathon, débutant en septembre 1992, à l’exception d’une seule défaite chez son éternel rival, l’Élan Béarnais emmené par son géant roumain Gheorge Muresan (19 ème journée), mettant fin à une série de 17 victoires consécutives !

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Du côté des individualités du Limoges CSP, les statistiques indiquent une très bonne saison de Jim Bilba et Frédéric Forte pour les français et de Jurij Zdovc pour les étrangers. Ainsi, Jim Bilba truste la cinquième place du joueur le plus adroits aux tirs (62,8%), à quelques places de son coéquipier, Jurij Zdovc, classé premier à l’adresse (64,7%). Toujours Bilba, compétiteur sur ressort, se classe à la sixième place des contreurs (1,1 contres), bien loin derrière le géant Mursean, meilleur contreur 1992-1993 avec 2,8 contres par match. Son compatriote, originaire de Normandie, Frédéric Forte occupe quant à lui, la troisième place du joueur le plus adroit à trois points avec 47,3% de réussite mais le slovène du Cercle Saint-Pierre, Jurij Zdovc fait encore mieux en tournant à l’excellento de 51,2% de réussite derrière l’arc des 6 m 25, terminant par conséquent sur la plus haute marche du podium. Il s’octroie également le cinquième meilleur passeur de la Nationale A1 (4,7 passes). Et pour terminer la boucle, la meilleure gâchette à trois points s’offre une septième place à l’exercice des interceptions (2 interceptions).

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Dacoury lors du Tournoi Legrand, 1992, une véritable toile d’araignée (Source : Photo Maxi-Basket, 1992 – Archives Blondeau).

Cette montagne de statistiques cache un ensemble tout aussi performant. Michael Young, Richard Dacoury, Willie Redden, Jimmy Vérove, Franck Butter, Marc M’Bahia, Dusko Ivanovic ont brillé conséquemment en Championnat de France.

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Logiquement, Limoges a surpassé tous ses adversaires pour la course à la première place. Antibes, Pau, à la fin de la 26 ème journée sont largement distancés avec un bilan comptable de 19 victoires et 7 défaites, soit 6 victoires de moins que le leader limougeaud.

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Play-Offs

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Muresan ne peut pas être au four et au moulin pour l’Elan Béarnais durant ces play-offs (Source : Photo Bellenger, Thierry Bretagne, L’année du basket 1993 – Collection Blondeau).

À l’image de sa saison régulière, Limoges a survolé les play-offs. Ni Saint-Quentin, ni Montpellier, ni même Gravelines ont su posés une écharde à la compagnie limougeaude. Invincibles, les limougeauds tombent sur l’équipe du « Vrai » colosse des Carpates en finale. L’Élan Béarnais, entraîné par Michel Gomez pose un défit de taille au Limoges CSP, alors récent vainqueur de la compétition reine du continent européen. Pour cette finale, une nouveauté préfigure au menu du Champion de France 92 et du Champion d’Europe 93, pour la première fois le match au sommet est disputée au meilleur des cinq matches. À cet exercice, Limoges se montre sous son véritable visage lors des matches 1 et 2 toutefois au match 3, les arbitres réussissent à semer la discorde.

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La mêlée, la cohue entre béarnais et limougeaud (Source : Photo L’Équipe, mai 1993 – Lequipe.fr).

Dans le sprint final, comme à son habitude, le Cercle prend le chronomètre à son compte, puis une fois passée les trente secondes, Limoges achève son rival par un trois points meurtrier de Jim Bilba qui donne la victoire aux siens, entérinant le titre de Champion de France. Pourtant.. dans les immédiates secondes qui suivirent l’action, les arbitres s’en mêlent les sifflets en raison du refus prononcé par la table de marque d’accorder le panier. Motif : dépassement du temps légal. 73-69, Limoges battu, le camp limougeaud scandalisé, hurle au vol orchestré. Farmer salue les supporteurs limougeauds d’un doigt d’honneur sincère. On frise l’émeute sur le terrain, dans la salle l’émeute commence un instant sur un départ de  »lacrymogène » dit-on.

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Farmer a été secoué par Michael Young, une bonne punition finale (Source : Photo L’Équipe, mai 1993 – Lequipe.fr).

Match 4, le CSP plie l’affaire sur un score maljkovien, 64-68. « Limoges champion de France » lit-on dans la presse. André Sardain (membre du comité directeur du Limoges CSP) dira dans les colonnes de l’Équipe, à propos de cette consécration : « bien plus heureux de ce titre-là que du titre de champion d’Europe ». Le plus beau titre peut-être pas mais certainement le plus beau face à son rival des Pyrénées.

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Tournoi des AS

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À Lyon, lors de la semaine des AS, Cholet a posé des soucis à une équipe du CSP fatiguée par sa saison interminable (Source : Photo Bellenger, Thierry Bretagne, L’année du basket 1993 – Collection Blondeau).

Un tournoi des AS 1993 où Limoges aura brillé par son absence. Limoges était tourné vers l’Europe et sa rencontre de barrage de Coupe des Clubs Champions, une rencontre capitale pour gagner son ticket pour Athènes. Battu par Cholet en demi, puis par Levallois pour la troisième place, ce tournoi des AS aura été le point d’ombre de la saison dorée du Limoges CSP, laissant le soin aux palois de manger le Pitch de Cholet en finale.

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Coupe d’Europe des clubs champions

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Une équipe de légende (Source : Collection Blondeau).

Après un départ compliqué face aux anglais de Guildfords, Limoges se qualifie facilement pour la deuxième phase, de la Coupe d’Europe des clubs champions, celles des Poules, en remportant sans trop de craintes, le match retour par le score de 71 à 57.

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Cette deuxième étape n’est pas sans embûches pour les jaunes et grenats. À Salonique contre le PAOK, puis à Beaublanc contre la Virtus, Limoges ne décolle pas. Vient le 3 décembre 1992, où Limoges compose une très belle partition contre Badalone, une véritable symphonie de Mozart ! À ce moment là, le CSP montre sa cohésion, sa puissance collective.

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Au final, Limoges a fait carton plein et s’accorde la deuxième place de la Poule B. Tandis que le Maccabi Tel-Aviv, le Cibona Zagreb et la Joventut Badalone restent sur le carreau.

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Au Casino des quarts de finale, les limougeauds s’offrent une cylindrée pimpante : l’Olympiakos BC. Soutenu par la moitié d’un pays, l’Olympiakos BC a toutes les cartes pour remporter une rencontre en Limousin. Belle équipe, fort en gueule, les grecs doivent s’assurer une qualification aisée. Tous les commentateurs disent que Limoges devra surmonter une montagne emmenée par une star du basket-ball mondial, Žarko Paspalj.

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Jurij nouveau libérateur de Limoges (Source : Écho du Centre, 18 mars 1993 – Archives Municipales Limoges).

Et pourtant, le CSP va déjouer tous les pronostics en poussant l’Olympiakos à la Belle décisive, dans un Palais des Sports de Beaublanc bondé comme jamais ! Dans les dernières secondes de la rencontre, un drame grec tient séance… Paspalj met le pied en touche, Zdovc transforme la possession limougeaude en une victoire, sur un tir en orbite, 60-58. Chantez Dionysos, nous voilà à Athènes !

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Pas besoin de revenir sur ce Final-Four historique pour le basket-ball français. Limoges sacre la France pour la première fois dans une compétition européenne prestigieuse. Madrid, Trévise ont eu dans le Kukoc cette fois-ci.

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Du point de vu des statistiques individuelles, Limoges semble avoir fait un vol à l’étalage avec deux joueurs seulement à plus de 10 points (Young : 20,9 points ; Zdovc : 11,6 points).

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Mais quel est le secret de Limoges pour gagner autant de rencontres et aller jusqu’au bout ? La défense tout simplement. Le Cercle Saint-Pierre concède lors de la saison 1992-1993, seulement 61,8 pts par match. Magnifique pour les dévots et prélats du Cercle, de l’anti-basket pour les éternels perdants. En 1993, Limoges était la Capitale du Basket-Ball Français et Européen. Gloire à eux !

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Alors Limoges Magique ?! (Source : Libération, 16 avril 1993 – Archives Blondeau).

Le saviez-vous ?

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Le CSP et Dacoury en mai 1993 sont devenus des modèles pour la jeunesse française à l’instar de la NBA, la preuve avec ce livre d’initiation au basket-ball (Source : J’adore le Basket, mai 1993 – Collection Blondeau).

Le 20 octobre 1992, l’ancien meneur de la Yougoslavie, Jurij Zdovc réussit 8 sur 8 à trois points. Ce record tiendra jusqu’au 25 avril 2015 où ce jour là, Darnell Harris (Orléans) fit mieux avec 9 sur 9 à trois points contre le CSP, soit 22 ans plus tard.

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L’article du « Popu » mentionnant l’exploit de Jurij Zdovc, 8 sur 8 à trois points face au Mans (Source : Populaire du Centre, 21 octobre 1992 – Archives Blondeau).

2 comme les deux récompenses attribuées en fin de saison aux meilleures individualités. Michael Young est récompensé par ses pairs en obtenant le titre de MVP étranger de la Nationale A1. Son entraîneur, Bozidar Maljkovic, le sorcier du Limoges CSP obtient le titre de meilleur entraîneur de la division.

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Séance d’autographe pour Michael Young (Source : Photo, Fabrice Mouzard, 1993 – Collection Mouzard).

Lors de la Belle des quarts de finale de la Coupe des Clubs Champions, le 17 mars 1993, Beaublanc était tellement bondé qu’il y avait selon les habitués entre 8000 et 9000 spectateurs dans le Palais des Sports. Quelques 300 grecs étaient également de la partie, des fervents ultras dont l’un d’entre eux n’a jamais pu retrouver son pays… mort dans l’un des cars menant à Limoges, en raison d’une surcharge de produit illicite. La légende dit qu’il aurait été enterrer sur une aire d’autoroute non loin de Châteauroux.

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Les grecs de l’Olympiakos à Beaublanc (Source : Photo internet).

Le 15 avril 1993, la petite lucarne offre aux français du basket-ball en prime time, avec la finale de la Coupe d’Europe. Au moment de l’interception du meneur de poche, Frédéric Forte, ils sont 7 millions à vibrer en France et tout autant dans le reste du monde !

Les curieux « missionnaires » de la paix froide en terre de Résistance (1 ère partie)

À l’occasion de la venue des Harlem Globe Trotters, le 24 avril prochain, le blog « Mon Ballon Orange » vous propose de vous replonger dans deux événements « basket » de cette guerre froide. Une guerre qui sera intense durant les deux premières décennies du conflit larvé. En Europe, et en particulier à Limoges, les deux puissances belligérantes, à travers le Basket-Ball, fournissent un travail de propagande remarquable et spectaculaire pour le grand public. Ainsi en 1946 et en 1951, le comité départementale de basket-ball de la Haute-Vienne et la Ligue du Limousin s’offrira deux invités hors du commun : La sélection nationale de Basket-Ball de l’Union Soviétique (1946) et un peu plus tard les talentueux Harlem Globe Trotters (1951).

Août sera Rouge en Limousin

Août 1946, nous sommes un an après la fin du dernier grand conflit mondial. Le Limousin pleure ses morts, ceux d’Oradour, de Tulle et d’ailleurs. Elle s’était vengée de l’infamie en appliquant une épuration très violente à l’encontre des collaborateurs dans les premiers mois qui suivirent la libération de la « région ». Une « épuration » qui s’arrêtera seulement à partir de 1945, même si les règlements de compte continueront pendant l’année 1946. Durant cette année, un parti monte localement, le Parti Communiste Français, celui des « 70 000 fusillés » comme on l’appelle à l’époque, en référence à son activité résistante durant la Deuxième Guerre Mondiale. Signe de sa percée politique, Limoges est désormais depuis 1945, dirigée par un maire communiste, Georges Guingouin, figure de la résistance limousine et de la R5.

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Extraits de « La Marseillaise du Centre » (Source : La Marseillaise du Centre, 5 août 1946 – BFM Limoges).

Le 4 août 1946, fort d’un soutien populaire indéniable, devant 60 000 personnes, dans les bois de la Bastide (Limoges), lit-on dans la presse communiste, Jacques Duclos, vice-président de l’Assemblée et secrétaire du PCF, fait les éloges de ce vieux département socialiste qui a semé « le bon grain » du socialisme à l’image du pacifiste et unitaire, Adrien Pressemane. À cette occasion, le député communiste interpelle son auditoire sur le danger qui pèse sur la paix en s’exclamant « nous sommes adversaires de la politique des blocs, qui prépare la guerre », en insinuant ainsi les tensions américano-soviétiques qui s’affichent aux grands jours partout dans le globe. Avant de terminer, sur un vibrant « Unissons-nous camarades ouvriers […] Ensemble bâtissons une République puissante, laïque et démocratique ». En cet été brûlant, la ville de Limoges, le thermomètre affiche, sans peurs, les paroles révolutionnaires de « La Marseillaise » et de « L’Internationale ». Mais parmi ces nombreux événements de l’été 1946, un événement attire notre attention : la venue d’une délégation de basketteurs soviétiques à Limoges.

Les basketteurs soviétiques passent à l’Ouest pour rencontrer leurs frères de la « Petite Russie » (Août 1946)

En Union Soviétique, le peuple de la révolution se relève peu à peu des affres de la guerre. Malgré les pertes, l’URSS compte pas moins de 100 000 basketteurs sur tout le territoire contre 82 000 en 1941 ! Un essor qui s’explique par la création de nombreux terrains de sports dans l’immense territoire et de l’expansion des « bastions » du basket-ball soviétique comme les pays baltes et la région de Moscou. Mais voilà, de 1935 à 1946, les soviétiques n’ont jamais connu le goût des rencontres internationales, en raison d’une tradition politique et d’une certaine peur de l’étranger « malveillant » bien qu’en 1938, ces derniers avaient adhéré à la FIBA. Après 1945 et la victoire des Alliés, les liens noués durant la guerre se transmirent, par le biais des partis communistes de l’ouest et de ses nombreuses organes sportives et éducatives. Ainsi les ponts entre les soviétiques et l’Ouest sont rétablis, il ne reste qu’à officialiser les échanges.

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Au cours des années 1940-1950, le basket-ball deviendra progressivement un sport en vogue en URSS comme le montre cette affiche (Source : Pnterest.com).

En Basket-Ball, les échanges internationaux s’officialisent sous l’auspice de deux équipes soviétiques : l’équipe féminine de basket-ball de l’Institut d’aviation de Moscou (MAI, évoluant dans le Championnat de Moscou, premier de la saison 1945-1946) et l’équipe masculine du « Stroitel » («Constructeur ») de Moscou (évoluant dans le Championnat de Moscou, deuxième de la saison 1945-1946). L’URSS a coché dans son calendrier un seul pays, le plus beau bien entendu, la France. Pour le basket-ball soviétique, il s’agira de sa première tournée internationale, depuis l’introduction du basket-ball en Russie. Au programme, Paris, Lyon, Marseille… et les impensables, Limoges pour la sélection masculine, Brive pour la sélection féminine !

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L’équipe du CAPO Limoges quart de finaliste 1945-1946 dont certains d’entre eux seront présents pour la rencontre (Source : La Marseillaise du Centre, 12 août 1946 – BFM Limoges).
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L’équipe de La Martiale et ses Feuillade, Deschamps, Gandois… du beau basket (Source : La Marseillaise du Centre, 13 septembre 1946 – BFM Limoges).

À Limoges, la presse communiste représentée par « La Marseillaise du Centre » (deviendra l’Écho du Centre) relaye abondamment l’événement. Les soviétiques doivent arrivés par le chemin de fer, le mardi 6 août et croiseront le fer le mercredi 7 août, à 20h30 contre une sélection de Limousine de la FSGT et de la FFBB composée des joueurs les plus en vue du moment : Pasquet (CAPO), Berraud (CAPO), Seignole (CAPO), Carreau (CAPO), Bierne (CAPO), Feuillade (La Martiale), Peynichoux (La Martiale), Deschamps (La Martiale), Raymond (ASPTT), Perrin (ASPTT), Boudy (ASPTT), Schneider (O. Guéret).

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L’emplacement du Stade l’Évêché, lieu improbable de la rencontre Limoges-Moscou (Source : IGN.fr, photo 1947 – Merci à Bertrand pour la photo).

Le lieu de la rencontre, le Stade de l’Évêché, tient également de l’improbable, spécialement aménagé pour la plus belle affiche sportive de l’année, après la rencontre Limousin-Suisse en football. Le terrain n’existe plus aujourd’hui mais il fut la pépinière des Cadets de Saint-Étienne, le patronage de la Cathédrale de Limoges, qui malheureusement en est privé au début de la guerre, transformé à la suite des événements de la Bataille de France, en un poste de surveillance de la défense passive.

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Anatoly Koniev, une légende du basket-ball soviétique (Source : http://www.sport-strana.ru).

Nul doute que l’événement va attirer une foule record, comme à Lyon et à Marseille, où ils étaient des milliers de français à venir admirer, l’équipe soviétique au jeu peu conforme à l’éthique de l’Ouest. À titre d’exemple, dans la capitale rhodanienne, la rencontre s’est tenue devant plus de 10 000 lyonnais, dans une Place Bellecour, noire de monde, « dans l’enceinte, aux arbres, aux lampadaires et sur les bancs » rapporte le chroniqueur sportif de « La Marseillaise du Centre ». Il faut dire que la sélection soviétique a de l’allure : Ouchakov (n°3), Kolpakov (n°4), Gourievitch (n°5), Tarnasov (n°6), Alexiev (n°7), Legorov (n°8), Koniev (n°9), Preobragenski (n°10), Lobanov (n°11), Moysseiv (n°12), soit une bonne moitié de la sélection soviétique qui sera… championne d’Europe lors de l’Eurobasket 1947 !

L’élément star de l’équipe, fait office de géant pour le basket-ball international avec ses 1,98 m, prodige du basket-ball , ayant fait ses gammes au « Dynamo Moscou », Anatoly Koniev sera élu meilleur joueur de l’Eurobasket 1947. Derrière Ouchakov, Kolpakov, Moysseiv, futurs internationaux, sont autant d’atouts pour cette sélection inconnue du grand public.

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Photo réception des soviétiques arrivant sur le parvis de l’Hôtel de Ville (Source : La Marseillaise du Centre, 9 août 1946 – BFM Limoges).

À Limoges, on ne voit, en eux que les dignes représentants de l’URSS, négligeant légèrement le niveau quasi « international » de l’équipe des « Constructeurs de Moscou ». La plupart furent décorés pour leur bravoure sur le front, de Leningrad en passant par Stalingrad. Il faut dire, en outre, que cette rencontre n’est pas anodine dans une région où non seulement les maquis furent largement composés de ressortissants soviétiques (entre 10 à 20 000 pour le seul Limousin et Dordogne !) mais également peut-on le dire sans se tromper, où l’Association France-URSS, était la plus prospère de France.

D’ailleurs, à leur arrivée, les soviétiques furent reçus avec tous les honneurs par la municipalité, représentée pour l’occasion par l’adjoint aux sports, M. Serge Gauthier. Une journée terminée, entre « frères » du PC, ils burent tous ensemble le verre de l’amitié, au siège du Parti internationaliste, échangeant bien volontiers leur passé commun, mettant en avant du côté russe, tout le plaisir qu’ils avaient à venir dans une des capitales de la Résistance. Une véritable « Petite Russie » pour les soldats du III ème Reich.

Le match à 40 000 francs

La rencontre se joue à guichet fermé (ou ouvert, au nombre de resquilleurs probablement important). Le Populaire du Centre du 8 août 1946, annonce une « foule record » pour une recette de 40 000 francs (combien était-il ? selon le prix et la taille des tribunes, la foule aurait pu être comprise entre 1000 et 2500 spectateurs, pourrait-on dire légitimement sans trop prendre de risque²). L’équipe locale entraînée par le coach du CAPO Limoges, Vergnenègre a eu à cœur de défendre les couleurs limousines, qui surfe jusqu’à présent sur une bonne dynamique (nb : Le CAPO Limoges a été quart de finaliste de la première division FFBB lors de la saison 1945-1946 !). Mais de là à réussir à battre des russes invaincus depuis le début de la tournée, la marche est grande !

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Extrait de « La Marseillaise du Centre », on voit ci-dessus, Koniev testant les panneaux du haut de ses 1m98 (Source : La Marseillaise du Centre, 8 août 1946 – BFM Limoges).

Voici le récit de la rencontre rapporté par le correspondant de La Marseillaise du Centre :

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Schneider, l’un des joueurs marquants de la saison 1945-1946 (Source : La Marseillaise du Centre, 14-15 septembre 1946 – BFM Limoges).

« Après un début confus, la team moscovite prend la direction des opérations. Carreau, toutefois, ouvre la marque sur coup franc. Riposte soviétique qui se traduit par 7 points. Cette mi-temps fut, en somme, en faveur des Soviétiques qui grâce à leurs moyens physiques essentiellement, portaient leur avantage à 23 points contre 10 au team limousin. » [ Pas mal, d’autres sélections régionales avaient concédé des scores supérieurs ] « Transcendant, fut le deuxième « time »… aiguillonnés par la marque au repos, les limousins entament un assaut irrésistible. Bien menée par Pasquet, l’attaque accule les Soviétiques sous leurs panneaux. Ces derniers réussissent cependant quelques percées fructueuses, ayant à leur actif un jeu de passe nettement supérieur. ». Toutefois, le changement de cinq sera fatal aux limougeauds, alors que Schneider et Pasquet réussirent de splendides percées dans la défense massive des soviétiques. Le jeu des russes sans véritablement prendre nettement le dessus conclut le match de gala par le score de 43 à 21. Ce jeu, pratiqué par ces citoyens soviétiques est des plus classiques, peu de fioritures, surtout des passes sèches et précises qui aboutissaient dans les mains du géant Koniev.

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Le MAI Moscou, à Paris, août 1946, à Roland Garros, une équipe prête à devenir championne d’Europe avec les couleurs de l’URSS (Source : http://www.sportclubmai.ru).

À Brive, les féminines du MAI de Moscou battaient quant à elles, leurs consœurs de Fémina-Sports par un score sans appel 46 à 12. Comme les hommes, les femmes sortiront de leur tournée, invaincues (elles marqueront 343 points pendant toute la tournée, contre 64 au total pour toutes les équipes… françaises !). Pour l’URSS, c’est une sortie réussie ce qui n’échappera pas aux actualités de Pathé-Gaumont qui en fera un reportage sur ces curieux lanceurs de balle, venus en paix, sans chars T34, dans le cadre d’une amitié Franco-Soviétique importante, deux vainqueurs de la dernière guerre. Les décennies suivantes confirmeront cette domination soviétique en remportant quasiment tous les titres du continent européen, et notamment à l’occasion de leur retour en France, en 1951, en remportant au Stade de Football de l’EDF (eh oui!), le Stade Colombes, la finale de l’Eurobasket (en voici une photo ci-dessous !).

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Eurobasket 1951, au Stade Yves du Manoir, Colombes, Paris, ici ci-dessus l’équipe de l’Union Soviétique parmi lesquels on distingue Anatoly Koniev, deuxième en partant de la gauche (Source : Archives Blondeau).

NB : La deuxième partie, sur les Harlem Globe Trotters à Limoges (1951), est prévue pour le 24 avril, patience.

Limoges CSP (1979-1980) – L’Arche du CSP en plein déluge

Dernier article de cette chronique qui vous aura fait voyager, je l’espère, dans l’univers des années 1970. La saison 1979-1980 clôture notre feuilleton vert et blanc, riche en rebondissements. Septembre 1979, le Limoges CSP entamait sa deuxième saison en Nationale 1, la plus dure de son histoire.

Faire du neuf avec de l’ancien

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Yves-Marie Vérove, un joueur classe pour le Limoges CSP (Source : Photo internationaux-du-basket.fr).

Sur les tablettes du Limoges CSP figure une liste de noms mélangeant « rêves » et « réalisables ». Parmi les réalisables, entre les lignes, on distingue un vétéran berckois, Yves-Marie Vérove. Idole du chn’ord, jeune gaillard des pérégrinations européennes de l’AS Berck, Yves-Marie n’est plus ce pilote de Formule 1 qui amena les siens, jadis au pied de l’Arc de Triomphe. Il n’en reste pas moins un excellent basketteur, gestionnaire, assez suffisant pour en faire un digne successeur de l’apache Claude Bolotny, annoncé à la retraite pour l’exercice 1979-1980 [mais reprendra du galon avec l’affaire Métadier ; par conséquent Claude Bolotny attendra 1980 pour raccrocher les baskets]. Vérove, une signature qui claque pour le Limoges CSP de Jeff Dubreuil qui donnera par la suite une véritable lignée de basketteurs (Jimmy, Franck et Jammy le dernier en date, espoir actuellement au Cercle Saint-Pierre, passé par Le Portel et Pau-Lacq Orthez notamment). La venue de cet architecte du poste 1 demande en outre une combinaison nouvelle au poste 4-5. Limoges trouve son bonheur en recrutant, Jean-Luc Deganis, passé par le Racing Club de France et international junior en 1978. La seule touche « jeune » de cette saison haute en couleurs.

Les 50 ans du Limoges CSP

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L’autocollant de la saison 1979-1980 (Source : Archives Blondeau).

On le sait bien, l’effet de surprise dont bénéficié le CSP s’est envolé depuis belle lurette. En densifiant son effectif, les dirigeants du Cercle caresse un espoir d’un maintien paisible. Il faudra en payer l’addition. Limoges est-il allé trop vite, trop loin ? s’interrogent les limougeauds un tantinet pessimistes gardant en mémoire, l’épopée de l’ASPTT et de bien d’autres qui se sont brûlés les ailes avant le décollage. Les briscards, Faye-Moltimore-Maza pourront-ils guidés la cohorte à son modeste objectif ? En attendant, le club a tourné le dos à ses préoccupations d’ordre budgétaire car en cette fin d’année 1979, Limoges fêtera ses 50 ans et pour cela, « Limoges peut jouer le titre national dans un domaine celui de la plaquette annuelle comme le rapporte », en septembre 1979, le journaliste du Populaire du Centre, Michel Ploy. L’année d’avant, limoges avait publié une plaquette qui fit le bonheur du Président de la FFBB, Robert Busnel. 500 d’entre elles seront vendues (10 F. l’unité) lors de la rencontre télévisée (une première pour le CSP), Limoges – Le Mans, dans lesquelles figurent en bonne posture plus de 386 annonceurs, soit 50 de plus que l’an dernier, faisant la fortune du CSP (20 millions de centimes de recette). Une belle propagande, savamment organisée, qui plus est avec la présence de la télévision, rapportant aux cerclistes, 14 000 francs.

effectif 1Alors lorsque on demande à Xavier Popelier son avis sur l’état de forme de la nouvelle équipe, le président ne se fait pas prié : « Nous constituerons un groupe uni et qui prend ses décisions de manière démocratique. Nous tirons tous dans le même sens. Cet esprit rejaillit sur l’équipe et nous aide dans le recrutement, car, si des garçons comme Vérove et Deganis sont venus à Limoges alors qu’ils avaient d’autres propositions c’est parce que leurs renseignements sur le club étaient bons. ». La seule crainte des dirigeants est du côté du public limougeaud, sera t-il ou non de la partie ? Le champion de France, Le Mans, n’attire pas les foules à quelques jours de la rencontre. La retransmission gâchera t-elle la fête en rameutant le limougeaud dans leur salon plutôt qu’à la salle MU ? Rappelons que Limoges a le billet le moins chère de France : 25 francs.

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Extrait de l’article du Populaire du Centre présentant la Plaquette du cSp (Source : Populaire du Centre, septembre 1979 – Archives Blondeau).

Ces tracas répondent à une précédente conférence portant sur le CSP dans son ensemble et les perspectives à court et long terme.

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Les projets du Limoges CSP présenté par Biojout et Popelier (Source : Le Populaire du Centre, août-septembre 1979 – Archives Blondeau).

Porte fanion de sa région, le Limoges CSP comptait au début de la saison 1979-1980, 290 licenciés répartis de l’équipe première jusqu’aux catégories poussin(e)s. Une structure qui demande un accompagnement permanent et un bureau renouvelé ainsi : Jean-Claude Biojout est officiellement le président délégué du Limoges CSP et laissant le soin du secrétariat général au Docteur Parneix. Contenu de l’avancement du club et des projets municipaux (cf : le Palais des Sports notamment), Jean-Claude Biojout, fraîchement intronisé, promet aux sociétaires, une participation à joute continentale : « Dans trois ans c’est certain nous ferons une Coupe d’Europe » (août-septembre 1979, Populaire du Centre). Par conséquent, pour la saison suivante, le CSP devra « terminer 7e ou 8e [du Championnat de France N1] et participer aux play-off comptant pour l’attribution des deux dernières places de la Coupe Korac » poursuit donc le Président délégué à son auditoire.

Un cadeau d’anniversaire à digérer

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L’équipe de 1979-1980, debout de gauche à droite : Dominique (Kinésithérapeute), Massaux, Moltimore, Faye, Livio, Dacoury, Dubreuil (entraîneur) ; accroupis de gauche à droite : Rose, Billet, Yves-Marie Vérove, Maza, Narbonne. Sont absents : Bolotny, Deganis (Source : Photo Lacan – Plaquette Limoges CSP 1979-1980 – Facebook Encyclocsp).

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Le 22 septembre 1979 ouvrait le grand bal et prenait une volée face au Mans (72-105), emmené par Éric Beugnot ou encore Hervé Dubuisson. Le coach, Jeff Dubreuil, consterné, lâche une phrase sanglante : « On s’est renforcé, on s’y est cru ! ». Retrouvez ci-dessous, un extrait vidéo (INA) du début de la rencontre. La salle était loin d’être pleine (1200 spectateurs, bien en dessous des 2200 spectateurs de moyenne la saison précédente)… un 50 ème anniversaire en demi-teinte :

Limoges CSP – SCM Le Mans (1979)

Les rencontres télévisées sont-elles maudites pour le CSP ? Certainement non, puisque Limoges enchaîne les déconvenues. Il faut attendre la cinquième journée pour voir le Cercle sortir de sa mauvaise passe face à la CRO Lyon (94-87, 13/10/1979). Et comme tout va mal, Gérard Métadier pour une sombre histoire de sous malgré le soutien du Président Popelier, fait ses valises excédé par le manque de reconnaissance. L’équipe limougeaude va renaître durant le mois d’octobre en remportant une victoire de prestige contre l’ASVEL, puis contre Berck. En décembre, lors de la 16 ème journée, Limoges affiche un bilan pratiquement équilibré : 7 victoires, 1 nul pour 8 défaites.

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Jordan avant l’heure, Moltimore éblouit le Stade Français (Source : Centre Presse, 12 novembre 1979 – Archives Municipales de Limoges).
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Yves-Marie Vérove domine la raquette béarnaise de Brice Bisseni (Source : Centre Presse, 28 janvier 1980 – Archives Municipales de Limoges).

Toutefois, Limoges est loin de satisfaire les attentes de son entraîneur qui tel un comptable, lance à ses joueurs des mots d’ordres : « Ne pas perdre plus de 12 ballons contre Caen », « Réussir 30 shoots avant la douche ! » ; ce qui ne va pas améliorer le rendement des limougeauds dont les entraînements sont tenus depuis janvier 1980 par Lionel Moltimore, le bucéphale d’un CSP léthargique.

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La tension est palpable entre les joueurs et le coach Jeff Dubreuil (Source : Photo Le Populaire du Centre – Les Géants, Thierry Bretagne, septembre 1994).

Tout n’est pas noir, pour autant, Apollo réalise des merveilles comme le 26 janvier 1980, contre Orthez, où les arceaux de la salle MU deviennent le siège de son excellence, en captant 41 rebonds et marquant tout autant.

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Malgré une ultime prodigieuse victoire contre le Caen BC (96-77, 16/02/1980), Limoges stoppe sa saison régulière à la 11 ème place, avec 48 points et devra s’affranchir durant les redoutés barrages.

classement saison régulière

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Les barrages, mourir ou survivre aux déchaînements des flots

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Le programme du premier match du Limoges CSP, en poule de relégation, le 23 février 1980 (Source : Archives Blondeau).

Des barrages qui se joueront tout d’abord dans une première phase, appelée « poule de relégation », où seules les formations de la Nationale 1 (Limoges, Vichy, Lyon et Berck) s’affronteront pour les deux tickets d’accès à la phase finale des barrages mettant aux prises à deux formations de la Nationale 2. En poule de relégation, Limoges fait quasiment un sans faute… qui aurait pu être terni si Vérove sur un tir ave-maria, à neuf mètres n’avait pas rentré dans la toile d’araignée.

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classement poule relégation

À Compiègne, Limoges joue le dernier round des barrages. Avignon, Vichy et Reims sont les concurrents attitrés. Quatre place pour deux équipes. La presse régionale annonce sévèrement en préambule que les limougeauds joueront « en trois matches, après avoir gâché leurs munitions pendant cinq mois ». Une règle simple régit ce jeu digne de la roulette russe : Les deux premiers auront la rédemption tandis que les deux derniers iront végéter dans les profondeurs des abîmes. Deux victoires suffiront pour faire l’affaire. Alors Limoges, depuis 10 ans déjà, avait toujours répondu aux grands défis, vaincra coup sur coup, Reims puis Avignon.

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classement barrages

Limoges reste à flot, le navire n’a pas chaviré, il a tangué, le futur remerciera les artistes, car qu’on le veuille ou non, ces quelques heures passées lors de ces barrages valurent son pesant d’or.

Quelle Histoire Quelle Histoire ! [Patrick Montel – Limoges CSP 1993]

Chers lecteurs, après des longs mois d’absence, le Blog Mon Ballon Orange refait surface, tout en douceur. Je vous souhaite [en Mars eh oui !] une bonne année 2017 et pleins de nouvelles Histoires à suivre fidèlement sur Mon Ballon Orange.

Bientôt, dans les jours à venir, nous fêterons les 24 ans de la victoire du Limoges cSp en Coupe d’Europe des Clubs Champions. En 1993, Limoges montait sur la plus haute marche du basket européen, après des décennies de disette pour le basket-ball français. L’événement [la Finale] retransmit sur Antenne 2, devant des millions de téléspectateurs, a marqué, à jamais, la mémoire télévisuelle, à tel point que la voix du « sport » de la deuxième chaîne nationale, Patrick Montel, sera remixée, pour l’occasion, dans un disque « collector » [j’insiste sur le terme] intitulé « Quelle Histoire Quelle Histoire ! », le tout ambiancé par une musique à gogo et un beat techno à souhait, accompagnant à merveille les répliques cultes de Patrick Montel. Culte pour les fans, ce disque ne fit probablement pas un carton malgré le soutien inconditionnel de FR3 Limousin, Mondial Basket, L’Écho du Centre, Legrand, sans oublier, le Magazine Basket-Ball [celui de la Fédération Française de Basket-Ball]. Parmi les quatre titres proposés, on retrouve également un remix, en l’honneur de Frédéric Forte, auteur de l’interception décisive, délivrant le CSP de ses sarcasmes, « Fortissimo ».

à découvrir ci-dessous :

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La couverture du disque (Collection Blondeau).
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Et un bonus lecture (Collection Blondeau).

Limoges CSP (1978-1979) – Des prestidigitateurs en lévitation

Après quelques temps d’errance, dans mon nouveau domicile laborieux, à Ussel, je reviens à la charge durant ces vacances de Noël pour conclure les saisons du Limoges CSP entre 1970 et 1980. Dans cet avant dernier chapitre, nous abordons la première saison en Nationale 1 du Cercle Saint-Pierre. Le CSP ne le sait toujours pas, mais il accueille durant la saison 1978-1979, une icône du basket-ball français, Richard Dacoury.

Un espoir du basket-ball français à Limoges

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Richard Dacoury lors de son arrivée à Limoges, l’été 1978 (Source : Photo Le Populaire du Centre – Les Géants, Thierry Bretagne).

En 1978, Richard Dacoury a tout juste 19 ans, les observateurs avisés du basket-ball français sont unanimes, le « petit » comme on l’appelle à la Croix-Rousse inspire l’avenir du basket-ball français.

Né le 6 juillet 1959, à Abidjan, il s’initie sur le tard au basket-ball à Reims en 1972, au Reims BC. Auparavant, Richard suivait sa mère, attachée commerciale, aux grès des déménagements. Il connaîtra successivement Paris, Reims et la lointaine Guyane. Un long périple qui s’acheva pour un moment à Lyon à partir de 1973. Il prit alors une licence de basket-ball, non pas à l’ASVEL, mais à la CRO Lyon. Dacoury « avait signé une licence cadet, mais sa robustesse physique incita les dirigeants à lui faire obtenir un double surclassement et, en 75-76, le nom de Dacoury apparaissait pour la première fois sur les feuilles de matches du championnat de Nationale 1 » signale Pierre Jack dans son article dressant un portrait élogieux sur le néo-limougeaud, en octobre 1978.

De cette période, Dacoury reste modeste : « Bien entendu, je n’étais pas qu’un remplaçant et pas le premier, mais c’était pour moi un honneur. Je n’ai fait que de brèves apparitions qui m’ont cependant permis de voir ce qu’était l’élite. ». Cette saison-là, Richard Dacoury devint titulaire à part entière qui annonçait les meilleurs auspices. L’espoir s’arrêta brusquement sur une action infortune qui vit les doigts de Dacoury se prendre dans les filets du panier, entraînant sa chute et un bras cassé. Sans Dacoury, le CRO Lyon perdait sa place dans l’élite. Le « petit » allait patienté avant de se remettre au travail. Car le basket-ball lui est vital, « sans le basket, je ne me serais pas épanoui, je serais resté dans ma coquille. ».

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Un article « découverte » sur Richard Dacoury (Source : Populaire du Centre, octobre 1978 – archives Blondeau).

Cette saison doit consacrée Richard, sur un autre terrain, non pas celui du Handball, sport auquel il s’était destiné durant sa prime jeunesse mais plutôt vers un défit olympien, éminemment glorieux, le Baccalauréat de Philosophie. Consciencieux, il s’exprime à ce sujet, au jeune pigiste de l’Équipe, Jean-François Guérin, en déclarant solennellement, « Sport et études me prennent beaucoup de temps, ne me laissant que peu de temps pour les loisirs. Alors, si les stages se déroulent pendant les vacances… ».

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Dacoury dans le journal l’Équipe, une consécration (Source : L’Équipe, 1978 – archives Blondeau).

Une boutade ? Pas vraiment, boute-en-train pour sûr, il peut encore rêvé, à son jeune âge de bâtir « des châteaux en Espagne » au dessus des 3 m 05 autorisés.

La Nationale 1, 30% de chances d’y rester

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Juin 1978, auréolé d’une montée en Nationale 1, Bolotny s’essaye au dromadaire en Tunisie en compagnie de ses coéquipiers et supporteurs du Limoges CSP, invités par les dirigeants du Cercle (Source : Photo Le Populaire du Centre, 1978 – Les Géants, Thierry Bretagne).

En 1978, le Limoges CSP avait fait décollé le premier avion « charter » organisé par un club de la région à l’occasion de la rencontre Nice-Limoges, s’ensuit un voyage en juin sur les terres chaleureuses de la Tunisie pour récompenser la montée. « Quand un industriel passe du train à l’avion, c’est que ses affaires le poussent en avant » souligne Michel Ploy, journaliste du Populaire du Centre, à l’heure d’écrire le bilan de l’assemblée générale. En effet, Limoges n’a pas patienté longtemps et a dépassé ses objectifs dès la saison dernière. Monté en Nationale 1, un an trop tôt, le Limoges CSP pourrait ne pas suivre son ascension, sans un retour financier. Pour cela, le président Popelier se veut rassurant : « Nous nous sommes mis d’accord, avec le Crédit Agricole qui rayonne dans toute la France comme nous avons l’intention de le faire ». De quoi combler les 210 licenciés (contre 175 un an plus tôt) du Limoges CSP qui ont été convié à l’assemblée, salle Jean-Pierre Timbaud. Une pratique, néanmoins largement répandue… à titre de comparaison, le SCM Le Mans avait pour sponsor privé principal, le leader émergent des pâtes, Panzani qui donnait entre 150 000 et 200 000 francs, sans compter l’appui de la municipalité du Mans. Limoges n’était alors qu’à ses balbutiements financiers, en tout et pour tout, le CSP n’avait alors que 500 000 francs en banque pour la saison…

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Août 1978, à l’heure de la reprise, Dubreuil fait un breafing… « hard work » pour tout le monde avec le sourire bien sûr (Source : Photo Le Populaire du Centre, 1978 – Les Géants, Thierry Bretagne).
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Jean-François, alias Jeff Dubreuil (Source : Photo Le Populaire du Centre, juin 1978 – archives Blondeau).

Pour l’équipe 1 du Limoges CSP, les perspectives en Nationale 1, relève surtout d’une débauche digne des 11 travaux d’Hercules, pour se maintenir à ce niveau, à en croire son entraîneur Jeff Dubreuil : « Mon pronostic ? Eh bien il est simple : avec le recrutement que nous avons fait, si les joueurs veulent se battre, nous serons encore en Nationale 1 dans deux ans. Compte tenu du budget dont nous disposons, nous avons bâti la meilleure équipe possible et choisi la voie de la sagesse sans suivre ceux qui étaient partisan du recrutement d’une vedette. Il aurait fallu de toute façon obtenir l’accord du club quitté et c’était pratiquement impossible cette année. Parmi nos recrues, nous nous sommes battus pour avoir Dacoury (Croix-Rousse) parce que nous croyons à l’avenir de ce garçon de 18 ans et demi qui a du sang à revendre et qui voudra démontrer qu’il a sa place en Nationale 1. Notre seul départ, celui d’Efros, constituera notre souci la saison prochaine : nous aurons un certain manque de physique au rebond. Mais notre style devrait être celui d’une équipe dynamique qui devrait puncher. Il faudra absolument laisser deux clubs derrière nous et, au moins, jouer les barrages. Ce sera très cher. Je pense néanmoins qu’on peut y arriver […] On ne va pas jouer la carte de la facilité […] Je confirme mon opinion, nous n’avons que 30% de chances de maintien ».

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L’équipe du Limoges CSP (1978-1979), debout de gauche à droite : Dubreuil, Dacoury, Massaux, Moltimore, Faye, Livio, Maza, Bolotny ; accroupis de gauche à droite : Narbonne, Rose, Roses, Billet, Métadier, Biojout (Source : Photo Lacan – Limogescsp.com).

effectif-1978-1979Cet effectif vainqueur des matches d’ascension, au demeurant stable durant l’été, sera quelque peu remanié en réalité. Aux Moltimore, Maza, Métadier, Billet, Rose, Faye, Narbonne et Biojout, s’ajoutent les Léonel Livio, Richard Dacoury, Patrice Massaux et Thierry Roses. Seul départ conséquent à déplorer est celui de Jean-Yves Efros (nb : Bonnin a également cédé sa place pour rejoindre le LBC). Léonel Livio et Richard Dacoury sont assurément les deux recrues estivales, après 8 heures de route, les deux acolytes contemplent désormais Limoges du haut de leur nouvelle résidence, à la ZUP de l’Aurence, avec certainement l’intention de gravir une plus haute. Enfin, Patrice Massaux ex cadre de la JA Vichy, ancien de l’ASPTT Limoges et du LBC, de retour sur Limoges, apportera son expérience dans la peinture qui constituera sans aucun doute un renfort non négligeable pour le CSP qui possède déjà le meilleur pivot du Championnat, Apollo Faye, selon les propres dires de coach Dubreuil. À ces trois noms, on peut rajouter, celui de Jean-Louis Martinez qui secondera Jean-François Dubreuil et parallèlement sera en charge du Centre de Perfectionnement Sportif, une tâche à la portée de Martinez qui avait su hissé les performances du Limoges BC par le passé en un temps record.

Jouer avec le feu

L’entraîneur avait averti les siens, la saison 1978-1979 ne sera pas de tout repos pour le Limoges CSP. Le Cercle Saint-Pierre découvre et jongle avec le feu à chaque rencontres. Défaite inaugurale à Tours pour son baptême en Nationale 1, les cerclistes se rachèteront à la maison contre l’AS Monaco (104-99), emmené par un Richard Dacoury bondissant (22 points) porté par les louanges des 1800 spectateurs de la salle MU.

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Victoire prodigieuse et inespérée, pour le Limoges CSP, car s’en suit des défaites écrasantes face au cador du Caen BC et contre l’Élan Béarnais Orthez. Le cercle ne demande pas l’extrême onction en ce début de saison. Le CSP aura la fâcheuse habitude de brûler ses ailes comme contre l’équipe favorite du Championnat de France, le SMC Le Mans… inexpérience ou découverte pour les cerclistes, ceci n’est que les balbutiements d’une saison riche en rebondissement.

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Richard Dacoury lancé comme un cheval de course contre Monaco, avec 22 points au compteur (Source : Le Populaire du Centre, 1978 – archives Blondeau).

Léonel Livio s’attache la solide réputation de véritable « glue » en défense donnée par l’américain de Monaco, George Brosterhouse lequel avait lâché en anglais dans le texte « He stuck me like a glue ! ».

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Léonel Livio fait un appel de balle (Source : Photo Le Populaire du Centre, 1979 – Trans-Korac, Jean-Luc Thomas).

Son grand frère, Apollo Faye truste la première place des meilleurs marqueurs du Championnat avec une étourdissante moyenne de 31,5 points. Le président Popelier quant à lui, qui scrute le moindre résultat, réussira à se faire sortir par l’arbitre, en pleine rencontre passionnelle contre Antibes… suspendu, il s’insurge et lâche : « Si on ne veut pas de nous en Nationale 1, mieux vaut le dire tout de suite. ». Sur les nerfs, les hommes de Popelier attendrons le mois de janvier pour passer enfin le cap des 4 victoires.

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Entre temps, Fabienne Égale, speakerine vedette de TF1, devient la marraine du club, un sacré coup de projecteur pour ceux qui évoluaient il y a peine 5 ans, Excellence Régionale.

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Le CSP mérité une marraine nationale (Source : Le Populaire du Centre, octobre 1978 – archives Blondeau).

Et vient finalement, « l’incroyable » , dans la Salle MU, Limoges bat l’ASVEL d’Alain Gilles sur le plus petit écart (96-95). Une belle récompense pour son capitaine qui n’avait jamais gagné contre l’ASVEL et dit fièrement : « Aujourd’hui je peux raccrocher, j’ai enfin battu Villeurbanne, c’est simplement merveilleux » (nb : selon Claude Bolotny, il a joué à quatre reprises l’ASVEL).

Ce match est un déclic puisque par la suite Limoges va enchaîné 5 victoires sur les 7 matches restants. Lors de la dernière journée, Apollo Faye, à Berck, s’offrait un double régal, il évite à Limoges, les barrages et par la même occasion, celui dévore les poulets basquaises en un temps record, s’adjugeait un plus grand plat encore, grâce à deux lancers francs opportuns, en coiffant Garrett sur le fil pour la place de meilleur marqueur du Championnat : 754 points contre 752 pour l’américain.

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Limoges obtenait alors la 10 ème place, Nice et Challans devaient alors se battre lors des redoutés barrages.

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Il était impensable que Limoges perde ; il était impensable de voir le CSP aux barrages ; les « gars » ont montré la route, aux successeurs à leur tour de faire une brèche.