Les curieux « missionnaires » de la paix froide en terre de Résistance (1 ère partie)

À l’occasion de la venue des Harlem Globe Trotters, le 24 avril prochain, le blog « Mon Ballon Orange » vous propose de vous replonger dans deux événements « basket » de cette guerre froide. Une guerre qui sera intense durant les deux premières décennies du conflit larvé. En Europe, et en particulier à Limoges, les deux puissances belligérantes, à travers le Basket-Ball, fournissent un travail de propagande remarquable et spectaculaire pour le grand public. Ainsi en 1946 et en 1951, le comité départementale de basket-ball de la Haute-Vienne et la Ligue du Limousin s’offrira deux invités hors du commun : La sélection nationale de Basket-Ball de l’Union Soviétique (1946) et un peu plus tard les talentueux Harlem Globe Trotters (1951).

Août sera Rouge en Limousin

Août 1946, nous sommes un an après la fin du dernier grand conflit mondial. Le Limousin pleure ses morts, ceux d’Oradour, de Tulle et d’ailleurs. Elle s’était vengée de l’infamie en appliquant une épuration très violente à l’encontre des collaborateurs dans les premiers mois qui suivirent la libération de la « région ». Une « épuration » qui s’arrêtera seulement à partir de 1945, même si les règlements de compte continueront pendant l’année 1946. Durant cette année, un parti monte localement, le Parti Communiste Français, celui des « 70 000 fusillés » comme on l’appelle à l’époque, en référence à son activité résistante durant la Deuxième Guerre Mondiale. Signe de sa percée politique, Limoges est désormais depuis 1945, dirigée par un maire communiste, Georges Guingouin, figure de la résistance limousine et de la R5.

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Extraits de « La Marseillaise du Centre » (Source : La Marseillaise du Centre, 5 août 1946 – BFM Limoges).

Le 4 août 1946, fort d’un soutien populaire indéniable, devant 60 000 personnes, dans les bois de la Bastide (Limoges), lit-on dans la presse communiste, Jacques Duclos, vice-président de l’Assemblée et secrétaire du PCF, fait les éloges de ce vieux département socialiste qui a semé « le bon grain » du socialisme à l’image du pacifiste et unitaire, Adrien Pressemane. À cette occasion, le député communiste interpelle son auditoire sur le danger qui pèse sur la paix en s’exclamant « nous sommes adversaires de la politique des blocs, qui prépare la guerre », en insinuant ainsi les tensions américano-soviétiques qui s’affichent aux grands jours partout dans le globe. Avant de terminer, sur un vibrant « Unissons-nous camarades ouvriers […] Ensemble bâtissons une République puissante, laïque et démocratique ». En cet été brûlant, la ville de Limoges, le thermomètre affiche, sans peurs, les paroles révolutionnaires de « La Marseillaise » et de « L’Internationale ». Mais parmi ces nombreux événements de l’été 1946, un événement attire notre attention : la venue d’une délégation de basketteurs soviétiques à Limoges.

Les basketteurs soviétiques passent à l’Ouest pour rencontrer leurs frères de la « Petite Russie » (Août 1946)

En Union Soviétique, le peuple de la révolution se relève peu à peu des affres de la guerre. Malgré les pertes, l’URSS compte pas moins de 100 000 basketteurs sur tout le territoire contre 82 000 en 1941 ! Un essor qui s’explique par la création de nombreux terrains de sports dans l’immense territoire et de l’expansion des « bastions » du basket-ball soviétique comme les pays baltes et la région de Moscou. Mais voilà, de 1935 à 1946, les soviétiques n’ont jamais connu le goût des rencontres internationales, en raison d’une tradition politique et d’une certaine peur de l’étranger « malveillant » bien qu’en 1938, ces derniers avaient adhéré à la FIBA. Après 1945 et la victoire des Alliés, les liens noués durant la guerre se transmirent, par le biais des partis communistes de l’ouest et de ses nombreuses organes sportives et éducatives. Ainsi les ponts entre les soviétiques et l’Ouest sont rétablis, il ne reste qu’à officialiser les échanges.

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Au cours des années 1940-1950, le basket-ball deviendra progressivement un sport en vogue en URSS comme le montre cette affiche (Source : Pnterest.com).

En Basket-Ball, les échanges internationaux s’officialisent sous l’auspice de deux équipes soviétiques : l’équipe féminine de basket-ball de l’Institut d’aviation de Moscou (MAI, évoluant dans le Championnat de Moscou, premier de la saison 1945-1946) et l’équipe masculine du « Stroitel » («Constructeur ») de Moscou (évoluant dans le Championnat de Moscou, deuxième de la saison 1945-1946). L’URSS a coché dans son calendrier un seul pays, le plus beau bien entendu, la France. Pour le basket-ball soviétique, il s’agira de sa première tournée internationale, depuis l’introduction du basket-ball en Russie. Au programme, Paris, Lyon, Marseille… et les impensables, Limoges pour la sélection masculine, Brive pour la sélection féminine !

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L’équipe du CAPO Limoges quart de finaliste 1945-1946 dont certains d’entre eux seront présents pour la rencontre (Source : La Marseillaise du Centre, 12 août 1946 – BFM Limoges).
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L’équipe de La Martiale et ses Feuillade, Deschamps, Gandois… du beau basket (Source : La Marseillaise du Centre, 13 septembre 1946 – BFM Limoges).

À Limoges, la presse communiste représentée par « La Marseillaise du Centre » (deviendra l’Écho du Centre) relaye abondamment l’événement. Les soviétiques doivent arrivés par le chemin de fer, le mardi 6 août et croiseront le fer le mercredi 7 août, à 20h30 contre une sélection de Limousine de la FSGT et de la FFBB composée des joueurs les plus en vue du moment : Pasquet (CAPO), Berraud (CAPO), Seignole (CAPO), Carreau (CAPO), Bierne (CAPO), Feuillade (La Martiale), Peynichoux (La Martiale), Deschamps (La Martiale), Raymond (ASPTT), Perrin (ASPTT), Boudy (ASPTT), Schneider (O. Guéret).

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L’emplacement du Stade l’Évêché, à quelques mètres près, lieu improbable de la rencontre Limoges-Moscou (Source : Google Earth).

Le lieu de la rencontre, le Stade de l’Évêché, tient également de l’improbable, spécialement aménagé pour la plus belle affiche sportive de l’année, après la rencontre Limousin-Suisse en football. Le terrain n’existe plus aujourd’hui mais il fut la pépinière des Cadets de Saint-Étienne, le patronage de la Cathédrale de Limoges, qui malheureusement en est privé au début de la guerre, transformé à la suite des événements de la Bataille de France, en un poste de surveillance de la défense passive.

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Anatoly Koniev, une légende du basket-ball soviétique (Source : http://www.sport-strana.ru).

Nul doute que l’événement va attirer une foule record, comme à Lyon et à Marseille, où ils étaient des milliers de français à venir admirer, l’équipe soviétique au jeu peu conforme à l’éthique de l’Ouest. À titre d’exemple, dans la capitale rhodanienne, la rencontre s’est tenue devant plus de 10 000 lyonnais, dans une Place Bellecour, noire de monde, « dans l’enceinte, aux arbres, aux lampadaires et sur les bancs » rapporte le chroniqueur sportif de « La Marseillaise du Centre ». Il faut dire que la sélection soviétique a de l’allure : Ouchakov (n°3), Kolpakov (n°4), Gourievitch (n°5), Tarnasov (n°6), Alexiev (n°7), Legorov (n°8), Koniev (n°9), Preobragenski (n°10), Lobanov (n°11), Moysseiv (n°12), soit une bonne moitié de la sélection soviétique qui sera… championne d’Europe lors de l’Eurobasket 1947 !

L’élément star de l’équipe, fait office de géant pour le basket-ball international avec ses 1,98 m, prodige du basket-ball , ayant fait ses gammes au « Dynamo Moscou », Anatoly Koniev sera élu meilleur joueur de l’Eurobasket 1947. Derrière Ouchakov, Kolpakov, Moysseiv, futurs internationaux, sont autant d’atouts pour cette sélection inconnue du grand public.

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Photo réception des soviétiques arrivant sur le parvis de l’Hôtel de Ville (Source : La Marseillaise du Centre, 9 août 1946 – BFM Limoges).

À Limoges, on ne voit, en eux que les dignes représentants de l’URSS, négligeant légèrement le niveau quasi « international » de l’équipe des « Constructeurs de Moscou ». La plupart furent décorés pour leur bravoure sur le front, de Leningrad en passant par Stalingrad. Il faut dire, en outre, que cette rencontre n’est pas anodine dans une région où non seulement les maquis furent largement composés de ressortissants soviétiques (entre 10 à 20 000 pour le seul Limousin et Dordogne !) mais également peut-on le dire sans se tromper, où l’Association France-URSS, était la plus prospère de France.

D’ailleurs, à leur arrivée, les soviétiques furent reçus avec tous les honneurs par la municipalité, représentée pour l’occasion par l’adjoint aux sports, M. Serge Gauthier. Une journée terminée, entre « frères » du PC, ils burent tous ensemble le verre de l’amitié, au siège du Parti internationaliste, échangeant bien volontiers leur passé commun, mettant en avant du côté russe, tout le plaisir qu’ils avaient à venir dans une des capitales de la Résistance. Une véritable « Petite Russie » pour les soldats du III ème Reich.

Le match à 40 000 francs

La rencontre se joue à guichet fermé (ou ouvert, au nombre de resquilleurs probablement important). Le Populaire du Centre du 8 août 1946, annonce une « foule record » pour une recette de 40 000 francs (combien était-il ? selon le prix et la taille des tribunes, la foule aurait pu être comprise entre 1000 et 2500 spectateurs, pourrait-on dire légitimement sans trop prendre de risque²). L’équipe locale entraînée par le coach du CAPO Limoges, Vergnenègre a eu à cœur de défendre les couleurs limousines, qui surfe jusqu’à présent sur une bonne dynamique (nb : Le CAPO Limoges a été quart de finaliste de la première division FFBB lors de la saison 1945-1946 !). Mais de là à réussir à battre des russes invaincus depuis le début de la tournée, la marche est grande !

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Extrait de « La Marseillaise du Centre », on voit ci-dessus, Koniev testant les panneaux du haut de ses 1m98 (Source : La Marseillaise du Centre, 8 août 1946 – BFM Limoges).

Voici le récit de la rencontre rapporté par le correspondant de La Marseillaise du Centre :

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Schneider, l’un des joueurs marquants de la saison 1945-1946 (Source : La Marseillaise du Centre, 14-15 septembre 1946 – BFM Limoges).

« Après un début confus, la team moscovite prend la direction des opérations. Carreau, toutefois, ouvre la marque sur coup franc. Riposte soviétique qui se traduit par 7 points. Cette mi-temps fut, en somme, en faveur des Soviétiques qui grâce à leurs moyens physiques essentiellement, portaient leur avantage à 23 points contre 10 au team limousin. » [ Pas mal, d’autres sélections régionales avaient concédé des scores supérieurs ] « Transcendant, fut le deuxième « time »… aiguillonnés par la marque au repos, les limousins entament un assaut irrésistible. Bien menée par Pasquet, l’attaque accule les Soviétiques sous leurs panneaux. Ces derniers réussissent cependant quelques percées fructueuses, ayant à leur actif un jeu de passe nettement supérieur. ». Toutefois, le changement de cinq sera fatal aux limougeauds, alors que Schneider et Pasquet réussirent de splendides percées dans la défense massive des soviétiques. Le jeu des russes sans véritablement prendre nettement le dessus conclut le match de gala par le score de 43 à 21. Ce jeu, pratiqué par ces citoyens soviétiques est des plus classiques, peu de fioritures, surtout des passes sèches et précises qui aboutissaient dans les mains du géant Koniev.

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Le MAI Moscou, à Paris, août 1946, à Roland Garros, une équipe prête à devenir championne d’Europe avec les couleurs de l’URSS (Source : http://www.sportclubmai.ru).

À Brive, les féminines du MAI de Moscou battaient quant à elles, leurs consœurs de Fémina-Sports par un score sans appel 46 à 12. Comme les hommes, les femmes sortiront de leur tournée, invaincues (elles marqueront 343 points pendant toute la tournée, contre 64 au total pour toutes les équipes… françaises !). Pour l’URSS, c’est une sortie réussie ce qui n’échappera pas aux actualités de Pathé-Gaumont qui en fera un reportage sur ces curieux lanceurs de balle, venus en paix, sans chars T34, dans le cadre d’une amitié Franco-Soviétique importante, deux vainqueurs de la dernière guerre. Les décennies suivantes confirmeront cette domination soviétique en remportant quasiment tous les titres du continent européen, et notamment à l’occasion de leur retour en France, en 1951, en remportant au Stade de Football de l’EDF (eh oui!), le Stade Colombes, la finale de l’Eurobasket (en voici une photo ci-dessous !).

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Eurobasket 1951, au Stade Yves du Manoir, Colombes, Paris, ici ci-dessus l’équipe de l’Union Soviétique parmi lesquels on distingue Anatoly Koniev, deuxième en partant de la gauche (Source : Archives Blondeau).

NB : La deuxième partie, sur les Harlem Globe Trotters à Limoges (1951), est prévue pour le 24 avril, patience.

Article – La saga verte du C.S.P. (Claude Lacan, 1990)

Je vous propose dans ce nouvel article de lire un article, intitulé « La saga verte du C.S.P. » écrit par les soins du photographe limougeaud, Claude Lacan pour le journal haut-viennois, « Info Limoges », en 1990 (N°331). Lacan narre une « histoire » du Cercle et plus généralement celle du basket-ball limougeaud, à partir de ses souvenirs personnels et de ceux de Claude François, président du Club de la presse, commençant dans les années 1930.

« C’était l’autre matin au lycée Gay-Lussac. Nous attendions le début d’une table ronde consacrée aux métiers du journalisme. Le printemps entrait par les fenêtres ouvertes sur la « face cachée » de l’église Saint-Pierre. « C’est là que j’ai découvert le basket à Limoges », me confiait Claude Français, l’actif président du Club de la presse, en me montrant l’étroite petite cour coincée entre le vénérable édifice et les bâtiments – presque aussi vénérables – du lycée. « Notre prof de gym, M. Lalu, avait tracé des petits rectangles blancs en nous expliquant que dans ce jeu pratiqué en Amérique, tout l’art consistait à faire passer le ballon dans des sortes de filets, baptisés paniers ». C’est ainsi qu’a débuté notre initiation à cette discipline qui avait l’avantage de pouvoir se jouer sur un petit terrain et avec un nombre réduit de joueur. Pour ces raisons, le basket a tout de suite été adopté par les patronages. C’est ici qu’est né le cercle Saint-Pierre.

Pendant que Claude François me parlait, voilà des bouffées de souvenirs me venaient en mémoire. Je revoyais des terrains, certes, mais aussi des équipes qui représentaient le basket à Limoges dans les années qui suivirent la Libération…

D’abord il y avait les souvenirs scolaires, l’équipe pour le moins éphémère – elle dura à peine une saison – dans laquelle j’évoluais sous les couleurs de l’ENP et dont le terrain d’entraînement se situait square des Émailleurs. Et puis  voilà que surgissaient des images de mes premiers reportages sportifs : la grande majorité des rencontres se déroulait en plein air. Les terrains les plus actifs se situaient alors rue Ventenat, rue des Trois-Chatains, au Puy-las-Rodas. L’une des premières rencontres en salle à laquelle j’assistais avait lieu dans la chapelle du lycée Gay-Lussac.

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Extrait du journal « La Marseillaise du Centre » (Source : La Marseillaise du Centre, 27 septembre 1946 – BFM Limoges).

Vient l’époque glorieuse du CAPO. Le stade, situé rue Aristide-Briand, sur l’emplacement de l’actuel parco-trains, connut de grands moments. Le PUC y trébucha, sous la pluie, un dimanche après-midi. Pour rester dans les terrains, je songe à la première installation « moderne » : le terrain de l’ASPTT, Mas-Loubier, doté, à la grande fierté du président Aimé Tricard, de l’éclairage. L’équipe postière féminine allait y faire des merveilles. Déjà, à cette époque, La Martiale commençait à briller d’un vif éclat. Elle jouait salle Guynemer, au fond d’une impasse du quartier François-Perrin.

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Un match choc du Championnat de France à la grande époque du CAPO Limoges, contre les parisiens du Stade Français (Source : La Marseillaise du Centre, 3 décembre 1946 – BFM Limoges).
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Extrait du journal « La Marseille du Centre » (Source : La Marseillaise du Centre, 12 août 1946 – BFM Limoges).
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Extrait du journal « La Marseillaise du Centre » (Source : La Marseillaise du Centre – BFM Limoges).

Les rencontres majeures n’avaient plus lieu le dimanche après-midi, mais le samedi soir. Un noyau de fidèles supporters se constituait. Il était très familial. On venait voir jouer papa, maman, le fiston ou le grand frère. C’était un public averti, connaissant bien les règles. En fait, des amis heureux de se retrouver pour communier dans une même joie sportive. Tous ces anciens joueurs – ou joueuses – je les retrouve parfois au Palais des Sports. Il s’y sentent un perdus dans une autre atmosphère, car il faut bien le reconnaître, le « sport-spectacle » est totalement différent. Ne parlons pas des acteurs, « pros » dans tous les sens du terme, athlètes de haut niveau, hyper spécialisés.

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Jetons un œil sur le public. Certes, la grande majorité est constituée de supporters enthousiastes – c’est heureux – mais on trouve aussi ceux qui viennent pour être vus. Madame fait admirer son dernier vison et monsieur est heureux de faire remarquer ses Westons. J’avoue ne pas aimer les bataillons prêts à voler au secours des victoires et à se dissoudre dès la première défaite. N’allez pas croire pour autant que je boude le sport-spectacle. Il apporte au basket une nouvelle dimension follement attractive. L’un des grands mérites des dirigeants du CSP est d’avoir innové dans ce domaine. Il serait étonnant désormais d’imaginer une rencontre sans la présence de musique, de majorettes, en un mot d’attractions ponctuant les temps forts, galvanisant l’assistance. Un match est vécu comme une messe dans une église de Harlem, avec les gospel-songs où l’assistance, en battant des mains et en chantant, participe à la cérémonie. Ajoutons les grandes croisades vers les terres lointaines.

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Dans ce genre de migration, le train l’emporte largement sur l’avion. Certes il est moins rapide, mais tellement plus convivial, chaque voyageur se sent l’âme du pèlerin apportant la vérité «  dans les terres insoumises ». Au retour – si la victoire a souri – il partage la gloire des preux chevaliers. Il a conscience d’être lui aussi un artisan du triomphe et il ramène dans sa bonne ville les glorieux trophées…

Un ambassadeur

Ne souriez pas, car tout cela est bien sympathique. L’événement est une fête qu’il faut avoir vécue au moins une fois dans sa vie. Voilà qui nous conduit à noter l’extraordinaire contribution apportée par le CSP au rayonnement de la ville et de la région. Il y a fort à parier que si l’on interrogeait un petit Israélien, voire un Moscovite ou un Espagnol à propos de Limoges, il ferait en premier lieu référence à son équipe de basket, la porcelaine n’arrivant qu’en seconde position. Que voilà une bonne occasion de débarrasser le Limousin et sa capitale régionale des casseroles qu’il traîne depuis si longtemps : Limoges la ville rouge, la ville triste où l’on s’ennuie, l’archétype de la province endormie. Le CSP a suscité comme un sursaut d’orgueil. Le sportif limousin en voyage à l’étranger est fier à juste titre de déclarer : « J’arrive à Limoges, vous savez, l’équipe de basket, les verts du CSP… ».

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Reste encore à démontrer que le dynamisme de vitrine du club est conforme à ce que l’on trouve à l’intérieur du magasin – en l’occurrence Limoges et la région Limousin. Voilà une bonne occasion de rappeler aux « décideurs » – particulièrement parisiens – qu’il y a beaucoup de travail à faire, et qu’en-dessous de la Loire, cette tâche brune nommée Massif central, n’a pas l’intention de se transformer en réserve zoologique ou ethnologique…

Autre utilité du club : une formidable promotion du sport qui, paradoxalement, est parfois profitable à d’autres disciplines que le basket…

Un parcours sans faute

lacan-1Si l’on se penche sur le passé du club, son parcours est exemplaire. À la progression constante s’ajoute la continuité. Ce dernier point – sans doute le plus important – est à porter au crédit des gestionnaires qui ont su construire des structures solides et au fil des ans s’assurer les indispensables soutiens financiers. Chaque saisons constitue un nouveau défi qu’ils ont toujours su relever avec brio. Il est bien évident que désormais, le CSP est une véritable entreprise qui brasse des sommes considérables et dont la survie est liée à l’engagement de ce qu’il est convenu d’appeler les « sponsors ». Le danger aurait consisté à s’appuyer sur un seul mécène, avec le risque que ce dernier décide de réduire sa participation ou de placer ses billes sur un autre cheval. Avec réalisme et prudence, le CSP s’est engagé dans une nouvelle voie, placée sous le signe du partenariat. En fait, le club s’associe en prise directe avec la vie économique, accueillant au sein du LCSP entreprises un large éventail de sociétés grandes ou petites, de commerces.

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Dans le même souci d’assurer une saine gestion économique, le club prépare sans attendre une société d’économie mixte. Autre atout, une équipe dirigeante où les responsabilités sont partagées. Ceci pour dire que l’avenir est bien assuré quoi qu’aient pu en dire des « Lefuneste » prêts à célébrer avec des larmes de crocodile un enterrement de première classe. La force du CSP est d’avoir toujours œuvré avec des objectifs à relativement longue échéance… et les avoir atteints. Toute l’équipe est consciente de l’importance du club pour le rayonnement régional. Il symbolise la volonté d’ouverture et de dynamisme du Limousin dans toute l’Europe. Dans cet esprit, fière des acquis, le LCSP envisage l’avenir avec sérénité et confiance, chaque saison étant un nouveau challenge où il importe de se hisser vers les sommets : une démarche sportive ! »

Au nom du Père, du Fils, du Saint-Esprit, La Martiale ! (Partie 2/2)

En février 1928, La Martiale connaît une véritable mutation. La société « La Martiale » est reconnue par le Ministère de la Guerre, sous le n° 12.993, comme société d’éducation physique et de préparation au service militaire, ouvrant des perspectives prometteuses pour le patronage limougeaud. La même distinction avait été attribuée au début des années 1900, à une société de Limoges, « La Patriote »… un parent lointain de La Martiale, privilégié par un contexte militaire. C’est une récompense au travail effectué durant la décennie 1920, par des hommes comme Léon Moreau, double champion de la FGSPF [de Gymnastique?]. À présent, La Martiale s’exporte… en octobre 1928, le Patro est à Evaux-les-Bains, pour une fête sportive. La gloire est inéluctable… passez-moi la balle et je vous montrerai le chemin guidant à notre Père.

Le Baptême, une bénédiction venue du ciel

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C’est ici, sur le terrain de La Martiale, situé non loin de l’Ancienne Route d’Aixe où tout commença… la section sportive et la clique de La Martiale en 1926, derrière un beau panier de Basket (source : Archives Municipales de Limoges – Fonds Albert Chaminade).

Il est 10 heures du matin, ce 24 février 1929, à Limoges, sur un terrain [de la Saint-Louis de Gonzague ou de La Martiale] éprouvé certainement par l’hiver 1929 (il n’avait jamais fait aussi froid depuis 1879 !), deux formations se livrent une bataille à la loyale. La Saint-Louis de Gonzague est opposée à La Martiale. Premier match amical de Basket-Ball, historique, fondateur, des « équipiers » de La Martiale. L’équipe est emmenée par son capitaine, entraîneur, directeur de la commission basket de La Martiale, le dévoué Maux, évoluant au poste de « centre » (Pivot). Autour de ce bonhomme, les « arrières » (intérieur et ailier-fort) Boutaud et Rebeyrol, ferment les portes d’une défense inexpérimentée et sans oublier les deux « avants » (ailier et… ailier!), Chapeaud André et Beaubreuil, amènent de l’avant au jeu du Patro. Pour cette rencontre, le résumé est sans équivoque… il s’agit des balbutiements de « l’équipe 1 » de La Martiale : « Jusqu’à la mi-temps nous fûmes très nettement dominés. Nos adversaires avaient marqué un grand nombre de points alors que notre équipe n’avait que 3 points, malgré la défense bien comprise de nos arrières Boutaud et Rebeyrol. À la deuxième mi-temps, malgré l’ardeur des équipiers de Saint-Joseph, qui nous manquent un certain nombre de points, les passes bien combinées du centre : Maux et des avants Chapeaud André et Beaubreuil nous valent 8 points de plus. La partie se termine par une victoire pour la Saint-Louis de Gonzague de 31 à 11. Mais pour notre première rencontre nous ne pouvons qu’être satisfaits car ce n’est pas une très grande défaite. ». La journée se termine par une rencontre opposant les équipes deux ; là encore la Saint-Louis de Gonzague rafle une seconde victoire, score final 23 à 11. Une « équipe 2 » de La Martiale composée de Leroy et Picat aux postes d’« arrières » ; Émile Mithout au « centre » et enfin des « avants » Broussaud et Chassagne. Pour un début, c’est un succès qui présage, selon les mots du monsieur à tout faire, Maux, « un avenir peut-être très proche de très beaux résultats ». Il n’avait pas tord !

Un nouveau concept : Sportif le dimanche, Militant la semaine ?

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Un défilé aux accents militaires des Cadets de Saint-Michel, à Gramat, lors du concours de Gymnastique FGSPF, le 29 juin 1930 (source : Archives Municipales de Limoges – Fonds Albert Chaminade).

Les joueurs de La Martiale n’étaient pas pour autant des Basketteurs nés. C’est aussi des militants. Au « Cercle d’études », la plupart « passent en revue les actualités, sports, musique, politique, car on cause dans les coins de nos parlementaires, ou de tel ou tel parti en quête de popularité ». Ce réflexe s’explique par l’omniprésence de la FGSPF et de celle de la Jeunesse Ouvrière Chrétienne, la JOC. Naturellement, affiliés au mouvement de la FGSPF, les Martialistes sont proches de la Jeunesse Ouvrière Chrétienne, la JOC. Cette proximité s’explique à travers l’organe du Sacré-Cœur, « L’Alerte ». Le mensuel paroissial relaye dans ses chroniques la messe militante du christianisme dans lequel le militant de la JOC ou de simples paroissiens prennent la parole. Les prises de paroles sont souvent orientées à l’égard du déchaînement anti-catholique, propre à Limoges, et sur la position des catholiques au sein du mouvement ouvrier. Ainsi, les propos tenus sont offensifs : « Quand on veut tuer son chien, on dit qu’il est enragé. Quand à Limoges, on veut abattre quelqu’un on dit qu’il est l’ennemi de la classe ouvrière […] Le lundi de Pentecôte, plus de 500 jeunes gens de nos patronages ont défilé dans les rues de Limoges […] Attention ! Ces jeunes gens encadrés par les curés étaient des ennemis de la classe ouvrière. ». Tout au long des années 1920 et 1930, Limoges reste un terreau difficile pour les catholiques, réputé par ces derniers comme le dernier bastion « anticléricale » de France n’ayant d’égal dans le monde… sauf peut-être, en Union Soviétique. Il est vrai, jusqu’en 1936, le catholicisme et le socialisme sont en confrontation. À travers, les textes, nous comprenons la volonté de reconquérir les cœurs des faubourgs de Limoges, acquis à la presse militante du « Populaire du Centre » des socialistes ou de « L’Avant Garde » des communistes. L’Alerte est un outil de propagande, efficace pour la formation des militants mais ne constitue pas un point essentiel de la « reconquista » catholique. En cela, les fêtes sportives et démonstrations sont un recours pour le Patronage et le catholicisme, exaltant la solennité de leur saint-patron, auprès des foules hésitantes. Toutefois, nous ne pouvons affirmer l’implication immédiate en politique, des sportifs du Patronage de La Martiale, attirés de plus en plus vers les résultats et non pas vers la défense de la foi apostolique. L’obédience politique des joueurs d’un « Patro » était en réalité difficile à cerner, il y avait certainement quelques inconditionnels de l’Action Française (Royalistes) tout comme de nombreux fervents socialistes de la SFIO, à l’image d’Albert Chaminade, passé dans le Patronage de La Martiale et des Cadets de Saint-Michel. En somme, une affaire de croyance… révérence conclue, le Sport est un lieu de hasard exaltant le dévouement désintéressé et… le résultat. Toutefois les cadres de La Martiale ne l’entendaient pas de la même oreille, durant l’entre deux-guerres : « Nous ne demandons pas mieux que La Martiale soit une pépinière d’athlètes, mais pour rien au monde nous ne voudrions la rabaisser au niveau d’une quelconque société sportive, qui ne demande à ses membres que de belles performances sportives pour la réclame ». Pourtant, c’est la recherche du résultat qui permet aux Martialistes d’acquérir une grande réputation.

Les premières semences de Champion

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1932 : La première équipe de Basket-Ball du patronage de La Martiale. En bas à gauche, M. Broussaud, ancien vice-président du LFC (source : Archives Municipales de Limoges – Fonds Albert Chaminade – Publication inconnue, Vendredi 16 avril 1971).

Les rencontres ne sont pas nombreuses lors de l’année 1929. Et pour cause, il faut obtenir l’aval du de l’Abbé Moreau, seul responsable dans la nef, « pour accepter ou refuser les offres faites » car la raison réside dans « la différence de mentalité qu’il y a entre nous et les autres, et pour éviter certains frottements auxquels nos jeunes gens n’auraient rien à gagner et peut-être beaucoup à perdre ». En réalité, l’année 1929 est une année d’entraînement, un strapontin vers le futur. Ses équipes sont définitivement engagées dans le championnat de la FGSPF du Limousin, « L’Union Régionale Limousine » lors de la saison 1929-1930, débutant alors en novembre 1929. Trois équipes sont engagées dans la compétition. Elles y « font bonne figure et se placent parmi les meilleures. Elles ont à elles trois totalisé le chiffre de 127 points, ce qui n’est pas mal pour le premier championnat et le dernier mot n’est pas dit car il leur reste les matches « retour ». ». Rajoutons à ces progrès fulgurants, l’apport des jeunes écoliers aux efforts de la section de Basket-Ball de La Martiale… on pourrait déjà parler d’une école mini-basket avant l’heure ?! Cette saison 1929-1930 est encore sous la domination du patronage « pionnier », les Cadets de Saint-Michel… une domination qui va s’effacer en 1931 !

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L’équipe dite des « Pengouins » des Cadets de Saint-Michel, à ses débuts, plusieurs fois Champion du Limousin entre 1927 et 1931, ici sur le terrain de la Rue Ventenat (source : Archives Municipales de Limoges – Fonds Albert Chaminade).
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L’équipe des Cadets de Saint-Michel, Champion du Limousin Excellence de la Ligue d’Athlétisme et Basket-Ball 1930 (source : Archives Municipales de Limoges – Fonds Albert Chaminade).

En effet, lors de la saison 1930-1931, La Martiale révèle ses aspirations « augustéennes ». Fort des arrivées, de deux joueurs parisiens, Breuil et Delava, les Martialistes décrochent leurs premiers lauriers. Le patro défait notamment le CASG de Bordeaux, au premier tour éliminatoire du Championnat de France Excellence, une véritable sensation locale… en outre, il s’adjuge pour la première fois le titre de Champion Limousin URL ! Premier titre d’une vitrine qui en connaîtra d’autres. Entre 1931 et 1939, La Martiale remporte au moins 5 titres de Champion URL (1931, 1934, 1935, 1936 1937 et peut-être celui de 1938, portant ce chiffre au total de 6 titres de Champion URL) et 3 Coupes des Patronages URL (1932, 1933, 1939).

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L’équipe 1 de La Martiale, saison 1934-1935, Champion URL 1935, une des premières équipes du patro (source : Archives Départementales de la Haute-Vienne – Les Sports du Centre 10 mai 1935).
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Décembre 1936 : une phase de la rencontre opposant La Martiale (futur Champion URL 1937) contre la SOL (source : Archives Départementales de Haute-Vienne – Les Sports du Centre 1er janvier 1937).

À l’exception de la saison 1935-1936, La Martiale ne participe pas au Championnat de Ligue du Limousin (affilié à la FFBB). Les relations entre le patronage et les clubs laïques ne sont pas au beau fixe… ces derniers auraient eu l’impolitesse d’avoir désinviter, l’équipe de La Martiale, d’un tournoi coorganisé avec l’URL… pourtant dans les quelques épreuves mêlant laïques et patronages, La Martiale sort souvent victorieux grâce notamment à son capitaine Rebeyrol dont il est devenu le meilleur ambassadeur. Il est sûr, en ce qui concerne, La Martiale, durant la période 1929-1939, le patronage du Sacré-Coeur aurait certainement pu remporté des « coupes » dans les compétitions laïques. À partir des années difficiles de la guerre et de l’après-guerre, les équipes de La Martiale participent à toutes les compétitions.

Guerre et Paix : Les moments révélateurs

La guerre frappant à nouveau aux portes des joueurs de La Martiale, le patronage continue à promouvoir ses activités mais est contrainte à certaines évolutions. Ainsi, La Martiale a rejoint dès 1941, les Championnats de la FFBB. La Ligue du Limousin s’est agrandie, par ailleurs, en récupérant le Berry et la Dordogne. De nombreuses équipes participent aux Championnats FFBB de la Ligue du Limousin. Toutefois, les absences (de nombreux joueurs sont encore en Allemagne dans des stalags) et les nombreuses équipes participantes au Championnat, n’altèrent pas l’ascension du patronage limougeaud. En 1941, les Martialistes gagnent à nouveau la Coupe des Patronages et remporte aussi pour la deuxième fois le Challenge Reignoux (en 1938 déjà vainqueur), un challenge organisé par les meilleures formations du Berry. En décembre 1941, un nouveau terrain (non localisé) est édifié et quelques mois plus tard, un nouveau titre de Champion URL Excellence vient comblé la dévotion des fidèles du Sacré-Cœur. Pourtant, ces instants de joies sont courts car en 1942-1943, la paix relative du patronage est troublée par l’accélération des événements militaires et politiques. Les jeunes du Limousin sont de plus en plus nombreux à rejoindre les maquis, pour échapper au STO et à la répression des autorités de Vichy et du Troisième Reich. C’est par exemple en 1943, toute une équipe de Haute-Vienne de Basket-Ball qui prend le maquis, celle du Cercle Saint-Pierre Limoges ! Dans ces temps d’incertitudes, le sport est relégué au second plan… l’équipe première de La Martiale est alors composée de jeunots. Les seules équipes de la région qui résistent à cette érosion sont pour l’essentiel des équipes laïques affiliées à des réseaux professionnels telles que le CAPO Limoges (Cheminots) ou l’ASPTT Limoges (Postiers). Lors des années 1943, 1944, les équipes de La Martiale actives sont peu nombreuses (le STO ayant fauché une grande partie des joueurs adultes du patronage) cependant avec des effectifs resserrés, La Martiale semble restée fidèle à sa discipline : le Basket-Ball. La libération de la France à partir de juin 1944, ré-ouvre de nouvelles perspectives pour les patronages de Limoges. Avec le retour des « grands », La Martiale revoit le haut du panier.

Les « Dix Glorieuses » de La Martiale

De 1945 à 1955, La Martiale est devenue avec le CAPO Limoges, le grand « club » de Basket du Limousin, dont la renommée nationale n’est plus un secret pour la presse et les spécialistes du Basket-Ball. Ces dix années glorieuses rappellent aux français, les années prospères de l’économie française même si les séquelles de la guerre et les affrontements politiques demeurent. Pour La Martiale, c’est le temps de l’abbé Pomaret et des succès fastes du patronage dans les différentes compétitions de Basket-Ball disputées par ses mousquetaires de renoms : Feuillade, Denis, Peynichou, Deschamps, Pasquet, Barthes, Gandois etc… En Junior, elle brilla à deux reprises en remportant en 1952 (au Palais des Sports de Paris !) et à nouveau en 1954, le Championnat de France Junior de Basket-Ball FFBB ! Deux belles performances pour les jeunes Martialistes qui inspira plus tard, les jeunes de l’ASPTT Limoges et du Cercle Saint-Pierre.

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La fameuse équipe « Junior » de La Martiale Championne de France en 1954 (source : Archives Municipales de Limoges – Fonds Albert Chaminade – Publication inconnue, Vendredi 16 avril 1971).

Ces exploits sont à mettre au crédit de son équipe première, fer de lance du Patronage. En 1950, elle s’illustre en remportant le Championnat de France Honneur FSF (deuxième division) et montant ainsi en première division FSF, l’Excellence FSF. Dans les compétitions FFBB, les Martialistes évoluent dans l’antichambre de la Division Nationale (première division) et terminent à plusieurs reprises à la deuxième, troisième place de leur poule derrière des équipes comme Caraman ou Saint-Jean de Luz.

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28 septembre 1946 : La Martiale en Finale de la Coupe Guynemer face à Championnet, une grande cylindrée parisienne (source : BFM Limoges – Populaire du Centre 14 octobre 1946).

Son plus haut fait d’arme, est probablement en 1953, lorsque La Martiale accède, après la victoire en demi-finale face au Cercle d’Éducation Physique de Lorient (à Angers, 65-52, 12 avril 1953), à la Finale de la Coupe Nationale Excellence de France FSF (première édition), disputée à Limoges (une première pour la capitale du Limousin), le Dimanche 3 mai 1953, Salle Guynemer, contre l’AS Villeurbanne (Champion des patronages et vainqueur de la Coupe de France FFBB) de André Buffière… futur entraîneur de l’ancien patronage de Limoges, le Cercle Saint-Pierre de Limoges, vainqueur de la Coupe Korac 1982 et 1983 sous sa direction. La team lyonnaise au grand complet avec André et Maurice Buffière, Minard, Levet, Sturia, Fliorini, Samy, Fillod et Rey réalise une partie sans accrocs, devant un public nombreux (98.500 francs de recette) et écrase La Martiale, 72 à 31 ! Une marche bien trop haute pour les basketteurs du Sacré-Cœur.

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La « Grande Équipe » des années 1950 dont les exploits laissèrent à jamais une trace dans l’Histoire du Patronage (source : Archives Municipales de Limoges – Fonds Albert Chaminade – Publication inconnue, Vendredi 16 avril 1971).
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L’équipe de 1953, Champion des Patros du Limousin et finaliste de la Coupe FSF (source : Archives Municipales de Limoges – Fonds Albert Chaminade)
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Face à Ménilmontant, La Martiale s’assure sa place en Excellence, en battant la formation parisienne sur le score de 42 à 41. Montu (Ménilmontant) bien gêné par Deschamps (La Martiale) (source : BFM Limoges – Populaire du Centre, Lundi 26 janvier 1953).
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Un document ! André Buffière et l’AS Villeurbanne remporte face à La Martiale la Coupe de France FSF, le 3 mai 1953 (source : BFM Limoges – Populaire du Centre, Mardi 5 mai 1953).

Jusqu’en 1956, l’équipe fanion assume une place dans la division Excellence FFBB (deuxième division), avant de redescendre en division Honneur, puis en Excellence Région. Quelques titres et coupes sont remportées mais le Patronage vit désormais ses dernières heures… une partie de la grande équipe de 1953 est partie pour le service militaire… enfin les maigres finances du patronage ne peuvent plus assumées à elle toute seule les dépenses occasionnées par ses équipes de Basket-Ball. En 1959, les Martialistes remontent en Honneur FFBB (troisième division) mais sous la pression financière, l’« œuvre » fusionne sa section de Basket-Ball avec les équipes des Patronages de la Sainte-Valérie, l’Alouette, de la Jeanne d’Arc et de l’Espérance Saint-Étienne pour donner naissance au Limoges Basket-Club, le LBC. Mais ceci est une autre « histoire » du Basket-Ball Limougeaud dont il faudra un jour raconter sa chronique… à l’origine de la naissance, du petit prodige, Olivier Saint-Jean, alias Tariq Abdul Wahad (au début des années 1970 : la maman jouant au LBC et le père biologique à l’ASPTT Limoges, Quinas Brower).

Tentative : Explication d’un phénomène

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Plus qu’un simple phénomène de société, La Martiale a captivé le sport catholique dans la région limousine et ce malgré la pente terrifiante de son terrain (source : Populaire du Centre, 3 mai 2015).

La Martiale constitue un cas « d’école » du développement d’un patronage, à travers une ou plusieurs disciplines sportives. Le succès du patronage durant la période allant de 1930 à 1956 s’explique tout d’abord, par son caractère formateur. Très tôt les jeunes sont suivis avec attention par une équipe « technique » compétente éclosant au mieux les talents des futurs grand sportif comme celui du gymnaste Léon Moreau dont ses exploits s’exportèrent en France (Champion de France 1925 et 1927) et dans le Monde, puisqu’il fut sélectionné pour les Jeux Olympiques de 1928 à Amsterdam. En Basket-Ball, La Martiale forma une grande partie des très « bons » joueurs de Basket-Ball de la Région (Frédéric Sarre et Jean-Pierre de Vinzenzi en furent). Une formation qui s’explique aussi à travers ses infrastructures. Si dans les années 1920, une cour faisait office de terrain de sport « dont la déclivité donnait l’avantage à l’équipe située au degré supérieur » comme nous le rapporte affectivement, Albert Chaminade, dans son courrier adressé aux anciens du patro à l’occasion des 75 ans de l’œuvre, la cour fait place à un véritable terrain de Basket-Ball à partir de septembre 1932 et sera vite abandonné au profit d’un nouveau terrain en décembre 1941. En permanence en mutation, l’infrastructure des installations du patro donne à cette dernière le « must des terrains » de son époque, outil indispensable à l’évolution des jeunes joueurs. Vers la fin des années 1940, le patro du Sacré-Cœur évolue dans le Gymnase Guynemer, une installation adaptée à la réception de rencontres du niveau « National » et permettant la réception d’un public averti. Mais il est évident, ce phénomène local s’explique surtout de façon plus prosaïque au vu des émulations sociales entourant le patronage le long de son aventure humaine. La section de Basket-Ball sût fédérée autour d’elle, très tôt des hommes de qualités comme son Président, André Rebeyrol. Un article du Quotidien Régional, Le Populaire du Centre, rédigé par Marion Buzy, datant du 3 mai 2015, ouvre en ce sens son article : « En 1936, Michel Calvet a six ans. Il habite « entre la prison et la caserne des pompiers, rue de la Mauvendière. C’est jeudi. André Rebeyrol, président de La Martiale, me récupère au n°1. Nous allons chercher Guy Mathieu et Pierre Breuil, puis nous rejoignons le patro » et ses autres membres qui font de la gym, du foot, du basket, du cyclo-cross, de la musique, de la lecture ou du théâtre. Ce covoiturage hebdomadaire se fait à bord d’une traction avant, et ça fait causer : « C’est vrai qu’on passait vraiment pour des bourgeois à La Martiale. On nous appelait même « le gang des tractions avant », à cause des voitures de nos dirigeants. Il faut dire qu’ils avaient du pognon… Mais on roulait pas plus sur l’or que les autres…». L’amitié, la solidarité et le bénévolat de ces membres ont contribué probablement à hauteur égal à celle des infrastructures (nb : n’oublions pas le rôle de Salle Pie IX, véritable siège social du patro), au maintien de La Martiale, si longtemps dans les sphères « Grand Public » du Sport. Des valeurs qui semblent perduraient, aujourd’hui encore, chez son descendant le Limoges BC.

Pour plus d’informations sur les saisons de La Martiale, une chronologie sur l’Historique de La Martiale saison après saison : chronologie de La Martiale (Basket-Ball)

Enfin nous vous conseillons la lecture de deux articles :

-Marion Buzy, Populaire du Centre, « Le patro de La Martiale et ses nombreuses vocations sportives »

– Gilles Deville, Populaire du Centre, « Un siècle d’amitié et de partage ! »

NB : remerciements aux Archives Municipales de Limoges, aux Archives Départementales de la Haute-Vienne et à la BFM de Limoges, pour leur expertise technique et leur travail !

Au nom du Père, du Fils, du Saint-Esprit, La Martiale ! (Partie 1/2)

Vous avez tous entendu un jour les exploits du patronage du Sacré-Cœur, La Martiale. Pendant très longtemps, La Martiale fut la tête de proue des « Patronages » sportifs de la cité lémovice dont le Basket-Ball prit un essor significatif dans les années 1930 jusque dans les années 1950. Il est temps de raconter cette histoire, certes partielle, où soutanes et shorts faisaient bon ménage. Premier volet sur l’Histoire du « Patro », La Martiale.

« Jouer et prier de tout son cœur », des vœux pieux

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Le Père Billion pensait-il à une telle organisation ? La troupe de La Martiale en 1927 (source : L’Alerte, Organe de la Paroisse du Sacré-Cœur, Octobre 1929).

En août 1904, avant son départ, le Père Billion lâche sur le papier, des phrases prophétiques : « Rien ne me fera oublier le Sacré-Cœur de Limoges. Je laisse là-bas une bonne part de mon cœur. Pauvres petits, je ne puis penser à eux sans être ému de compassion… A moi, il me faut des enfants et encore des enfants, et vous avez une collection unique. ». Comme un présage, des « enfants uniques » défenseurs d’un catholicisme, à l’épreuve du XX ème siècle, qui deviendront pour certains, les hégires d’un patronage qui n’avait alors pas de nom. Le Curé Billion avait été aiguillé par cette question, un véritable sacerdoce : « Pour s’occuper de la jeunesse, il ne suffit pas de l’aimer même beaucoup ; il faut soi-même être un peu jeune, avoir des jambes presque neuves et l’entrain. ». Le Sacré-Cœur de Limoges, à l’image du catholicisme français, se tourne vers la jeunesse afin de ne pas éteindre la flamme spirituelle qui anime les paroissiens depuis plusieurs siècles. Sous son successeur, l’abbé Poivert (1904-1907), directeur de l’œuvre du Sacré-Cœur, la nef de la Sainte-Vierge était en construction, le peu d’espace disponible, désorientés les enfants. Bientôt, une nouvelle cour permit à ces jeunes de « ravir aux ardentes parties de barres ou de ballons. », rapidement devenue un marécage ou un « Sahara » selon les mansuétudes du temps. Il n’y avait alors « point de salles de réunion, de jeux ou de lecture ». Pour y être admis, il fallait un « Très bien » ou « presque Très bien » au Caté’ ! La formule de l’époque était alors : « Difficile d’entrer, facile de sortir ! ». En avril 1905, le règlement et l’organigramme de l’œuvre est clair, nous rapporte dans « L’Alerte » de février 1929, A. Laporte, un paroissien du Sacré-Cœur : « Deux catégories, les sociétaires recrutés parmi l’élite des enfants ayant fait leur Première Communion ; les aspirants, qui étaient choisis parmi les plus jeunes ou les nouveaux. Un bureau composé d’un Président, d’un Vice-Président, d’un Secrétaire, d’un Maître de jeux et d’un Bibliothécaire assistait le directeur. On se réunissait les dimanches et les jeudis de 1h30 à 5 heures ou 6 heures, en été […] Et l’on s’en donnait, car, la devise était déjà : « Jouer et prier de tout son cœur ». Tous les mois, une réunion générale groupait tout le monde ! Et le dimanche, on se retrouvait à la messe de 8 heures on y chantait déjà, accompagné par l’excellente Mlle Monstanier, nos cantiques aimés […] le soir c’était à deux heures les petites vêpres et le catéchisme de Persévérance […].».

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Le nouveau Sacré-Cœur dans les années 1950-1960 (source : Delcampe).

Bigre ! Une organisation bien rodée. Ils sont bientôt 65 premiers communiants à rejoindre la troupe. Les contours de l’organisation d’un patronage se précise à l’évocation des journées du pèlerinage paroissial d’Arliquet et la création d’une colonie en juin 1907, « Salle Pie X » qui n’est alors qu’une annexe pour le catéchisme et le centre d’apostolat, religieux et sociales. À ce moment, « le ballon y faisait déjà des siennes ! ». Un patronage semblait se créer grâce à « la discipline, tempérée par l’aménité de son bon directeur [l’abbé Poivert], l’ordre et la tenue, reflets d’une forte et religieuse éducation, y régnaient partout. » explique A. Laporte dans sa chronique. En Septembre 1907, Poivert est rappelé par l’évêque de La Rochelle pour exercer le vicariat de Saint-Sauveur, provoquant une grande tristesse chez les jeunes paroissiens.

Pour le remplacer, un jeune vicaire de Rochechouart, prénommé l’abbé Maury (au Sacré-Cœur de 1907-1928). Le bulletin paroissial le présentait aux paroissiens sous des traits sympathiques : «  Tout ce que nous savons de son zèle, de son tact et sa prudence, nous fait bien augurer du succès qui l’attend dans son nouveau poste. Les jeunes gens surtout l’attireront et seront attirés. Il les enflammera de l’amour du divin Cœur et en fera des militants ». La même année, le presbytère et le préau, lieu des loisirs, sont saisis par le gouvernement… on venait d’appliqué la loi sur la séparation de l’église et de l’état (1905), sans explications, sans lettres… L’autorité religieuse du Sacré-Cœur avait prévu la mésaventure. Les jeunes retrouvèrent un nouveau « gîte » pastoral, Route d’Aixe (aujourd’hui Rue François Perrin), acquis en 1903. Sur les ruines du passé, les consolations sont nombreuses. Le petit monde de l’œuvre, passant leur journée dans la petite école de catéchisme, a le loisir d’avoir « du côté de la cour, il y [a] la « salle de gym » […] appeler par la suite « la fosse aux ours » tant elle était profonde et d’accès peu aisé ». Signe d’une modernisation de l’organisation du Sacré-Cœur, le « gym » atteste de l’importance des activités physiques au début des années 1900 chez les fidèles. À partir de cet épisode, c’est une page du livre de la Paroisse qui se tourne, nouveau départ et nouveaux rebondissements.

À l’appel du Sacré-Cœur, à l’appel du Drapeau

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Le Scoutisme s’est implanté très tôt dans la Paroisse du Sacré-Cœur (source : L’Alerte, Organe de la Paroisse Sacré-Cœur, Mai 1932).

La troupe de l’Abbé Maury ressemble avant la guerre, au Roman d’Hector Malot, « En Famille ». Il y règne un univers singulièrement commun, où tout le monde se connaît et se côtoie au quotidien, sans trop se soucier des turpitudes d’une ville industrielle balayée par les fumées de charbon descendant dans les moindres recoins. En 1907, la « Famille » se sépare. Une scission s’opére entre les grands et les petits, sans grand dommage. Le moniteur général de l’œuvre, l’Abbé Maury prît sous son aile les adolescents de la paroisse pour y prodiguer les bonnes paroles du seigneur et les Jeux !

Peu à peu, les grands sont appelés sous le Drapeau, pour le service militaire. Louis Varnoux et bien d’autres quitteront le nid pour l’armée. Une formalité, pour l’ensemble des paroissiens dont les plus jeunes semblent se préparer avant même la date fixée. Les appelés, une fois revenus du service, apporteront beaucoup au futur patronage, grâce à l’expérience engrangée dans le corps d’armée, à travers les exercices militaire, sources d’inspirations pour l’organisation sportive de la Société.

Malgré ces départs et ce « schisme », la cohésion reste. En 1907, les aspirants « Sociétaires » devaient passés au moins trois mois au sein de la troupe selon le Règlement pour aspirer à être reconnu comme un membre exclusif sans oublier les qualités supplémentaires nécessaires à l’engagement : « l’assiduité aux offices et de l’entrain aux jeux ». Le 8 décembre 1907, Monsieur le Curé organisa la première cérémonie de réception des sociétaires, « après leur avoir rappelé que désormais, ils allaient être « du Patronage », il avait accueilli leur promesse de rester fidèles à leurs devoirs de bon chrétien et à l’amitié envers leurs camarades ». Ensuite, ce fut au tour des médailles du Sacré-Cœur accrochées d’une façon martiale sur la poitrine de chaque engagés du « Patronage » qui n’avait alors, ni de nom, ni de de statuts reconnus par la juridiction de la troisième République pourtant bien enracinée sur le territoire mais échappant aux esprits des plus fervents du Seigneur.

Ces engagés, 12 apôtres, s’appellent : Angot, Bahet, Charbonnet, Delhomenie, Gabriel Duclaux, Garroux, Laplaud, Palouzat, Parry, Pastier, Potet, Vialle. Ils étaient devenus « quelqu’un » aux yeux du « Patro » et pour l’extérieur aussi. Des apôtres dont la première mission reste la défense du catholicisme et de leurs principes moraux. Louis Varnoux, en garnison dans l’Est de la France, estime à ce propos dans une lettre adressée aux paroissiens : « Ce n’est pas parce que nous sommes catholiques que nous sommes moins intelligents et moins débrouillards que les autres. Au contraire, n’est ce pas ? Aussi il faut le faire voir à tous et partout : les plus petits qu’ils soient encore à l’école doivent être les premiers de leur classe ; ceux qui sont les plus grands doivent être à l’atelier de bons apprentis qui apprennent bien, afin d’être plus tard de bons ouvriers et surtout, personne ne doit se cacher d’être du patronage. ». Les propos de Louis Varnoux illustrent bien le rôle du patronage et le succès qu’il rencontre dans les faubourgs tumultueux de Limoges. Dès le début du XX ème siècle, des patronages l’affirment haut et fort, l’idéal de l’excellence doit être porter par leurs membres. Sans conteste, cette recherche du meilleur et du don de soi, amène très vite les patronages à se placer dans les compétitions, contre les laïques. Le résultat intéresse peu les sociétés catholiques, la motivation l’est… un paradoxe car elle sera le moteur des résultats brillants dans les championnats régionaux de Basket-Ball, vingt plus tard, d’un « Patro » comme « La Martiale ».

Doucement, Le blé se levait « ça fleurait le printemps »… La Martiale est née

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Le Patronage de La Martiale en Juillet 1929 (source : L’Alerte, Organe de la Paroisse Sacré-Cœur, Octobre 1929).

L’assemblée des disciples de la Société du Sacré-Cœur s’agrandit de jours en jours. En parallèle, des liens de camaraderie se tissent entre les « bons enfants du Sacré-Cœur » (surnom donné dans les années 1900, aux jeunes du Sacré-cœur) et les « adolescents » de la Cathédrale Saint-Étienne (donnera naissance quelques années après, à « l’Espérance de Saint-Étienne »), et enfin avec « Les Francs de la Saint-Louis » ceux qui deviendront les pensionnaires de la « Saint-Louis de Gonzague », futurs rivaux des années 1930-1950 (association créée en 1912). À titre d’exemple, en 1908, la participation des « Francs de la Saint-Louis » à une fête de la gymnastique en marge du « Congrès paroissial » [du Sacré-Cœur?] avec ceux des « bons enfants » dévoile la proximité de ces groupes.

Le réseau dont peut bénéficier la Société des « bons enfants » permet à ces derniers, d’établir des passerelles nouvelles entre les paroisses et d’élargir le cercle des connaissances. De part cette supposition, la constitution d’une antenne de la Fédération Gymnastique et Sportive des Patronages de France, à Limoges semble être faciliter par les bons rapports entre jeunes chrétiens. Les jeunes investissent de fait, le terrain, pour l’avenir… L’union des catholiques n’est pas anodine, elle s’inscrit dans une renaissance du catholicisme à travers sa force vive, la jeunesse. La bataille de la jeunesse est déjà engagée depuis longtemps avec les laïques, qu’ils soient socialistes ou libéraux.

Au printemps 1908, les contours d’un Patronage officiel se précisent. Dans sa caserne, en Lorraine, à Frouard, Louis Varnoux ébauche dans une lettre, un projet, inspiré de ses pérégrinations nancéiennes. Ce projet prévoit la création d’une « classe » ainsi qu’une « gym’ ». Entendez par une « gym », une méthode spécifique de la gymnastique. L’âme du « Patro » murissait. Déjà le 31 mai 1907, le Sacré-cœur participait à la première « Fête des Patronages » à Limoges. Partout de la Haute-Vienne et même de Creuse, 1200 adolescents se présentèrent sous la nef de la Cathédrale et défilèrent dans les boulevards de la ville ! La journée est marquée par un discours de « Monsieur Brette », ouvrier de la chaussure appelant à la création d’un « Cercle d’études ». Le « Cercle » est dans une mesure, une avant-garde militante des Patronages dans laquelle le débat spirituel et terrestre devait avoir lieu… à l’image des salons ouvriers ou des universités populaires, viviers importants du débat sur la condition ouvrière. Vers 1908, le Cercle d’études est né. Il fut très vite suivi, d’une seconde naissance, celle qui nous intéresse : le Patronage de La Martiale. Louis Varnoux y pensait depuis longtemps, en 1908 il disait alors : « lorsque je serai de retour, vous serez tous plus grands et alors nous ferons une société de gymnastique chique, épatante, dont vous serez fiers de porter l’insigne. ».

Sur ces paroles, trois mois plus tard, l’Abbé Maury et les paroissiens nivellent « la fosse aux ours », et répandent « des tombereaux de tanin y étaient déversés, ménageant aux chutes un peu lourdes des novices un tapis feutré[…]. Une barre fixe, des barres parallèles, des anneaux, une corde-lisse, une échelle horizontale attendaient les gymnastes. Ce ne fut pas long. Les inscrits furent nombreux, et en décembre, les papas qui venaient parfois chercher les « pupilles », s’extasiaient devant le bon travail de nos moniteurs. Les choses allaient joyeusement et militairement : il y avait deux caporaux ; il y eu bientôt deux sergents, le grand Georges (Pastier évidemment) et Germain Pommaret. On s’y rompait à la discipline, à l’obéissance prompte et au silence sous les armes ou plutôt sous les agrès, et, dès janvier, figurines en mains, on s’attaquait aux « ensembles » imposés par la « Fédé » [FGSPF].».

Le Patronage est lancé. Louis Vardoux de retour, aidé de Maurice Valade se chargent de récupérer les cotisations. Tout se portait à merveille, pourtant, il manquait au second enfant… un nom ! Pour ce baptême, des noms sont proposés : Le « Sans Peur », très chevaleresque ; d’autres pensés à « La Vaillante » bien banale dit-on, ou encore pour « Jeanne d’Arc », d’actualité dans les années 1900.

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L’emblème de La Martiale pour les 100 ans (source : http://www.paroissejp2-limoges.com).

Le curé mit tout le monde d’accord en mars 1910 et « ce fut lui qui baptisa notre jeune société de ce joli et fier nom […] Martiale ». D’une simple décision du Curé, le nom du Patronage fut trouvé. La Martiale nom du Patron et évangélisateur de la ville confère au Patronage un nom fort et symbolique. Il faudra en être digne. Dès lors, les mamans des équipiers de La Martiale se hâtèrent pour confectionner des « culottes » (deux-trois francs la pièce) ; le patronage « généreux et débrouillard, y joignait à des prix défiant toute concurrence, maillots d’un bleu joyeux et délicats, bérets larges, et immaculés, écharpes claires, aux couleurs de notre patron, élastique noir pour la ceinture. ».

Un an plus tard, l’association est constituée le [26 octobre?] 1911, La Martiale peut voir grand et rejoint par ailleurs la FGSPF du Docteur Michaux. Trois ans plus tard, La Martiale a son équipe de Football… La guerre éclate, c’est la mobilisation générale. En 1918, une partie de ces braves gens furent fauchés par la mitraille, en pleine force de l’âge. À la sortie de la guerre, les minots d’antan combleront rapidement ce manque. Parmi eux, Albert Chaminade, ancien vice-président de la FFBB, à l’occasion des 75 ans se souvient des années 1920 et du Patronage dont il fut membre (1920-1927) : « J’ai appartenu à la section gymnastique, qui fluctuait entre 20 et 25 membres […] j’ai le souvenir de cette clique composée de trois tambours et huit clairons qui, malgré ce petit effectif, avait fière allure dans les défilés ou les fêtes auxquelles elle participait. ». La troupe du patronage effectuaient souvent devant un public curieux, des Pyramides, des acrobaties et démonstrations gymniques…en quelque sorte, la gymnastique était sa spécialité.

En 1927, Albert Chaminade quitte le patronage pour rejoindre son moniteur, Léon Moreau (ex-La Martiale), aux Cadets de Saint-Michel qui venaient de se lancer au jeu de James Naismith. Dans les années 1920, la gymnastique a rythmée la vie du patronage de La Martiale. Toutefois, à Limoges, incontestablement, le sport montant fut le Basket-Ball, à l’instar du Football et du Rugby, propulsé par la machine sportive du club laïque (appelés le plus souvent de « Bourgeois »), le Red Star (on peut rajouter le CAPO Limoges également comme initiateur), évoluant sur le terrain de Beaublanc (à l’emplacement de la crèche de Beaublanc) qui selon les sources, pratiqué ce sport depuis 1920 ! La Martiale y prendra goût à partir de 1929, en fondant sa glorieuse section de Basket-Ball.

La suite bientôt, dans un deuxième volet.