Limoges CSP (1978-1979) – Des prestidigitateurs en lévitation

Après quelques temps d’errance, dans mon nouveau domicile laborieux, à Ussel, je reviens à la charge durant ces vacances de Noël pour conclure les saisons du Limoges CSP entre 1970 et 1980. Dans cet avant dernier chapitre, nous abordons la première saison en Nationale 1 du Cercle Saint-Pierre. Le CSP ne le sait toujours pas, mais il accueille durant la saison 1978-1979, une icône du basket-ball français, Richard Dacoury.

Un espoir du basket-ball français à Limoges

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Richard Dacoury lors de son arrivée à Limoges, l’été 1978 (Source : Photo Le Populaire du Centre – Les Géants, Thierry Bretagne).

En 1978, Richard Dacoury a tout juste 19 ans, les observateurs avisés du basket-ball français sont unanimes, le « petit » comme on l’appelle à la Croix-Rousse inspire l’avenir du basket-ball français.

Né le 6 juillet 1959, à Abidjan, il s’initie sur le tard au basket-ball à Reims en 1972, au Reims BC. Auparavant, Richard suivait sa mère, attachée commerciale, aux grès des déménagements. Il connaîtra successivement Paris, Reims et la lointaine Guyane. Un long périple qui s’acheva pour un moment à Lyon à partir de 1973. Il prit alors une licence de basket-ball, non pas à l’ASVEL, mais à la CRO Lyon. Dacoury « avait signé une licence cadet, mais sa robustesse physique incita les dirigeants à lui faire obtenir un double surclassement et, en 75-76, le nom de Dacoury apparaissait pour la première fois sur les feuilles de matches du championnat de Nationale 1 » signale Pierre Jack dans son article dressant un portrait élogieux sur le néo-limougeaud, en octobre 1978.

De cette période, Dacoury reste modeste : « Bien entendu, je n’étais pas qu’un remplaçant et pas le premier, mais c’était pour moi un honneur. Je n’ai fait que de brèves apparitions qui m’ont cependant permis de voir ce qu’était l’élite. ». Cette saison-là, Richard Dacoury devint titulaire à part entière qui annonçait les meilleurs auspices. L’espoir s’arrêta brusquement sur une action infortune qui vit les doigts de Dacoury se prendre dans les filets du panier, entraînant sa chute et un bras cassé. Sans Dacoury, le CRO Lyon perdait sa place dans l’élite. Le « petit » allait patienté avant de se remettre au travail. Car le basket-ball lui est vital, « sans le basket, je ne me serais pas épanoui, je serais resté dans ma coquille. ».

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Un article « découverte » sur Richard Dacoury (Source : Populaire du Centre, octobre 1978 – archives Blondeau).

Cette saison doit consacrée Richard, sur un autre terrain, non pas celui du Handball, sport auquel il s’était destiné durant sa prime jeunesse mais plutôt vers un défit olympien, éminemment glorieux, le Baccalauréat de Philosophie. Consciencieux, il s’exprime à ce sujet, au jeune pigiste de l’Équipe, Jean-François Guérin, en déclarant solennellement, « Sport et études me prennent beaucoup de temps, ne me laissant que peu de temps pour les loisirs. Alors, si les stages se déroulent pendant les vacances… ».

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Dacoury dans le journal l’Équipe, une consécration (Source : L’Équipe, 1978 – archives Blondeau).

Une boutade ? Pas vraiment, boute-en-train pour sûr, il peut encore rêvé, à son jeune âge de bâtir « des châteaux en Espagne » au dessus des 3 m 05 autorisés.

La Nationale 1, 30% de chances d’y rester

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Juin 1978, auréolé d’une montée en Nationale 1, Bolotny s’essaye au dromadaire en Tunisie en compagnie de ses coéquipiers et supporteurs du Limoges CSP, invités par les dirigeants du Cercle (Source : Photo Le Populaire du Centre, 1978 – Les Géants, Thierry Bretagne).

En 1978, le Limoges CSP avait fait décollé le premier avion « charter » organisé par un club de la région à l’occasion de la rencontre Nice-Limoges, s’ensuit un voyage en juin sur les terres chaleureuses de la Tunisie pour récompenser la montée. « Quand un industriel passe du train à l’avion, c’est que ses affaires le poussent en avant » souligne Michel Ploy, journaliste du Populaire du Centre, à l’heure d’écrire le bilan de l’assemblée générale. En effet, Limoges n’a pas patienté longtemps et a dépassé ses objectifs dès la saison dernière. Monté en Nationale 1, un an trop tôt, le Limoges CSP pourrait ne pas suivre son ascension, sans un retour financier. Pour cela, le président Popelier se veut rassurant : « Nous nous sommes mis d’accord, avec le Crédit Agricole qui rayonne dans toute la France comme nous avons l’intention de le faire ». De quoi combler les 210 licenciés (contre 175 un an plus tôt) du Limoges CSP qui ont été convié à l’assemblée, salle Jean-Pierre Timbaud. Une pratique, néanmoins largement répandue… à titre de comparaison, le SCM Le Mans avait pour sponsor privé principal, le leader émergent des pâtes, Panzani qui donnait entre 150 000 et 200 000 francs, sans compter l’appui de la municipalité du Mans. Limoges n’était alors qu’à ses balbutiements financiers, en tout et pour tout, le CSP n’avait alors que 500 000 francs en banque pour la saison…

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Août 1978, à l’heure de la reprise, Dubreuil fait un breafing… « hard work » pour tout le monde avec le sourire bien sûr (Source : Photo Le Populaire du Centre, 1978 – Les Géants, Thierry Bretagne).
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Jean-François, alias Jeff Dubreuil (Source : Photo Le Populaire du Centre, juin 1978 – archives Blondeau).

Pour l’équipe 1 du Limoges CSP, les perspectives en Nationale 1, relève surtout d’une débauche digne des 11 travaux d’Hercules, pour se maintenir à ce niveau, à en croire son entraîneur Jeff Dubreuil : « Mon pronostic ? Eh bien il est simple : avec le recrutement que nous avons fait, si les joueurs veulent se battre, nous serons encore en Nationale 1 dans deux ans. Compte tenu du budget dont nous disposons, nous avons bâti la meilleure équipe possible et choisi la voie de la sagesse sans suivre ceux qui étaient partisan du recrutement d’une vedette. Il aurait fallu de toute façon obtenir l’accord du club quitté et c’était pratiquement impossible cette année. Parmi nos recrues, nous nous sommes battus pour avoir Dacoury (Croix-Rousse) parce que nous croyons à l’avenir de ce garçon de 18 ans et demi qui a du sang à revendre et qui voudra démontrer qu’il a sa place en Nationale 1. Notre seul départ, celui d’Efros, constituera notre souci la saison prochaine : nous aurons un certain manque de physique au rebond. Mais notre style devrait être celui d’une équipe dynamique qui devrait puncher. Il faudra absolument laisser deux clubs derrière nous et, au moins, jouer les barrages. Ce sera très cher. Je pense néanmoins qu’on peut y arriver […] On ne va pas jouer la carte de la facilité […] Je confirme mon opinion, nous n’avons que 30% de chances de maintien ».

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L’équipe du Limoges CSP (1978-1979), debout de gauche à droite : Dubreuil, Dacoury, Massaux, Moltimore, Faye, Livio, Maza, Bolotny ; accroupis de gauche à droite : Narbonne, Rose, Roses, Billet, Métadier, Biojout (Source : Photo Lacan – Limogescsp.com).

effectif-1978-1979Cet effectif vainqueur des matches d’ascension, au demeurant stable durant l’été, sera quelque peu remanié en réalité. Aux Moltimore, Maza, Métadier, Billet, Rose, Faye, Narbonne et Biojout, s’ajoutent les Léonel Livio, Richard Dacoury, Patrice Massaux et Thierry Roses. Seul départ conséquent à déplorer est celui de Jean-Yves Efros (nb : Bonnin a également cédé sa place pour rejoindre le LBC). Léonel Livio et Richard Dacoury sont assurément les deux recrues estivales, après 8 heures de route, les deux acolytes contemplent désormais Limoges du haut de leur nouvelle résidence, à la ZUP de l’Aurence, avec certainement l’intention de gravir une plus haute. Enfin, Patrice Massaux ex cadre de la JA Vichy, ancien de l’ASPTT Limoges et du LBC, de retour sur Limoges, apportera son expérience dans la peinture qui constituera sans aucun doute un renfort non négligeable pour le CSP qui possède déjà le meilleur pivot du Championnat, Apollo Faye, selon les propres dires de coach Dubreuil. À ces trois noms, on peut rajouter, celui de Jean-Louis Martinez qui secondera Jean-François Dubreuil et parallèlement sera en charge du Centre de Perfectionnement Sportif, une tâche à la portée de Martinez qui avait su hissé les performances du Limoges BC par le passé en un temps record.

Jouer avec le feu

L’entraîneur avait averti les siens, la saison 1978-1979 ne sera pas de tout repos pour le Limoges CSP. Le Cercle Saint-Pierre découvre et jongle avec le feu à chaque rencontres. Défaite inaugurale à Tours pour son baptême en Nationale 1, les cerclistes se rachèteront à la maison contre l’AS Monaco (104-99), emmené par un Richard Dacoury bondissant (22 points) porté par les louanges des 1800 spectateurs de la salle MU.

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Victoire prodigieuse et inespérée, pour le Limoges CSP, car s’en suit des défaites écrasantes face au cador du Caen BC et contre l’Élan Béarnais Orthez. Le cercle ne demande pas l’extrême onction en ce début de saison. Le CSP aura la fâcheuse habitude de brûler ses ailes comme contre l’équipe favorite du Championnat de France, le SMC Le Mans… inexpérience ou découverte pour les cerclistes, ceci n’est que les balbutiements d’une saison riche en rebondissement.

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Richard Dacoury lancé comme un cheval de course contre Monaco, avec 22 points au compteur (Source : Le Populaire du Centre, 1978 – archives Blondeau).

Léonel Livio s’attache la solide réputation de véritable « glue » en défense donnée par l’américain de Monaco, George Brosterhouse lequel avait lâché en anglais dans le texte « He stuck me like a glue ! ».

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Léonel Livio fait un appel de balle (Source : Photo Le Populaire du Centre, 1979 – Trans-Korac, Jean-Luc Thomas).

Son grand frère, Apollo Faye truste la première place des meilleurs marqueurs du Championnat avec une étourdissante moyenne de 31,5 points. Le président Popelier quant à lui, qui scrute le moindre résultat, réussira à se faire sortir par l’arbitre, en pleine rencontre passionnelle contre Antibes… suspendu, il s’insurge et lâche : « Si on ne veut pas de nous en Nationale 1, mieux vaut le dire tout de suite. ». Sur les nerfs, les hommes de Popelier attendrons le mois de janvier pour passer enfin le cap des 4 victoires.

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Entre temps, Fabienne Égale, speakerine vedette de TF1, devient la marraine du club, un sacré coup de projecteur pour ceux qui évoluaient il y a peine 5 ans, Excellence Régionale.

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Le CSP mérité une marraine nationale (Source : Le Populaire du Centre, octobre 1978 – archives Blondeau).

Et vient finalement, « l’incroyable » , dans la Salle MU, Limoges bat l’ASVEL d’Alain Gilles sur le plus petit écart (96-95). Une belle récompense pour son capitaine qui n’avait jamais gagné contre l’ASVEL et dit fièrement : « Aujourd’hui je peux raccrocher, j’ai enfin battu Villeurbanne, c’est simplement merveilleux » (nb : selon Claude Bolotny, il a joué à quatre reprises l’ASVEL).

Ce match est un déclic puisque par la suite Limoges va enchaîné 5 victoires sur les 7 matches restants. Lors de la dernière journée, Apollo Faye, à Berck, s’offrait un double régal, il évite à Limoges, les barrages et par la même occasion, celui dévore les poulets basquaises en un temps record, s’adjugeait un plus grand plat encore, grâce à deux lancers francs opportuns, en coiffant Garrett sur le fil pour la place de meilleur marqueur du Championnat : 754 points contre 752 pour l’américain.

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Limoges obtenait alors la 10 ème place, Nice et Challans devaient alors se battre lors des redoutés barrages.

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Il était impensable que Limoges perde ; il était impensable de voir le CSP aux barrages ; les « gars » ont montré la route, aux successeurs à leur tour de faire une brèche.

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