Jusqu’à la déraison !

Dimanche, les grandes gueules du Basket-Ball Français commenteront le 101 ème classico, choc traditionnel du basket hexagonal, Limoges CSP – Élan Béarnais. Beaucoup de ces compositions « classiques » sont connues de vous tous. La dernière en date, la 100 ème, ne m’a pas laissé un souvenir inoubliable, et pour cause, le score, chez les hôtes de « Gadou & Co, coupe moquette », s’était soldé sur un cinglant désaveu pour les limousins : 89 à 57… soit -32 points. Une honteuse défaite, qui sera vite ranger aux oubliettes des non-dits.

tir
Une mise à mort, dans un Beaublanc transformé en Corrida (Source : Limogescsp.com – Photo Olivier Sarre).

Sept ans auparavant, tout autre cadre, Limoges et Pau-Lacq-Orthez s’affrontaient, le 29 janvier 2010, dans l’arène du Palais des Sports de Beaublanc, pour une mise à mort. L’enjeu était double pour les limousins : soit le CSP se faisait hara-kiri et perdait toute occasion de caracoler en tête du Championnat de France Pro B ; soit Limoges reprenait son dû au matador béarnais, alors premier de la division, emmené à l’époque par un américain spécialiste de l’éprouvette, Teddy Gipson. À cette occasion, le gratin de la presse nationale et locale (Basket-News, L’Equipe, Le Populaire du Centre, l’Écho du Centre, La République des Pyrénées, Sud-Ouest, Info ; pour ne citer qu’eux…) avait fait de ce match, ni plus, ni moins, la rencontre de l’année… et pourtant ce n’était qu’UNE rencontre de basket-ball de la deuxième division française. Oui, c’est de la Pro B, mais le CSP Limoges comme l’Élan Béarnais portent en eux l’ADN du basket-ball français, et ça tous les observateurs avertis s’étaient bien rendus compte du séisme provoqué par le choc béarno-limousin.

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Un choc décisif entre les deux meilleurs ennemis (Source : Populaire du Centre, 29 janvier 2010 – Archive Blondeau).

Au guichet de Limoges, il ne restait pas un siège depuis 2 longues semaines. À en croire son président, Frédéric Forte, Limoges aurait pu allègrement dépasser les 20 000 spectateurs pour cette seule affiche ! Tout le monde voulait ce billet, un véritable Graal, dont on retrouva, par chance sur le site aux bonnes annonces, Leboncoin.fr, pour des sommes astronomiques allant de 100 euros à 600 euros pour une place au poulailler du Palais des Sports de Beaublanc… certains trouvèrent un repreneur. Anecdote révélatrice sur la fiévreuse passion qui entourait le match.

pas de pau ici c'est limoges
« Pas d’Pau ici c’est Limoges » peut-on lire devant Beaublanc, le 29 janvier 2010 au soir. Limoges est prêt pour revivre la rivalité (Source : Page facebook, Limoges cSp vs Pau-Orthez, le plus grand classique).

Lors de la dernière nuit réparatrice, avant le grand soir, les Béarnais furent surpris dans leurs sommeils par les klaxons incessants des supporteurs limougeauds, venus spécialement pour perturber et terrifier les petits oursons béarnais qui se cachaient derrière ces grandes carcasses du sud-ouest, confortablement installées dans leur terrier du moment, au Novotel du Lac d’Uzurat.

100% anti béarnais
100% Anti-Béarnais, une conviction limougeaude (Source : Page facebook, Limoges cSp vs Pau-Orthez, le plus grand classique).

Quelques kilomètres plus loin, dans les environs de l’Avenue de Beaublanc, des pancartes sont installées pour l’effet. On lit sur l’une d’entre elle « Orthez au Zoo, libérez les animaux !» ou plus franchement « Anti-Pau ». Des plots de la DDE avaient été même détournés avec le slogan du mauvais « hooligan », « Anti-64 » (Pardon les basques), histoire de motiver un peuple marchant vers sa destinée.

match de l'année
Le match de l’année aura lieu en Pro B, selon le grand quotidien sportif, l’Équipe (Source : L’Équipe, 29 janvier 2010 – Archive Blondeau).

Le jour J, le cocktail s’annonçait explosif. Limoges était venue en masse, le couteau entre les dents. Juste avant le coup de sifflet, Beaublanc en ébullition rejoue son « Histoire » européenne et française. Une ambiance « révolutionnaire » pour une LNB à la rue, qui se contentait jusqu’à présent depuis la « chute du mur », le Limoges CSP, en 2000, de décerner le titre de meilleur public à celui qui gueulerait le plus fort, l’insipide slogan, « Defense » (NB : nous leurs répondons « Attaque ! »). Côté parquet, les béarnais prenaient l’affrontement en leur faveur et se détachaient progressivement jusqu’à ces deux dernières minutes miraculeuses.

Jusqu’alors, Gipson, Mendy sont au diapason de la victoire, secondés parfaitement par les « yougoslaves » de l’Élan, Maravic et Rimac. Et pourtant, les esprits du Palais n’ont pas délibérés. Car, la déraison qui animait Beaublanc, rebondissait sur le terrain. Dès lors, Alhaji Mohammed, John McCord enchaînaient les paniers et recollaient, avant un improbable tir salvateur à mi-distance du « Héros » d’un soir, John McCord dans la dernière seconde permettant d’arracher. 70-70, Beaublanc, en délire, prolongation. La suite, on la connaît forcément. La prolongation était pour le public, portant les siens, en zone, sous une pluie de hués à chaque possessions tremblantes des béarnais.

beaublanc est magique
L’article de l’Équipe, 30 janvier 2010 (Source : L’Équipe, 30 janvier 2010 – Archive Blondeau).

Rien n’y faisait, Gipson, isolé au milieu des fantômes « Henri IV », ne pouvait plus soulever la Montagne. Limoges s’imposait 85 à 80 et les fans limougeauds pouvaient expurgés une joie trop longtemps contenue dans une boîte à souvenir.

Ci-dessous le résumé de la rencontre (France 3 Limousin – Archive Beaublanc.com) :

À la sortie, le seul béarnais qui pouvait sortir la tête haute se prit une dernière reconnaissance « made in Limoges », un verre d’eau froide, en signe de baptême comme le veut la tradition établie depuis quelques lustres, à chaque fois qu’un béarnais ressortait par l’escalier.

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Alors pour ce 101 ème classique, prenez-nous pour des fous, nous nous battrons jusqu’à la déraison, pour notre cause, car Limoges restera avant tout, à jamais, le premier ; Pau à jamais son second. Fermez le banc et ouvrez le Zoo.

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