Les curieux « missionnaires » de la paix froide en terre de Résistance (1 ère partie)

À l’occasion de la venue des Harlem Globe Trotters, le 24 avril prochain, le blog « Mon Ballon Orange » vous propose de vous replonger dans deux événements « basket » de cette guerre froide. Une guerre qui sera intense durant les deux premières décennies du conflit larvé. En Europe, et en particulier à Limoges, les deux puissances belligérantes, à travers le Basket-Ball, fournissent un travail de propagande remarquable et spectaculaire pour le grand public. Ainsi en 1946 et en 1951, le comité départementale de basket-ball de la Haute-Vienne et la Ligue du Limousin s’offrira deux invités hors du commun : La sélection nationale de Basket-Ball de l’Union Soviétique (1946) et un peu plus tard les talentueux Harlem Globe Trotters (1951).

Août sera Rouge en Limousin

Août 1946, nous sommes un an après la fin du dernier grand conflit mondial. Le Limousin pleure ses morts, ceux d’Oradour, de Tulle et d’ailleurs. Elle s’était vengée de l’infamie en appliquant une épuration très violente à l’encontre des collaborateurs dans les premiers mois qui suivirent la libération de la « région ». Une « épuration » qui s’arrêtera seulement à partir de 1945, même si les règlements de compte continueront pendant l’année 1946. Durant cette année, un parti monte localement, le Parti Communiste Français, celui des « 70 000 fusillés » comme on l’appelle à l’époque, en référence à son activité résistante durant la Deuxième Guerre Mondiale. Signe de sa percée politique, Limoges est désormais depuis 1945, dirigée par un maire communiste, Georges Guingouin, figure de la résistance limousine et de la R5.

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Extraits de « La Marseillaise du Centre » (Source : La Marseillaise du Centre, 5 août 1946 – BFM Limoges).

Le 4 août 1946, fort d’un soutien populaire indéniable, devant 60 000 personnes, dans les bois de la Bastide (Limoges), lit-on dans la presse communiste, Jacques Duclos, vice-président de l’Assemblée et secrétaire du PCF, fait les éloges de ce vieux département socialiste qui a semé « le bon grain » du socialisme à l’image du pacifiste et unitaire, Adrien Pressemane. À cette occasion, le député communiste interpelle son auditoire sur le danger qui pèse sur la paix en s’exclamant « nous sommes adversaires de la politique des blocs, qui prépare la guerre », en insinuant ainsi les tensions américano-soviétiques qui s’affichent aux grands jours partout dans le globe. Avant de terminer, sur un vibrant « Unissons-nous camarades ouvriers […] Ensemble bâtissons une République puissante, laïque et démocratique ». En cet été brûlant, la ville de Limoges, le thermomètre affiche, sans peurs, les paroles révolutionnaires de « La Marseillaise » et de « L’Internationale ». Mais parmi ces nombreux événements de l’été 1946, un événement attire notre attention : la venue d’une délégation de basketteurs soviétiques à Limoges.

Les basketteurs soviétiques passent à l’Ouest pour rencontrer leurs frères de la « Petite Russie » (Août 1946)

En Union Soviétique, le peuple de la révolution se relève peu à peu des affres de la guerre. Malgré les pertes, l’URSS compte pas moins de 100 000 basketteurs sur tout le territoire contre 82 000 en 1941 ! Un essor qui s’explique par la création de nombreux terrains de sports dans l’immense territoire et de l’expansion des « bastions » du basket-ball soviétique comme les pays baltes et la région de Moscou. Mais voilà, de 1935 à 1946, les soviétiques n’ont jamais connu le goût des rencontres internationales, en raison d’une tradition politique et d’une certaine peur de l’étranger « malveillant » bien qu’en 1938, ces derniers avaient adhéré à la FIBA. Après 1945 et la victoire des Alliés, les liens noués durant la guerre se transmirent, par le biais des partis communistes de l’ouest et de ses nombreuses organes sportives et éducatives. Ainsi les ponts entre les soviétiques et l’Ouest sont rétablis, il ne reste qu’à officialiser les échanges.

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Au cours des années 1940-1950, le basket-ball deviendra progressivement un sport en vogue en URSS comme le montre cette affiche (Source : Pnterest.com).

En Basket-Ball, les échanges internationaux s’officialisent sous l’auspice de deux équipes soviétiques : l’équipe féminine de basket-ball de l’Institut d’aviation de Moscou (MAI, évoluant dans le Championnat de Moscou, premier de la saison 1945-1946) et l’équipe masculine du « Stroitel » («Constructeur ») de Moscou (évoluant dans le Championnat de Moscou, deuxième de la saison 1945-1946). L’URSS a coché dans son calendrier un seul pays, le plus beau bien entendu, la France. Pour le basket-ball soviétique, il s’agira de sa première tournée internationale, depuis l’introduction du basket-ball en Russie. Au programme, Paris, Lyon, Marseille… et les impensables, Limoges pour la sélection masculine, Brive pour la sélection féminine !

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L’équipe du CAPO Limoges quart de finaliste 1945-1946 dont certains d’entre eux seront présents pour la rencontre (Source : La Marseillaise du Centre, 12 août 1946 – BFM Limoges).
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L’équipe de La Martiale et ses Feuillade, Deschamps, Gandois… du beau basket (Source : La Marseillaise du Centre, 13 septembre 1946 – BFM Limoges).

À Limoges, la presse communiste représentée par « La Marseillaise du Centre » (deviendra l’Écho du Centre) relaye abondamment l’événement. Les soviétiques doivent arrivés par le chemin de fer, le mardi 6 août et croiseront le fer le mercredi 7 août, à 20h30 contre une sélection de Limousine de la FSGT et de la FFBB composée des joueurs les plus en vue du moment : Pasquet (CAPO), Berraud (CAPO), Seignole (CAPO), Carreau (CAPO), Bierne (CAPO), Feuillade (La Martiale), Peynichoux (La Martiale), Deschamps (La Martiale), Raymond (ASPTT), Perrin (ASPTT), Boudy (ASPTT), Schneider (O. Guéret).

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L’emplacement du Stade l’Évêché, à quelques mètres près, lieu improbable de la rencontre Limoges-Moscou (Source : Google Earth).

Le lieu de la rencontre, le Stade de l’Évêché, tient également de l’improbable, spécialement aménagé pour la plus belle affiche sportive de l’année, après la rencontre Limousin-Suisse en football. Le terrain n’existe plus aujourd’hui mais il fut la pépinière des Cadets de Saint-Étienne, le patronage de la Cathédrale de Limoges, qui malheureusement en est privé au début de la guerre, transformé à la suite des événements de la Bataille de France, en un poste de surveillance de la défense passive.

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Anatoly Koniev, une légende du basket-ball soviétique (Source : http://www.sport-strana.ru).

Nul doute que l’événement va attirer une foule record, comme à Lyon et à Marseille, où ils étaient des milliers de français à venir admirer, l’équipe soviétique au jeu peu conforme à l’éthique de l’Ouest. À titre d’exemple, dans la capitale rhodanienne, la rencontre s’est tenue devant plus de 10 000 lyonnais, dans une Place Bellecour, noire de monde, « dans l’enceinte, aux arbres, aux lampadaires et sur les bancs » rapporte le chroniqueur sportif de « La Marseillaise du Centre ». Il faut dire que la sélection soviétique a de l’allure : Ouchakov (n°3), Kolpakov (n°4), Gourievitch (n°5), Tarnasov (n°6), Alexiev (n°7), Legorov (n°8), Koniev (n°9), Preobragenski (n°10), Lobanov (n°11), Moysseiv (n°12), soit une bonne moitié de la sélection soviétique qui sera… championne d’Europe lors de l’Eurobasket 1947 !

L’élément star de l’équipe, fait office de géant pour le basket-ball international avec ses 1,98 m, prodige du basket-ball , ayant fait ses gammes au « Dynamo Moscou », Anatoly Koniev sera élu meilleur joueur de l’Eurobasket 1947. Derrière Ouchakov, Kolpakov, Moysseiv, futurs internationaux, sont autant d’atouts pour cette sélection inconnue du grand public.

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Photo réception des soviétiques arrivant sur le parvis de l’Hôtel de Ville (Source : La Marseillaise du Centre, 9 août 1946 – BFM Limoges).

À Limoges, on ne voit, en eux que les dignes représentants de l’URSS, négligeant légèrement le niveau quasi « international » de l’équipe des « Constructeurs de Moscou ». La plupart furent décorés pour leur bravoure sur le front, de Leningrad en passant par Stalingrad. Il faut dire, en outre, que cette rencontre n’est pas anodine dans une région où non seulement les maquis furent largement composés de ressortissants soviétiques (entre 10 à 20 000 pour le seul Limousin et Dordogne !) mais également peut-on le dire sans se tromper, où l’Association France-URSS, était la plus prospère de France.

D’ailleurs, à leur arrivée, les soviétiques furent reçus avec tous les honneurs par la municipalité, représentée pour l’occasion par l’adjoint aux sports, M. Serge Gauthier. Une journée terminée, entre « frères » du PC, ils burent tous ensemble le verre de l’amitié, au siège du Parti internationaliste, échangeant bien volontiers leur passé commun, mettant en avant du côté russe, tout le plaisir qu’ils avaient à venir dans une des capitales de la Résistance. Une véritable « Petite Russie » pour les soldats du III ème Reich.

Le match à 40 000 francs

La rencontre se joue à guichet fermé (ou ouvert, au nombre de resquilleurs probablement important). Le Populaire du Centre du 8 août 1946, annonce une « foule record » pour une recette de 40 000 francs (combien était-il ? selon le prix et la taille des tribunes, la foule aurait pu être comprise entre 1000 et 2500 spectateurs, pourrait-on dire légitimement sans trop prendre de risque²). L’équipe locale entraînée par le coach du CAPO Limoges, Vergnenègre a eu à cœur de défendre les couleurs limousines, qui surfe jusqu’à présent sur une bonne dynamique (nb : Le CAPO Limoges a été quart de finaliste de la première division FFBB lors de la saison 1945-1946 !). Mais de là à réussir à battre des russes invaincus depuis le début de la tournée, la marche est grande !

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Extrait de « La Marseillaise du Centre », on voit ci-dessus, Koniev testant les panneaux du haut de ses 1m98 (Source : La Marseillaise du Centre, 8 août 1946 – BFM Limoges).

Voici le récit de la rencontre rapporté par le correspondant de La Marseillaise du Centre :

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Schneider, l’un des joueurs marquants de la saison 1945-1946 (Source : La Marseillaise du Centre, 14-15 septembre 1946 – BFM Limoges).

« Après un début confus, la team moscovite prend la direction des opérations. Carreau, toutefois, ouvre la marque sur coup franc. Riposte soviétique qui se traduit par 7 points. Cette mi-temps fut, en somme, en faveur des Soviétiques qui grâce à leurs moyens physiques essentiellement, portaient leur avantage à 23 points contre 10 au team limousin. » [ Pas mal, d’autres sélections régionales avaient concédé des scores supérieurs ] « Transcendant, fut le deuxième « time »… aiguillonnés par la marque au repos, les limousins entament un assaut irrésistible. Bien menée par Pasquet, l’attaque accule les Soviétiques sous leurs panneaux. Ces derniers réussissent cependant quelques percées fructueuses, ayant à leur actif un jeu de passe nettement supérieur. ». Toutefois, le changement de cinq sera fatal aux limougeauds, alors que Schneider et Pasquet réussirent de splendides percées dans la défense massive des soviétiques. Le jeu des russes sans véritablement prendre nettement le dessus conclut le match de gala par le score de 43 à 21. Ce jeu, pratiqué par ces citoyens soviétiques est des plus classiques, peu de fioritures, surtout des passes sèches et précises qui aboutissaient dans les mains du géant Koniev.

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Le MAI Moscou, à Paris, août 1946, à Roland Garros, une équipe prête à devenir championne d’Europe avec les couleurs de l’URSS (Source : http://www.sportclubmai.ru).

À Brive, les féminines du MAI de Moscou battaient quant à elles, leurs consœurs de Fémina-Sports par un score sans appel 46 à 12. Comme les hommes, les femmes sortiront de leur tournée, invaincues (elles marqueront 343 points pendant toute la tournée, contre 64 au total pour toutes les équipes… françaises !). Pour l’URSS, c’est une sortie réussie ce qui n’échappera pas aux actualités de Pathé-Gaumont qui en fera un reportage sur ces curieux lanceurs de balle, venus en paix, sans chars T34, dans le cadre d’une amitié Franco-Soviétique importante, deux vainqueurs de la dernière guerre. Les décennies suivantes confirmeront cette domination soviétique en remportant quasiment tous les titres du continent européen, et notamment à l’occasion de leur retour en France, en 1951, en remportant au Stade de Football de l’EDF (eh oui!), le Stade Colombes, la finale de l’Eurobasket (en voici une photo ci-dessous !).

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Eurobasket 1951, au Stade Yves du Manoir, Colombes, Paris, ici ci-dessus l’équipe de l’Union Soviétique parmi lesquels on distingue Anatoly Koniev, deuxième en partant de la gauche (Source : Archives Blondeau).

NB : La deuxième partie, sur les Harlem Globe Trotters à Limoges (1951), est prévue pour le 24 avril, patience.

Article – La saga verte du C.S.P. (Claude Lacan, 1990)

Je vous propose dans ce nouvel article de lire un article, intitulé « La saga verte du C.S.P. » écrit par les soins du photographe limougeaud, Claude Lacan pour le journal haut-viennois, « Info Limoges », en 1990 (N°331). Lacan narre une « histoire » du Cercle et plus généralement celle du basket-ball limougeaud, à partir de ses souvenirs personnels et de ceux de Claude François, président du Club de la presse, commençant dans les années 1930.

« C’était l’autre matin au lycée Gay-Lussac. Nous attendions le début d’une table ronde consacrée aux métiers du journalisme. Le printemps entrait par les fenêtres ouvertes sur la « face cachée » de l’église Saint-Pierre. « C’est là que j’ai découvert le basket à Limoges », me confiait Claude Français, l’actif président du Club de la presse, en me montrant l’étroite petite cour coincée entre le vénérable édifice et les bâtiments – presque aussi vénérables – du lycée. « Notre prof de gym, M. Lalu, avait tracé des petits rectangles blancs en nous expliquant que dans ce jeu pratiqué en Amérique, tout l’art consistait à faire passer le ballon dans des sortes de filets, baptisés paniers ». C’est ainsi qu’a débuté notre initiation à cette discipline qui avait l’avantage de pouvoir se jouer sur un petit terrain et avec un nombre réduit de joueur. Pour ces raisons, le basket a tout de suite été adopté par les patronages. C’est ici qu’est né le cercle Saint-Pierre.

Pendant que Claude François me parlait, voilà des bouffées de souvenirs me venaient en mémoire. Je revoyais des terrains, certes, mais aussi des équipes qui représentaient le basket à Limoges dans les années qui suivirent la Libération…

D’abord il y avait les souvenirs scolaires, l’équipe pour le moins éphémère – elle dura à peine une saison – dans laquelle j’évoluais sous les couleurs de l’ENP et dont le terrain d’entraînement se situait square des Émailleurs. Et puis  voilà que surgissaient des images de mes premiers reportages sportifs : la grande majorité des rencontres se déroulait en plein air. Les terrains les plus actifs se situaient alors rue Ventenat, rue des Trois-Chatains, au Puy-las-Rodas. L’une des premières rencontres en salle à laquelle j’assistais avait lieu dans la chapelle du lycée Gay-Lussac.

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Extrait du journal « La Marseillaise du Centre » (Source : La Marseillaise du Centre, 27 septembre 1946 – BFM Limoges).

Vient l’époque glorieuse du CAPO. Le stade, situé rue Aristide-Briand, sur l’emplacement de l’actuel parco-trains, connut de grands moments. Le PUC y trébucha, sous la pluie, un dimanche après-midi. Pour rester dans les terrains, je songe à la première installation « moderne » : le terrain de l’ASPTT, Mas-Loubier, doté, à la grande fierté du président Aimé Tricard, de l’éclairage. L’équipe postière féminine allait y faire des merveilles. Déjà, à cette époque, La Martiale commençait à briller d’un vif éclat. Elle jouait salle Guynemer, au fond d’une impasse du quartier François-Perrin.

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Un match choc du Championnat de France à la grande époque du CAPO Limoges, contre les parisiens du Stade Français (Source : La Marseillaise du Centre, 3 décembre 1946 – BFM Limoges).
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Extrait du journal « La Marseille du Centre » (Source : La Marseillaise du Centre, 12 août 1946 – BFM Limoges).
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Extrait du journal « La Marseillaise du Centre » (Source : La Marseillaise du Centre – BFM Limoges).

Les rencontres majeures n’avaient plus lieu le dimanche après-midi, mais le samedi soir. Un noyau de fidèles supporters se constituait. Il était très familial. On venait voir jouer papa, maman, le fiston ou le grand frère. C’était un public averti, connaissant bien les règles. En fait, des amis heureux de se retrouver pour communier dans une même joie sportive. Tous ces anciens joueurs – ou joueuses – je les retrouve parfois au Palais des Sports. Il s’y sentent un perdus dans une autre atmosphère, car il faut bien le reconnaître, le « sport-spectacle » est totalement différent. Ne parlons pas des acteurs, « pros » dans tous les sens du terme, athlètes de haut niveau, hyper spécialisés.

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Jetons un œil sur le public. Certes, la grande majorité est constituée de supporters enthousiastes – c’est heureux – mais on trouve aussi ceux qui viennent pour être vus. Madame fait admirer son dernier vison et monsieur est heureux de faire remarquer ses Westons. J’avoue ne pas aimer les bataillons prêts à voler au secours des victoires et à se dissoudre dès la première défaite. N’allez pas croire pour autant que je boude le sport-spectacle. Il apporte au basket une nouvelle dimension follement attractive. L’un des grands mérites des dirigeants du CSP est d’avoir innové dans ce domaine. Il serait étonnant désormais d’imaginer une rencontre sans la présence de musique, de majorettes, en un mot d’attractions ponctuant les temps forts, galvanisant l’assistance. Un match est vécu comme une messe dans une église de Harlem, avec les gospel-songs où l’assistance, en battant des mains et en chantant, participe à la cérémonie. Ajoutons les grandes croisades vers les terres lointaines.

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Dans ce genre de migration, le train l’emporte largement sur l’avion. Certes il est moins rapide, mais tellement plus convivial, chaque voyageur se sent l’âme du pèlerin apportant la vérité «  dans les terres insoumises ». Au retour – si la victoire a souri – il partage la gloire des preux chevaliers. Il a conscience d’être lui aussi un artisan du triomphe et il ramène dans sa bonne ville les glorieux trophées…

Un ambassadeur

Ne souriez pas, car tout cela est bien sympathique. L’événement est une fête qu’il faut avoir vécue au moins une fois dans sa vie. Voilà qui nous conduit à noter l’extraordinaire contribution apportée par le CSP au rayonnement de la ville et de la région. Il y a fort à parier que si l’on interrogeait un petit Israélien, voire un Moscovite ou un Espagnol à propos de Limoges, il ferait en premier lieu référence à son équipe de basket, la porcelaine n’arrivant qu’en seconde position. Que voilà une bonne occasion de débarrasser le Limousin et sa capitale régionale des casseroles qu’il traîne depuis si longtemps : Limoges la ville rouge, la ville triste où l’on s’ennuie, l’archétype de la province endormie. Le CSP a suscité comme un sursaut d’orgueil. Le sportif limousin en voyage à l’étranger est fier à juste titre de déclarer : « J’arrive à Limoges, vous savez, l’équipe de basket, les verts du CSP… ».

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Reste encore à démontrer que le dynamisme de vitrine du club est conforme à ce que l’on trouve à l’intérieur du magasin – en l’occurrence Limoges et la région Limousin. Voilà une bonne occasion de rappeler aux « décideurs » – particulièrement parisiens – qu’il y a beaucoup de travail à faire, et qu’en-dessous de la Loire, cette tâche brune nommée Massif central, n’a pas l’intention de se transformer en réserve zoologique ou ethnologique…

Autre utilité du club : une formidable promotion du sport qui, paradoxalement, est parfois profitable à d’autres disciplines que le basket…

Un parcours sans faute

lacan-1Si l’on se penche sur le passé du club, son parcours est exemplaire. À la progression constante s’ajoute la continuité. Ce dernier point – sans doute le plus important – est à porter au crédit des gestionnaires qui ont su construire des structures solides et au fil des ans s’assurer les indispensables soutiens financiers. Chaque saisons constitue un nouveau défi qu’ils ont toujours su relever avec brio. Il est bien évident que désormais, le CSP est une véritable entreprise qui brasse des sommes considérables et dont la survie est liée à l’engagement de ce qu’il est convenu d’appeler les « sponsors ». Le danger aurait consisté à s’appuyer sur un seul mécène, avec le risque que ce dernier décide de réduire sa participation ou de placer ses billes sur un autre cheval. Avec réalisme et prudence, le CSP s’est engagé dans une nouvelle voie, placée sous le signe du partenariat. En fait, le club s’associe en prise directe avec la vie économique, accueillant au sein du LCSP entreprises un large éventail de sociétés grandes ou petites, de commerces.

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Dans le même souci d’assurer une saine gestion économique, le club prépare sans attendre une société d’économie mixte. Autre atout, une équipe dirigeante où les responsabilités sont partagées. Ceci pour dire que l’avenir est bien assuré quoi qu’aient pu en dire des « Lefuneste » prêts à célébrer avec des larmes de crocodile un enterrement de première classe. La force du CSP est d’avoir toujours œuvré avec des objectifs à relativement longue échéance… et les avoir atteints. Toute l’équipe est consciente de l’importance du club pour le rayonnement régional. Il symbolise la volonté d’ouverture et de dynamisme du Limousin dans toute l’Europe. Dans cet esprit, fière des acquis, le LCSP envisage l’avenir avec sérénité et confiance, chaque saison étant un nouveau challenge où il importe de se hisser vers les sommets : une démarche sportive ! »

1964-1965 : Place aux vedettes

1,2,3 silence magnéto, ça tourne… « Bordas dribble, déborde le côté droit ; Bordas passe pour le grand Jacques ; chaloupé de la main droite… bingo ! Messieurs, dames, l’ASPTT Limoges est entrain de virer en tête face aux vedettes de la SA Lyon » annonce le téléviseur, nous sommes le jeudi 15 octobre, 13h50. L’image est noir et blanc, les « rares » téléspectateurs branchés devant l’écran carré sont peut-être les premiers limousins à découvrir un match rediffusé de Basket-Ball à la télévision. Une épopée que nous ne pouvons pas raconter puisque le fameux film du match n’est pas accessible, tout du moins je ne l’ai pas encore vu. Retenez, le 10 octobre 1964, les PTT limougeauds avaient l’honneur de recevoir, Salle Grellet, le SA Lyon et sa pléiade d’internationaux, pour le compte de la 2 ème journée de la Nationale II, toute nouvelle antichambre de l’élite. Les « sans grade » de l’ASPTT Limoges se battent jusqu’au dénouement final face à l’équipe lyonnaise forte de Housse, Demeyer et Lespinasse et s’assurent une victoire de prestige, 54 à 47. Limoges est bon 1er du Championnat en compagnie du Caen BC, Antibes et des alsaciens de Graffenstaden. C’était en 1964, le Basket limougeaud revivait et rêvait de première division, celle qui avait consacré les basketteurs du CAPO Limoges à la fin des années ’40. Le temps m’est venu de poursuivre ce récit à travers la saison 1964-1965 du Basket-Ball Limousin. Dans la suite [non] logique de mon premier guide sur la saison 1962-1963 du Basket-Ball Limousin, je vous propose de faire ensemble un rebond supplémentaire dans le temps.

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Vous me reconnaissez ? On m’appelle « Grellet », le Maire de Limoges, Louis Longequeue, vient à l’instant de m’inaugurer, le 20 mai 1964 (Source : Bulletin ASPTT Limoges, Juin 1964 – Archives Départementales de la Haute-Vienne).

Des gagnants « sans grade »

Ils [Elles] étaient « Jaune, Rouge », « Vert, Blanc », le samedi, après la débauche du vendredi, ils [Elles] portaient fièrement le maillot de l’équipe fanion. Ils [Elles] s’appelaient Bordas, Veyrier, Macaire, Biojout, Soulié, Danièle Guérin et consort, tous une même passion, le Basket. Bien entendu, ils n’étaient pas des professionnels du Basket-Ball, leurs métiers étaient pour la plupart en dehors de tous terrains sportifs : postiers, entrepreneurs, mécaniciens, employés de bureau ou municipaux, hormis certains en jogging, dans les cours et gymnases des Lycées et Collèges environnant, professant la rigueur d’un tir bien exécuté : jambes fléchies, genoux à moitié pliés pour prendre l’impulsion, puis les bras, inexorablement tendant vers le cercle rouillé, accompagnés du fouetté des mains celui qui permet au ballon d’atterrir dans le cercle.

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Jacques Veyrier, facteur la semaine, joueur de basket le week-end… surtout lorsque l’ASVEL se pointe (Source : Populaire du Centre – BFM Limoges).

La patience d’un champion  la semaine, l’euphorie, le soir du match, auquelle tous ces champions ont recours le jour « J », joyeux à l’idée de gagner le match, pour une place toujours plus haute au classement. En octobre 1964, l’ASPTT Limoges masculin (1), le CSP Limoges masculin (1), l’ASPTT Limoges féminin (1), sont les premiers clients de la liste [j’oubliais la Saint-Louis de Gonzague de Limoges (1), pardi !].

Les « AS » du Limousin passent à l’action

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Jacques Veyrier, étoile du basket limousin (Source : Internationaux du Basket).

Veyrier, Jacques Veyrier, le plus beau des « AS » des équipes limousines, du haut de ses 1m90-91, est certainement l’un des plus grands hommes, à 50 bornes aux alentours de Limoges [voir le plus grand]. Son job à la « Poste », c’est celui « livreur-contreur » et de mémoire postière, il n’y avait pas plus efficace que lui, sauf dix ans plus tard, un noir américain long courrier, Quinas Brower [très bon joueur mais déjà banal pour les années 1970, les semblables ne manquaient pas.. et dire qu’il était Ailier à l’origine… en France il fut Pivot, un gâchis… on manquait cruellement de centimètres dans la raquette… et d’adresse !]. Henry Fields du Stade Français, légende du Basket français, pionnier des pionniers des américains dans l’Hexagone, considérait après une victoire sur le parquet des PTT : « Veyrier est l’adversaire le plus coriace que j’ai trouvé, vraiment je ne crois pas qu’il y ait une autre équipe en France qui possède un tel joueur, il lui faut travailler ses sauts dans le triangle de rebond, mais il a la grande classe« . Fields savait se qu’il racontait à la presse, le bonhomme avait voyagé et s’était fait malmené dans sa spécialité, le rebond et se payant même le luxe de se faire contré par ce blanc porcelaine, Jacques Veyrier. Jusqu’à la dernière journée du Championnat, Veyrier avait contenu tout ce qui se faisait de mieux en National II et offrait ses 14 points de moyenne, ses innombrables rebonds et ses passes décisives caractéristiques d’un Pivot-Leader. Une véritable armoire à glace, proche d’une sélection en équipe de France, Jacques Veyrier est devenu l’attraction du Basket-Ball Limousin.

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Une belle équipe de postiers (Source : Bulletin ASPTT Limoges, janvier 1965 – Archives Départementales de la Haute-Vienne).

Mais le succès des PTT de Limoges est loin de se résumer à la seule personnalité de Jacques Veyrier, un grand au pays des nains [eh oui le limousin est petit quoique robuste]. Au regard des statistiques produites par l’ASPTT Limoges, on comprend facilement le jeu des « Jaunes et Rouges », est avant tout fondé sur un collectif. Sans Lajat, Mondon, Augier, Delouis, Dupuy, Macaire, Jacques Veyrier n’aurait jamais pu accomplir une grande saison. Un « AS », accompagnés d’ « AS » du collectif dont le travail d’équipe permet aux « Jaunes et Rouges » d’atteindre la 7 ème place de la Nationale II [ils ne le savent pas encore, suite à la réforme fédérale, leur septième position est synonyme d’une place en National I]. Les hommes d’Eymar ont affronté en marge du Championnat, des équipes reconnues sur la scène européenne : l’ASVEL en Coupe de France [perdant de seulement 5 points face au représentant français en Coupe des Clubs Champions] ; Slask Wroclaw champion de Pologne 1964, 1965 et le Red Star Belgrade de Djerdja et Cvetkovic. À cette époque, les PTT pouvaient déjà prétendre à la première division, ils avaient en tout cas le niveau requis pour franchir une étape. Mercadier, l’entraîneur de l’ASVEL, celui qui fut tout proche de l’élimination en 32 ème de finale confirme : « Vous ne pouvez quitter la Nationale, même en 1, il y a des formations loin de valoir la vôtre ». Les filles des PTT quant à elles retrouvent leur place en Championnat de France sans concéder la moindre défaite. L’avenir de l’ASPTT réserve encore des surprises.

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Mince il ne s’agit pas du Partizan Belgrade… l’invité du soir est l’Etoile Rouge de Belgrade (Source : article – photo Populaire du Centre, 16 mars 1965 – BFM Limoges)
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Veyrier isolé par la défense groupée des rouges et blancs de Belgrade ; l’ASPTT cède 85-93, avec les honneurs (Source : photo Populaire du Centre, Lacan – BFM Limoges)
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Mondon contre un « Yougo » (Source : photo Populaire du Centre, Lacan – BFM Limoges)
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Quelques jours après la rencontre Étoile Rouge de Belgrade, en avril 1965, le Slask Wroclaw, champion de Pologne 1965, pose ses valises à Limoges (Source : article – photo Populaire du Centre – BFM Limoges).
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Les Polonais, une classe au-dessus, malgré le renfort du tourangeau, Trimardeau (Source : article-photo Populaire du Centre, 14 avril 1965 – BFM Limoges).
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Championne du Poitou 1965, l’équipe féminine de l’ASPTT Limoges (Source : Bulletin ASPTT Limoges, Juillet 1965 – Archives Départementales de la Haute-Vienne).

Derrière ce monde des services postaux, le Cercle Saint-Pierre de Limoges fait sa mue. L’équipe 1 espère accéder au Championnat de France. Jouant en Excellence Régionale Poitou [unique équipe masculine du Limousin a participer à la compétition], Soulié, Benitez et les frères Biojout à l’affût, rencontrerons à nouveau Saint-Même, les mêmes qui avaient barré la route à l’ascension au niveau supérieur… pour tout savoir, sur le CSP Limoges, sur l’ASPTT Limoges masculine et féminine, compagnie, consultez [bonne découverte 😉 ]  : Le Guide du Basket-Ball Limousin saison 1964-1965

Le printemps des Soviets en Limousin

Durant la Guerre Froide, en avril 1967, des Soviets apparaissent à Limoges, au printemps, non pas pour y fomenter une révolution armée mais pour y faire une propagande sportive, sous le drapeau rouge frappé du marteau et de la faucille.

« L’Armée Rouge » à la conquête du basket mondial

    En 1959, l’Union Soviétique vient de perdre le Championnat du Monde organisé au Chili suite au refus d’affronter Taïwan, pour des raisons diplomatiques (L’Union Soviétique ne reconnaissant pas Taïwan comme étant le représentant de la Chine). Pourtant, l’équipe soviétique entraînée par le père du basket soviétique, Stepan Spandaryan, fils de l’illustre révolutionnaire arménien bolchévique et ami de Joseph Staline, Suren Spandaryan, a dominé la compétition. Le 28 janvier 1959, contre toutes attentes, grâce à une défense de zone, jugée désuète par certains spécialistes, les représentants de la « Révolution d’Octobre », battirent les américains sur le score implacable et brutale de 62 à 37 ! Une deuxième [nb : puisque l’Argentine avait remporté lors du Mondial 1950 son match face aux États-Unis] défaite historique de la sélection américaine qui fit un grand bruit jusqu’au Congrès Américain où le Sénateur Gallagher demanda à ce que les États-Unis envoient dorénavant, lors des prochaines compétitions internationales, les meilleurs basketteurs du pays afin qu’ils ne connaissent plus une telle débâcle.

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Vladimir Torban balle en main, le jour où l’URSS gagna 62 à 37 contre les États-Unis (source : Basket99.ru)
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Guram Minashvili à la lutte pour garder le ballon face aux américains (Source : Basket99.ru)
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L’entraîneur, Stepan Spandaryan, fêtait comme il se doit par ses joueurs (Source : Basket99.ru)

Étonnamment, 57 ans plus tard, cette victoire reste éclipsée par le coup de Munich lors des Jeux Olympiques de 1972. Alors, certes, l’équipe américaine de 1959 était composée de militaires issus pour la plupart de l’US Air Force et n’avait rien à voir avec les véritables étoiles de son temps, à savoir ceux de la NBA et des Harlem Globe Trotters mais elle n’en reste pas moins, l’ambassadeur symbolique de ce sport. Pourtant, pour le stratège russe, futur sélectionneur principal de l’URSS, Alexandre Gomelsky, cette victoire ne doit pas cacher les plaies du basket soviétique :

« Ne soyons pas vaniteux, oui ne soyons pas vaniteux, gardez à l’esprit que nous n’allons pas rencontrer à nouveau les américains et les autres grands basketteurs du monde. L’équipe nationale de l’Union Soviétique a montré à Santiago que nous avions de solides réserves. Aujourd’hui, en faite, nous ne devrions pas parler de ces réserves, mais plutôt du profond changement tactique qui doit s’opérer avec les joueurs. Nos joueurs ont une bonne compréhension du jeu, mais le niveau d’exigence du jeu est définitivement celui du travail d’équipe qui doit et devra progresser. L’équipement que nous possédons est du plus haut niveau, mais sur un plan technique, en dynamique, en mouvement (particulièrement dans les duels aériens), nous avons besoins de progrès radicaux. Nous n’avons presque pas de joueurs comme les brésiliens Amauri-Santos-Marquez, les américains Wadja-Welch capables de sauter très haut ou bien de prendre instantanément des tirs vers le panier. Mais avec ces types de joueurs, il est de toute façon difficile de les contenir pour n’importe quels défenseurs ! Nous avons besoin plus de défenseurs tel que Valdmanis – lumineux, mobile, capable tout aussi bien de manier le ballon que d’avoir un tir fiable, parfaitement en adéquation avec le jeu. Comment obtenir ce réglage pour notre équipe nationale et nos clubs ? Il n’y a qu’une seule voie : travailler avec minutie, de façon implacable, à l’amélioration des compétences individuelles. Ceci devrait être rappeler à tous les jeunes joueurs de basket-ball, qui rêve de faire parti de la sélection nationale. Et nous entraîneurs nous devrions pas non plus oublier que les nouvelles batailles du basket-ball, ne se font plus avec les vieilles armes. Seulement, en améliorant notre stratégie et nos tactiques de jeu, que vous pourrez ainsi aller de l’avant vers les victoires. ». [1- à lire en russe dans l’excellent site « Basket99 » : http://basket99.ru/201-sovetskie-basketbolisty-istinnye-chempiony-mira.html].

Le « basket rouge » des années 1950-1970, ne s’inspirait pas des américains, il pensait par lui-même. Dans un entretien à Giganti del Basket, en décembre 1970, le joueur russe, Boris Fedotov soutenait que « les Américains n’avaient rien donné ou presque au basket soviétique, qui s’était développé uniquement grâce aux cerveaux des bolchéviques ». Une affirmation radicale quelque peu exagérée dont le journaliste italien, Valerio Bianchani souligne qu’elle s’inscrit « un peu dans un climat de guerre froide ». Le basket soviétique pétrit des valeurs collectives et égalitaire, était à l’opposer du basket états-unien, se reposant d’avantage sur une conception organiciste. C’est en tout cas ce que démontre Valerio Bianchani, dans une nouvelle analyse sur le basket soviétique : « Chaque joueur avait un rôle bien précis et spécialisé […] standing guard ; running guard ; jumper […] Ces joueurs valeureux et spécialisés, un vrai tir au panier, ils n’avaient jamais le plaisir d’en faire un, parce que celui qui chargeait de cette importante besogne, c’était lui le shooter, l’élu, celui qui tirait tous les tirs de l’équipe, qui souvent était le capitaine, le président des étudiants du college, qui épousait la fille du banquier, devenait gouverneur et très probablement était le futur président des États-Unis. Mais il était évident qu’avec l’affirmation des droits civiques une telle stratification de classe était destinée à disparaître. ». [2- Fabien Archambault, La politique des bloc(k)s. Basket-ball et Guerre froide ; source : https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-01172042].

Toutefois, en 1961, la nomination de Gomelsky en tant que « Général en chef » va quelque peu bousculé les schémas soviétiques. Conséquence, la logique des « roleplayers » fait une entrée discrète dans l’office du « politburobasket » soviétique… dont on verra peu à peu les effets dans « le pays des milles cultures ».

Alerte, des « géants » de l’Est ont franchi le Mur !

   En mars 1967, des « géants » de l’Est franchissaient le Mur de Berlin à la rencontre des français. Peu ou personne ne sait exactement de qui il s’agit. Quelques mois auparavant, l’information n’a pas filtré dans la presse. En Limousin, la Région Fédérale du Limousin fit un communiqué à la presse par lequel il était demandé aux clubs de faire acte de candidature en vue d’organiser une rencontre avec une fameuse « sélection de Moscou »… s’agit-il du CSKA Moscou ou bien de son rival, le Dynamo Moscou ? Les dirigeants de l’ASPTT Limoges n’hésitèrent pas un instant devant cette occasion pour réceptionner les moscovites, un jour vacant dans le calendrier des PTT, d’autant plus que les sportifs de l’Est jouissent d’une très bonne réputation à l’image des chroniques sportives sur le « Football de l’Est » dans le Populaire du Centre et de l’Écho du Centre. Ils eurent raisons puisque ces soviétiques, pas n’importe lesquels, étaient ceux de la sélection nationale de l’URSS, Champion d’Europe en 1965 et vice-Champion Olympique en 1964 aux JO de Tokyo !

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L’Écho du Centre enthousiaste à l’idée de recevoir l’URSS (Source : L’Écho du Centre, Samedi 1 er avril 1967)

À l’occasion d’une tournée en France, la sélection soviétique parachève sa préparation en vue du Championnat du Monde 1967 qui aura lieu en Uruguay (du 27 mai au 11 juin 1967). Au programme, les soviétiques rencontreront sept villes françaises dont notamment à Nice, Antibes, Lyon et Limoges (1er avril 1967). Voilà une dizaine d’années, cette même sélection avait dû s’incliner au « Vel’ d’Hiv’ » face à la formation tricolore et avait fait une tournée en province et avait partout remporté un triomphal succès et notamment à Bordeaux, où la sélection du Sud-Ouest, bien conduite par le toulousain Bertorelle, lui avait tendu la dragée haute.

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L’équipe soviétique à Antibes, en mars 1967 (Source : Populaire du Centre, Samedi 1er avril 1967 – BFM Limoges)

L’équipe soviétique est aux dimensions XXL. Si lors de la dernière tournée, le gigantesque Krouminch était le pivot attitré des « russes » en 1957, les experts soviétiques en ont trouvé un autre, haut de 2m15, Vladimir Andreev, faisant des ravages dans la raquette et causant des problèmes à toutes les défenses. Cinq autres joueurs font plus deux mètres desquels on peut citer Léonide Ivanov, 2m04, doté d’une très bonne détente, et enfin des Polidova, Lipso, Volnov, Venzbengas qui ne sont à dédaigner non plus. La taille moyenne de la formation est exceptionnelle et leur capitaine, le plus petit, Alexandre Travin, mesure quant à lui, 1m87 ! En face, les postiers font pâles figures avec leur pivot, Jacques Veyrier, culminant péniblement à 1m91… considéré alors comme l’un des meilleurs pivots de la Nationale 1.

« Mais l’entraîneur des PTT ne pouvait pas aligner son équipe sans songer à des renforts utiles », nous raconte, Pierre Jack, dans Le Populaire du Centre du 1er avril 1967. Ainsi, toujours selon le « Popu » « pour cette rencontre porteront le maillot « jaune » des garçons de Roanne, Clermont et Toulouse. Pfendt, international yougoslave, a tout de suite répondu présent. Pfendt est le sucesseur de Bertorelle dans l’attaque de l’équipe fanion de la cité violettes et ses 2m02 seront fort précieux, tout comme d’ailleurs son adresse. Vergnol, du Stade Clermontois qui le 29 octobre était venu infliger la première défaite à l’A.S.P.T.T en championnat de France, sera également de la partie, tout comme d’ailleurs Walpoth, qui joue actuellement à Roanne [sans oublier, l’international junior Lestrade. ». Aimé Tricart, le président de l’ASPTT Limoges aurait probablement aimé adjoindre à ces renforts, les meilleurs joueurs du Mans et de l’Asvel, or ils étaient toujours en course en poule finale du Championnat de France.

Un faux-poisson d’avril : ASPTT Limoges – URSS (1er avril 1967)

    Arrivée le 1er avril [ce n’est pas une plaisanterie!] à 17h15, la délégation soviétique est reçue à l’Hôtel de Ville en grande pompe par l’adjoint aux sports de la Ville de Limoges, Monsieur Lecomte. Parmi eux, on retrouve Sergeï Belov, âgé de 23 ans, inconnu du grand public [et visiblement de la presse régionale!], qui 5 ans plus tard, en 1972, sera un acteur des « 3 » secondes interminables de Munich, voyant les soviétiques s’imposaient sur une remise en jeu légendaire. En outre, une figure du basket mondial, intronisé des années plus tard, au FIBA Hall of Fame en 2007, est face à l’objectif… Alexandre Gomelsky, entraîneur réputé aux méthodes rigoureuses duquel il tient son surnom, « le Colonel ».

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Les champions d’Europe à l’Hôtel de Ville de Limoges pour la réception champagne (Source : L’Écho du Centre, Lundi 3 avril 1967 – BFM Limoges)

À 21h15, la messe tant attendue par la presse locale doit commencée et doit acceuillir une assistance des grands soirs, Salle Grellet : « Ce soir à Limoges, pour la première fois, accueillera cette formation et nul doute que le public amateur de beau basket ne s’y trompera pas et viendra aussi nombreux et même plus que lors des dernières rencontres et plus particulièrement que pour voir évoluer la meilleure équipe française de l’AS Villeurbanne. » note le Populaire du Centre. L’objectif des limougeauds « ne sera pas pour eux d’essayer de faire échec à la belle machine soviétique, mais de l’obliger à s’employer, de la forcer à utiliser tout son talent pour s’imposer, comme elle a le devoir de le faire. » selon l’Écho du Centre du 31 mars. Place au match.

Dans une archive vidéo de l’INA, consultable à l’Inathèque de Limoges [BFM de Limoges], nous avons retrouvé la trace de cette rencontre à laquelle il manquait un récit dans les articles de presse [malheureusement, nous nous contenterons d’instantanés du film].21h14, Gennadi Volnov reçoit des main des officiels, une coupe [déjà vainqueur du match dans les esprits], lesquels reçoivent en retour une bannière CCCP de la sélection de basket-ball.

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Gennadi Volnov donne la bannière de l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques (Source : Inathèque Limoges)

Tout va pour le mieux, mais chose surprenante à quelques secondes du début de la rencontre les places de la Salle Grellet (600-700 places) n’ont pas toutes trouver preneuses ! Manifestement, le public limougeaud a boudé ou a bel et bien cru à un nouveau poisson d’avril ! 21h15 c’est parti !

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Les petits postiers serrent les mains des internationaux CCCP (Source : Inathèque Limoges)
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Le grand Polidova claque la balle à l’entre-deux (Source : Inathèque Limoges)

Polidova (n°9) claque la balle comme sur une mouche à l’entre-deux, Pfendt ne peut rien faire… les soviets déroulent. L’ASPTT tente vaillamment à mi-distance de revenir sur les soviétiques qui ont pris le large à l’image du lituanien, Modestas Paulauskas (n°5), déchaîné, auteur de 21 points lors de cette première mi-temps, bien épaulé par son camarade letton, Pritt Tomson (n°11). Le jeune Belov (n°10) règle le jeu à la perfection et trouve souvent les Polidova (n°9) et Selikov (n°7).

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Sergeï Belov balle en main, chef de l’Orchestre rouge (Source : Inathèque)
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Belov à 6 mètres, rentre un superbe tir (Source : Inathèque Limoges)

Lui même, Belov, trouve très souvent le chemin du panier (19 points), lequel sera particulièrement applaudi par les mordus ayant répondus présents. À la pause, l’URSS (invités) mène 58 à 29 contre les postiers (ASPTT).

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Score à la mi-temps… (Source : Inathèque Limoges)

Au retour des vestiaires, le géant Vladimir Andreev (n°15) gène considérablement les PTT tout le long de la seconde mi-temps, se permettant de contrer à plusieurs reprises les tirs de Pfendt et Walpoth, alors que le ballon franchissait, déjà le cercle. Ce second temps, voit également l’éclosion de Venzbergas (n°4), toujours accompagné de Sergeï Belov, véritable pilier de l’équipe. Les soviétiques terminèrent le match sur un « dunk » de Venzbergas (n°4), score final 103 à 63. En face, seul Walpoth fait son match avec 25 points…

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Venzbergas au dunk, pas très socialiste tout ça ! (Source : Inathèque Limoges)
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Sans appel, Limoges est encore loin du niveau de la sélection d’URSS (Source : Inathèque Limoges)

L’Écho du Centre du lundi 3 avril, conclue que les « soviétiques présentèrent un basket exempt de toute fioriture, un jeu rapide, puissant pratiqué par des athlètes en bonne condition. Il n’y eut pas de combinaisons savantes, mais des rushs impressionnants, terminés par des tirs précis, qui, presque à chaque fois firent mouche. ». Toutefois, si l’événement est salué par la presse, le quotidien proche des communistes s’en prend à l’antenne régionale, la « télévision du Général » : « Chapeau aux services sportifs de la T.V régionale. Ils ont établi samedi un record absolument imbattable dont ils peuvent être fiers. Ils ont oublié dans leur bulletin d’information (?) de parler du plus grand match de basket que Limoges ait connu depuis que ce sport est pratiqué chez nous : URSS – ASPTT Limoges. C’est un exploit de taille en même temps qu’un oubli impardonnable. Est-ce ainsi que l’on aide le sport, que l’on porte son appui à des organisateurs aussi méritants en l’occurrence ? Oublier un tel événement ne pas faire état d’un tel match, non plus que de la réception offerte par la municipalité de Limoges à l’équipe nationale de l’URSS, c’est une faute professionnelle grave, un véritable scandale. Un de plus à mettre à l’actif de la télé régionale. ». Le moins qu’on puisse dire, c’est que nous sommes les premiers à voir ce film sans son, grâce à l’INA. Une rencontre glorieuse, hélas totalement oubliée de la mémoire du basket-ball limousin qui aujourd’hui refait surface, un minimum pour l’Histoire.

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L’article du Populaire du Centre (Source : Populaire du Centre, Lundi 3 avril 1967 – BFM Limoges)
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L’article de l’Écho du Centre (Source : L’Écho du Centre, Lundi 3 avril 1967- BFM Limoges)

1962-1963 : Une saison en Limousin au parfum des Sixties

Nous sommes le Mercredi 12 septembre 1962, plus de 6 mois après les accords d’Évian celant huit années de conflit en Algérie. La France reprend le cours normal de la vie, le monde vit quant à lui au rythme du « Twist ». En Europe, les Beatles enflamment les salles de concerts avec son titre « I want to hold your hand », tout proche des missiles Américains et Soviétiques qui se font face, prêt à bouleverser une paix fragile. Plus localement, le Limousin immuable dans l’esprit collectif, s’ouvre peu à peu au reste de la France, à l’image de sa capitale historique, à grand renforts de plans quinquennaux (le 4 ème du nom !)… et le Basket-Ball, lui, dans la plus grande discrétion, fait sa rentrée, éclipsé par les exploits des fooballeurs du Limoges FC. Pourtant, l’ASPTT Limoges, évoluant en deuxième division française (Excellence Nationale), club des postiers, reçoit trois jours plus tard, en amical les joueurs du RCM Toulouse, emmenés par les frères Bertorelle, vainqueurs de la Coupe de France 1962. La soirée choc se termine par une victoire des locaux (63-59), jaunes et rouges, profitant de l’absence de l’international yougoslave du RCM, Milaljo Pfendt. En 1962, les PTT n’ont point d’égaux en Limousin. Le Limoges BC et l’US Tulle, jouent les deuxièmes couteaux, en Honneur National (Troisième Division). Derrière ces trois cadors, un petit patronage limougeaud ambitieux, le Cercle Saint-Pierre, envisage d’atteindre les sommets sans plus tarder, jouant alors en Excellence Régionale, devant 15 spectateurs de moyenne…

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Guide Limousin du Basket-Ball, saison 1962-1963