Limoges CSP 1992-1993, les 24 ans

Pourquoi un énième article sur 1992-1993 ? Je me suis posé la question récemment. En regardant, ici et là sur Internet, je n’avais pas trouvé tous les résultats de la saison mythique du Limoges CSP. Petit retour d’horizon sur la saison 1992-1993 qui je l’espère vous plaira.

Championnat de France

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Debout de gauche à droite : Maljkovic, Stojovic, M’Bahia, Butter, Redden, Bilba. Accroupis de gauche à droite : Pavrette, Botton, Dacoury, Zdovc, Forte, Dupraz et Guillon. Manque Jimmy Vérove (Source : Photo Populaire du Centre, 17 septembre 1992 – Archives Blondeau).

25 sur 26, un parcours quasiment parfait pour le CSP. Il fallait le faire, dans cette nouvelle formule hybride n’était pas à l’avantage des « grandes équipes » du Championnat. Limoges n’a guère connu une baisse de régime durant ce marathon, débutant en septembre 1992, à l’exception d’une seule défaite chez son éternel rival, l’Élan Béarnais emmené par son géant roumain Gheorge Muresan (19 ème journée), mettant fin à une série de 17 victoires consécutives !

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Du côté des individualités du Limoges CSP, les statistiques indiquent une très bonne saison de Jim Bilba et Frédéric Forte pour les français et de Jurij Zdovc pour les étrangers. Ainsi, Jim Bilba truste la cinquième place du joueur le plus adroits aux tirs (62,8%), à quelques places de son coéquipier, Jurij Zdovc, classé premier à l’adresse (64,7%). Toujours Bilba, compétiteur sur ressort, se classe à la sixième place des contreurs (1,1 contres), bien loin derrière le géant Mursean, meilleur contreur 1992-1993 avec 2,8 contres par match. Son compatriote, originaire de Normandie, Frédéric Forte occupe quant à lui, la troisième place du joueur le plus adroit à trois points avec 47,3% de réussite mais le slovène du Cercle Saint-Pierre, Jurij Zdovc fait encore mieux en tournant à l’excellento de 51,2% de réussite derrière l’arc des 6 m 25, terminant par conséquent sur la plus haute marche du podium. Il s’octroie également le cinquième meilleur passeur de la Nationale A1 (4,7 passes). Et pour terminer la boucle, la meilleure gâchette à trois points s’offre une septième place à l’exercice des interceptions (2 interceptions).

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Dacoury lors du Tournoi Legrand, 1992, une véritable toile d’araignée (Source : Photo Maxi-Basket, 1992 – Archives Blondeau).

Cette montagne de statistiques cache un ensemble tout aussi performant. Michael Young, Richard Dacoury, Willie Redden, Jimmy Vérove, Franck Butter, Marc M’Bahia, Dusko Ivanovic ont brillé conséquemment en Championnat de France.

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Logiquement, Limoges a surpassé tous ses adversaires pour la course à la première place. Antibes, Pau, à la fin de la 26 ème journée sont largement distancés avec un bilan comptable de 19 victoires et 7 défaites, soit 6 victoires de moins que le leader limougeaud.

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Play-Offs

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Muresan ne peut pas être au four et au moulin pour l’Elan Béarnais durant ces play-offs (Source : Photo Bellenger, Thierry Bretagne, L’année du basket 1993 – Collection Blondeau).

À l’image de sa saison régulière, Limoges a survolé les play-offs. Ni Saint-Quentin, ni Montpellier, ni même Gravelines ont su posés une écharde à la compagnie limougeaude. Invincibles, les limougeauds tombent sur l’équipe du « Vrai » colosse des Carpates en finale. L’Élan Béarnais, entraîné par Michel Gomez pose un défit de taille au Limoges CSP, alors récent vainqueur de la compétition reine du continent européen. Pour cette finale, une nouveauté préfigure au menu du Champion de France 92 et du Champion d’Europe 93, pour la première fois le match au sommet est disputée au meilleur des cinq matches. À cet exercice, Limoges se montre sous son véritable visage lors des matches 1 et 2 toutefois au match 3, les arbitres réussissent à semer la discorde.

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La mêlée, la cohue entre béarnais et limougeaud (Source : Photo L’Équipe, mai 1993 – Lequipe.fr).

Dans le sprint final, comme à son habitude, le Cercle prend le chronomètre à son compte, puis une fois passée les trente secondes, Limoges achève son rival par un trois points meurtrier de Jim Bilba qui donne la victoire aux siens, entérinant le titre de Champion de France. Pourtant.. dans les immédiates secondes qui suivirent l’action, les arbitres s’en mêlent les sifflets en raison du refus prononcé par la table de marque d’accorder le panier. Motif : dépassement du temps légal. 73-69, Limoges battu, le camp limougeaud scandalisé, hurle au vol orchestré. Farmer salue les supporteurs limougeauds d’un doigt d’honneur sincère. On frise l’émeute sur le terrain, dans la salle l’émeute commence un instant sur un départ de  »lacrymogène » dit-on.

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Farmer a été secoué par Michael Young, une bonne punition finale (Source : Photo L’Équipe, mai 1993 – Lequipe.fr).

Match 4, le CSP plie l’affaire sur un score maljkovien, 64-68. « Limoges champion de France » lit-on dans la presse. André Sardain (membre du comité directeur du Limoges CSP) dira dans les colonnes de l’Équipe, à propos de cette consécration : « bien plus heureux de ce titre-là que du titre de champion d’Europe ». Le plus beau titre peut-être pas mais certainement le plus beau face à son rival des Pyrénées.

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Tournoi des AS

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À Lyon, lors de la semaine des AS, Cholet a posé des soucis à une équipe du CSP fatiguée par sa saison interminable (Source : Photo Bellenger, Thierry Bretagne, L’année du basket 1993 – Collection Blondeau).

Un tournoi des AS 1993 où Limoges aura brillé par son absence. Limoges était tourné vers l’Europe et sa rencontre de barrage de Coupe des Clubs Champions, une rencontre capitale pour gagner son ticket pour Athènes. Battu par Cholet en demi, puis par Levallois pour la troisième place, ce tournoi des AS aura été le point d’ombre de la saison dorée du Limoges CSP, laissant le soin aux palois de manger le Pitch de Cholet en finale.

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Coupe d’Europe des clubs champions

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Une équipe de légende (Source : Collection Blondeau).

Après un départ compliqué face aux anglais de Guildfords, Limoges se qualifie facilement pour la deuxième phase, de la Coupe d’Europe des clubs champions, celles des Poules, en remportant sans trop de craintes, le match retour par le score de 71 à 57.

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Cette deuxième étape n’est pas sans embûches pour les jaunes et grenats. À Salonique contre le PAOK, puis à Beaublanc contre la Virtus, Limoges ne décolle pas. Vient le 3 décembre 1992, où Limoges compose une très belle partition contre Badalone, une véritable symphonie de Mozart ! À ce moment là, le CSP montre sa cohésion, sa puissance collective.

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Au final, Limoges a fait carton plein et s’accorde la deuxième place de la Poule B. Tandis que le Maccabi Tel-Aviv, le Cibona Zagreb et la Joventut Badalone restent sur le carreau.

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Au Casino des quarts de finale, les limougeauds s’offrent une cylindrée pimpante : l’Olympiakos BC. Soutenu par la moitié d’un pays, l’Olympiakos BC a toutes les cartes pour remporter une rencontre en Limousin. Belle équipe, fort en gueule, les grecs doivent s’assurer une qualification aisée. Tous les commentateurs disent que Limoges devra surmonter une montagne emmenée par une star du basket-ball mondial, Žarko Paspalj.

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Jurij nouveau libérateur de Limoges (Source : Écho du Centre, 18 mars 1993 – Archives Municipales Limoges).

Et pourtant, le CSP va déjouer tous les pronostics en poussant l’Olympiakos à la Belle décisive, dans un Palais des Sports de Beaublanc bondé comme jamais ! Dans les dernières secondes de la rencontre, un drame grec tient séance… Paspalj met le pied en touche, Zdovc transforme la possession limougeaude en une victoire, sur un tir en orbite, 60-58. Chantez Dionysos, nous voilà à Athènes !

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Pas besoin de revenir sur ce Final-Four historique pour le basket-ball français. Limoges sacre la France pour la première fois dans une compétition européenne prestigieuse. Madrid, Trévise ont eu dans le Kukoc cette fois-ci.

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Du point de vu des statistiques individuelles, Limoges semble avoir fait un vol à l’étalage avec deux joueurs seulement à plus de 10 points (Young : 20,9 points ; Zdovc : 11,6 points).

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Mais quel est le secret de Limoges pour gagner autant de rencontres et aller jusqu’au bout ? La défense tout simplement. Le Cercle Saint-Pierre concède lors de la saison 1992-1993, seulement 61,8 pts par match. Magnifique pour les dévots et prélats du Cercle, de l’anti-basket pour les éternels perdants. En 1993, Limoges était la Capitale du Basket-Ball Français et Européen. Gloire à eux !

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Alors Limoges Magique ?! (Source : Libération, 16 avril 1993 – Archives Blondeau).

Le saviez-vous ?

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Le CSP et Dacoury en mai 1993 sont devenus des modèles pour la jeunesse française à l’instar de la NBA, la preuve avec ce livre d’initiation au basket-ball (Source : J’adore le Basket, mai 1993 – Collection Blondeau).

Le 20 octobre 1992, l’ancien meneur de la Yougoslavie, Jurij Zdovc réussit 8 sur 8 à trois points. Ce record tiendra jusqu’au 25 avril 2015 où ce jour là, Darnell Harris (Orléans) fit mieux avec 9 sur 9 à trois points contre le CSP, soit 22 ans plus tard.

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L’article du « Popu » mentionnant l’exploit de Jurij Zdovc, 8 sur 8 à trois points face au Mans (Source : Populaire du Centre, 21 octobre 1992 – Archives Blondeau).

2 comme les deux récompenses attribuées en fin de saison aux meilleures individualités. Michael Young est récompensé par ses pairs en obtenant le titre de MVP étranger de la Nationale A1. Son entraîneur, Bozidar Maljkovic, le sorcier du Limoges CSP obtient le titre de meilleur entraîneur de la division.

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Séance d’autographe pour Michael Young (Source : Photo, Fabrice Mouzard, 1993 – Collection Mouzard).

Lors de la Belle des quarts de finale de la Coupe des Clubs Champions, le 17 mars 1993, Beaublanc était tellement bondé qu’il y avait selon les habitués entre 8000 et 9000 spectateurs dans le Palais des Sports. Quelques 300 grecs étaient également de la partie, des fervents ultras dont l’un d’entre eux n’a jamais pu retrouver son pays… mort dans l’un des cars menant à Limoges, en raison d’une surcharge de produit illicite. La légende dit qu’il aurait été enterrer sur une aire d’autoroute non loin de Châteauroux.

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Les grecs de l’Olympiakos à Beaublanc (Source : Photo internet).

Le 15 avril 1993, la petite lucarne offre aux français du basket-ball en prime time, avec la finale de la Coupe d’Europe. Au moment de l’interception du meneur de poche, Frédéric Forte, ils sont 7 millions à vibrer en France et tout autant dans le reste du monde !

Quelle Histoire Quelle Histoire ! [Patrick Montel – Limoges CSP 1993]

Chers lecteurs, après des longs mois d’absence, le Blog Mon Ballon Orange refait surface, tout en douceur. Je vous souhaite [en Mars eh oui !] une bonne année 2017 et pleins de nouvelles Histoires à suivre fidèlement sur Mon Ballon Orange.

Bientôt, dans les jours à venir, nous fêterons les 24 ans de la victoire du Limoges cSp en Coupe d’Europe des Clubs Champions. En 1993, Limoges montait sur la plus haute marche du basket européen, après des décennies de disette pour le basket-ball français. L’événement [la Finale] retransmit sur Antenne 2, devant des millions de téléspectateurs, a marqué, à jamais, la mémoire télévisuelle, à tel point que la voix du « sport » de la deuxième chaîne nationale, Patrick Montel, sera remixée, pour l’occasion, dans un disque « collector » [j’insiste sur le terme] intitulé « Quelle Histoire Quelle Histoire ! », le tout ambiancé par une musique à gogo et un beat techno à souhait, accompagnant à merveille les répliques cultes de Patrick Montel. Culte pour les fans, ce disque ne fit probablement pas un carton malgré le soutien inconditionnel de FR3 Limousin, Mondial Basket, L’Écho du Centre, Legrand, sans oublier, le Magazine Basket-Ball [celui de la Fédération Française de Basket-Ball]. Parmi les quatre titres proposés, on retrouve également un remix, en l’honneur de Frédéric Forte, auteur de l’interception décisive, délivrant le CSP de ses sarcasmes, « Fortissimo ».

à découvrir ci-dessous :

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La couverture du disque (Collection Blondeau).
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Et un bonus lecture (Collection Blondeau).

Sur l’Olympe, Limoges en liesse (15 avril 1993)

Difficile d’écrire le jour d’un anniversaire qui vous tient à cœur. L’entreprise demande de la persévérance et une foi pouvant conduire à cette transcendance si particulière dont seuls les gardiens du temple connaissent le cheminement mystique. Une transcendance dont nous avons vu les effets, un 15 avril 1993, dans le Stade de la Paix et de l’Amitié. Souvent imitée jamais égalée, depuis, vingt trois années se sont passées, personne n’a fait mieux. Le Cercle Saint-Pierre passe du jaune au noir, puis se reverdit, à l’image de ces résultats [cette saison, on aurait voulu voir un CSP sous un jour meilleur mis à part un coup d’éclat contre Valence, nous sommes restés sur notre faim]. À l’exception de l’année 2000, la passion est descendue d’un cran mais elle continue de s’alimenter à travers ce moment de l’Histoire du CSP limoges. En 2013, le club avait parfaitement réussi les 20 ans de ce titre européen. Pour l’occasion, les anciens déballaient leurs anecdotes. Le quadragénaire, étudiant ou jeune travailleur à l’époque, revenait allègrement sur ce quart de finale endiablé, à Beaublanc, où il était présent avec les 8 700 pèlerins excités du Cercle et 300 « ultras » grecs [occupant la place actuelle des Ultras Green]. Le quinquagénaire et le sexta’ racontaient la procession de l’avant-match consistant à brûler des cierges dans l’église de Saint-Pierre de Queyroix pour obtenir de Saint-Pierre la victoire tant espérée et repensaient en outre à tous ces voyages, en train, en autocars, ceux qui battirent la légende du CSP et de ses supporteurs. Et moi, 4 ans à peine, l’âge de l’insouciance, j’avais un unique souvenir de ce temps remontant à quelques mois après le titre de Champion d’Europe des Clubs Champions. Ce souvenir est un poster apposé à mon mur, avec la mention : « 1er club français Champion d’Europe, Athènes avril 1993 – Limoges CSP c’est Géant ». Mon père me l’avait certainement placé de force car à l’époque je n’étais pas vraiment français ou limougeaud, mais plutôt un carioca, converti à la grande messe du football brésilien et des jongles des Romario, Bebeto, nos idoles de la Coupe du Monde 1994. Ce 15 avril 1993, j’étais au Brésil, bien loin de la galaxie Basket. Et pourtant, à Rio de Janeiro, ce 15 avril 1993, au boulot, le papa avait suivi la rencontre, avec deux collègues français [nb : il manquait à l’appel, le brésilien fan de Michael Young, Carlos Osso, un ami de faculté de ce dernier ! Plus tard il assumera la présidence du club de Basket-Ball de Pinheiros – São Paulo -], au téléphone… la télévision brésilienne ignorant tout simplement l’événement sportif au profit certainement d’une rencontre rediffusée de football, de second couteau ! Le grand-père, un limougeaud pure souche, retraité de la fonction publique, du quartier de l’ex-Faubourg de Paris, bastion ouvrier de Limoges, servait de relais téléphonique… pour retransmettre les dix dernières minutes de la rencontre. Un moment intense j’imagine, à 10 000 km, sous les tropiques !

À limoges, il fait déjà nuit, au moment de la victoire, des dizaines de milliers de fans selon les dires sont dans les rues, coups de klaxons, chanteurs du dimanche, fadas malheureux de ne pas être parmi les supporteurs ayant fait le déplacement, épique lui aussi. Sans plus attendre, je vous propose de revenir sur cet exploit, avec des extraits radios inédits datant du 16 et du 17 avril 1993, enregistrés par les soins de mon grand-père, Yvon Blondeau [Un grand merci à mon grand-père, patient collecteur de l’Histoire de sa ville!] :