Article – La saga verte du C.S.P. (Claude Lacan, 1990)

Je vous propose dans ce nouvel article de lire un article, intitulé « La saga verte du C.S.P. » écrit par les soins du photographe limougeaud, Claude Lacan pour le journal haut-viennois, « Info Limoges », en 1990 (N°331). Lacan narre une « histoire » du Cercle et plus généralement celle du basket-ball limougeaud, à partir de ses souvenirs personnels et de ceux de Claude François, président du Club de la presse, commençant dans les années 1930.

« C’était l’autre matin au lycée Gay-Lussac. Nous attendions le début d’une table ronde consacrée aux métiers du journalisme. Le printemps entrait par les fenêtres ouvertes sur la « face cachée » de l’église Saint-Pierre. « C’est là que j’ai découvert le basket à Limoges », me confiait Claude Français, l’actif président du Club de la presse, en me montrant l’étroite petite cour coincée entre le vénérable édifice et les bâtiments – presque aussi vénérables – du lycée. « Notre prof de gym, M. Lalu, avait tracé des petits rectangles blancs en nous expliquant que dans ce jeu pratiqué en Amérique, tout l’art consistait à faire passer le ballon dans des sortes de filets, baptisés paniers ». C’est ainsi qu’a débuté notre initiation à cette discipline qui avait l’avantage de pouvoir se jouer sur un petit terrain et avec un nombre réduit de joueur. Pour ces raisons, le basket a tout de suite été adopté par les patronages. C’est ici qu’est né le cercle Saint-Pierre.

Pendant que Claude François me parlait, voilà des bouffées de souvenirs me venaient en mémoire. Je revoyais des terrains, certes, mais aussi des équipes qui représentaient le basket à Limoges dans les années qui suivirent la Libération…

D’abord il y avait les souvenirs scolaires, l’équipe pour le moins éphémère – elle dura à peine une saison – dans laquelle j’évoluais sous les couleurs de l’ENP et dont le terrain d’entraînement se situait square des Émailleurs. Et puis  voilà que surgissaient des images de mes premiers reportages sportifs : la grande majorité des rencontres se déroulait en plein air. Les terrains les plus actifs se situaient alors rue Ventenat, rue des Trois-Chatains, au Puy-las-Rodas. L’une des premières rencontres en salle à laquelle j’assistais avait lieu dans la chapelle du lycée Gay-Lussac.

guynemer
Extrait du journal « La Marseillaise du Centre » (Source : La Marseillaise du Centre, 27 septembre 1946 – BFM Limoges).

Vient l’époque glorieuse du CAPO. Le stade, situé rue Aristide-Briand, sur l’emplacement de l’actuel parco-trains, connut de grands moments. Le PUC y trébucha, sous la pluie, un dimanche après-midi. Pour rester dans les terrains, je songe à la première installation « moderne » : le terrain de l’ASPTT, Mas-Loubier, doté, à la grande fierté du président Aimé Tricard, de l’éclairage. L’équipe postière féminine allait y faire des merveilles. Déjà, à cette époque, La Martiale commençait à briller d’un vif éclat. Elle jouait salle Guynemer, au fond d’une impasse du quartier François-Perrin.

capo-1946
Un match choc du Championnat de France à la grande époque du CAPO Limoges, contre les parisiens du Stade Français (Source : La Marseillaise du Centre, 3 décembre 1946 – BFM Limoges).
capo-1
Extrait du journal « La Marseille du Centre » (Source : La Marseillaise du Centre, 12 août 1946 – BFM Limoges).
asptt
Extrait du journal « La Marseillaise du Centre » (Source : La Marseillaise du Centre – BFM Limoges).

Les rencontres majeures n’avaient plus lieu le dimanche après-midi, mais le samedi soir. Un noyau de fidèles supporters se constituait. Il était très familial. On venait voir jouer papa, maman, le fiston ou le grand frère. C’était un public averti, connaissant bien les règles. En fait, des amis heureux de se retrouver pour communier dans une même joie sportive. Tous ces anciens joueurs – ou joueuses – je les retrouve parfois au Palais des Sports. Il s’y sentent un perdus dans une autre atmosphère, car il faut bien le reconnaître, le « sport-spectacle » est totalement différent. Ne parlons pas des acteurs, « pros » dans tous les sens du terme, athlètes de haut niveau, hyper spécialisés.

csp-dussel

Jetons un œil sur le public. Certes, la grande majorité est constituée de supporters enthousiastes – c’est heureux – mais on trouve aussi ceux qui viennent pour être vus. Madame fait admirer son dernier vison et monsieur est heureux de faire remarquer ses Westons. J’avoue ne pas aimer les bataillons prêts à voler au secours des victoires et à se dissoudre dès la première défaite. N’allez pas croire pour autant que je boude le sport-spectacle. Il apporte au basket une nouvelle dimension follement attractive. L’un des grands mérites des dirigeants du CSP est d’avoir innové dans ce domaine. Il serait étonnant désormais d’imaginer une rencontre sans la présence de musique, de majorettes, en un mot d’attractions ponctuant les temps forts, galvanisant l’assistance. Un match est vécu comme une messe dans une église de Harlem, avec les gospel-songs où l’assistance, en battant des mains et en chantant, participe à la cérémonie. Ajoutons les grandes croisades vers les terres lointaines.

lacan-3

Dans ce genre de migration, le train l’emporte largement sur l’avion. Certes il est moins rapide, mais tellement plus convivial, chaque voyageur se sent l’âme du pèlerin apportant la vérité «  dans les terres insoumises ». Au retour – si la victoire a souri – il partage la gloire des preux chevaliers. Il a conscience d’être lui aussi un artisan du triomphe et il ramène dans sa bonne ville les glorieux trophées…

Un ambassadeur

Ne souriez pas, car tout cela est bien sympathique. L’événement est une fête qu’il faut avoir vécue au moins une fois dans sa vie. Voilà qui nous conduit à noter l’extraordinaire contribution apportée par le CSP au rayonnement de la ville et de la région. Il y a fort à parier que si l’on interrogeait un petit Israélien, voire un Moscovite ou un Espagnol à propos de Limoges, il ferait en premier lieu référence à son équipe de basket, la porcelaine n’arrivant qu’en seconde position. Que voilà une bonne occasion de débarrasser le Limousin et sa capitale régionale des casseroles qu’il traîne depuis si longtemps : Limoges la ville rouge, la ville triste où l’on s’ennuie, l’archétype de la province endormie. Le CSP a suscité comme un sursaut d’orgueil. Le sportif limousin en voyage à l’étranger est fier à juste titre de déclarer : « J’arrive à Limoges, vous savez, l’équipe de basket, les verts du CSP… ».

lacan-4

Reste encore à démontrer que le dynamisme de vitrine du club est conforme à ce que l’on trouve à l’intérieur du magasin – en l’occurrence Limoges et la région Limousin. Voilà une bonne occasion de rappeler aux « décideurs » – particulièrement parisiens – qu’il y a beaucoup de travail à faire, et qu’en-dessous de la Loire, cette tâche brune nommée Massif central, n’a pas l’intention de se transformer en réserve zoologique ou ethnologique…

Autre utilité du club : une formidable promotion du sport qui, paradoxalement, est parfois profitable à d’autres disciplines que le basket…

Un parcours sans faute

lacan-1Si l’on se penche sur le passé du club, son parcours est exemplaire. À la progression constante s’ajoute la continuité. Ce dernier point – sans doute le plus important – est à porter au crédit des gestionnaires qui ont su construire des structures solides et au fil des ans s’assurer les indispensables soutiens financiers. Chaque saisons constitue un nouveau défi qu’ils ont toujours su relever avec brio. Il est bien évident que désormais, le CSP est une véritable entreprise qui brasse des sommes considérables et dont la survie est liée à l’engagement de ce qu’il est convenu d’appeler les « sponsors ». Le danger aurait consisté à s’appuyer sur un seul mécène, avec le risque que ce dernier décide de réduire sa participation ou de placer ses billes sur un autre cheval. Avec réalisme et prudence, le CSP s’est engagé dans une nouvelle voie, placée sous le signe du partenariat. En fait, le club s’associe en prise directe avec la vie économique, accueillant au sein du LCSP entreprises un large éventail de sociétés grandes ou petites, de commerces.

popelier

Dans le même souci d’assurer une saine gestion économique, le club prépare sans attendre une société d’économie mixte. Autre atout, une équipe dirigeante où les responsabilités sont partagées. Ceci pour dire que l’avenir est bien assuré quoi qu’aient pu en dire des « Lefuneste » prêts à célébrer avec des larmes de crocodile un enterrement de première classe. La force du CSP est d’avoir toujours œuvré avec des objectifs à relativement longue échéance… et les avoir atteints. Toute l’équipe est consciente de l’importance du club pour le rayonnement régional. Il symbolise la volonté d’ouverture et de dynamisme du Limousin dans toute l’Europe. Dans cet esprit, fière des acquis, le LCSP envisage l’avenir avec sérénité et confiance, chaque saison étant un nouveau challenge où il importe de se hisser vers les sommets : une démarche sportive ! »

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s