Film culte : « Le dernier lancer » (1966)

La cinémathèque d’un basketteur passionné rallume nos rêves évanouis dans le gym’. Des exploits de Jordan en VHS, en passant par le film incontournable, « White men can’t jump », la cinémathèque du basketteur donne le vertige et comme à chaque fois ou presque, tout est bien qui finit bien, une fois que les deux bandes circulaires s’arrêtent dans le magnétoscope. Rembobinez votre VHS, puisque aujourd’hui, je vais vous présenter un film culte, oublié de nos spécialistes, intitulé « Le dernier lancer », sorti en Union Soviétique en l’année 1966.

Un récit emprunté d’une histoire véritable et effrayante

le-dernier-tir-4
L’acteur principal dans le costume du soldat soviétique, basketteur dans la vie civile et héros d’une plasanterie noire (Source : Youtube.com).

Le script de ce film, s’inspire d’une histoire vraie. Après guerre, un journaliste bulgare, du nom d’Atanas Landodazhnev, dans les colonnes du périodique « Sport soviétique », rapporte un drame survenu durant la « Grande Guerre patriotique » de 1941-1945, dans lequel le basket-ball occupe une place prépondérante. Été 1943, un soldat soviétique, basketteur dans le civil, est capturé par les troupes nazis. Ces derniers ne respectant pas les conventions de Genève sur le Front de l’Est, on aurait fort à parier que son destin s’achève dans un fossé ou bien se termine dans l’un de ses camps de l’Europe de l’Est, suintant la mort… Eh bien, nous nous trompons, les geôliers au tempérament sadique, apprenant qu’il s’agissait d’un athlète, lui proposaient de sauver sa vie, à la condition qu’il réussisse 9 lancers-francs sur 10 tentatives, devant l’arceau. Le malheureux s’exécuta, il réalisa la performance souhaitée mais semble t-il, ce n’était qu’une farce, une mise en scène orchestrée par les Vert-de-gris… un soldat inconnu, un basketteur inconnu.

le-dernier-tir-5
Été 1943, la terreur nazie s’abat en URSS, le lancer-franc est une méthode éprouvée contre les soviétiques (Source : Youtube.com).

L’histoire prête à sourire lorsqu’on regarde le désintérêt général dont les allemands portaient à l’encontre de la discipline, à peine naissante en URSS dans les années 1930. L’Allemagne ne vivait pas pour le basket-ball. Avant la Seconde Guerre Mondiale, l’Allemagne comptait environ 2000 licenciés de basket-ball. Ses meilleurs basketteurs furent après l’annexion de l’Alsace-Moselle en 1940 par le Troisième Reich, des alsaciens…

le-dernier-tir-6
Un général allemand, bilingue, fada de basket-ball, sadique en pleine guerre, un personnage digne du cinéma (Source : Youtube.com).

Alors un vieil officier allemand (voir le film, ci-dessous), addict du basket-ball, à tel point qu’il fait installé un panier en pleine campagne militaire, au milieu de nul part, en écoutant sur son gramophone une chanson française « France pays de mon cœur » (peut-on entendre), cela semble impossible en 1943. Pour le reste, le tir proposé, est un tir classique, le tir à la cuillère, comme au mauvais temps (pas pratique surtout, imaginez cela sous la pression… des armes automatiques).

Pour voir le film :

 

Derrière l’histoire originale, le décor du film

le-dernier-tir-1
Une affiche du film (Source : Morewar.ru).

Le réalisateur de ce film, l’arménien Vilen Zakaryan, constamment alerte de l’actualité sportive de l’Union, tomba par hasard, un jour, sur cette anecdote publiée dans le journal « Sovetsky Sport » (« Sport Soviétique »), l’équivalent de « l’Équipe » et décida par conséquent d’en extraire la sève pour son nouveau tournage. Contrairement aux écrits de Atanas Landodazhnev, Vilen Zakaryan sélectionne plusieurs acteurs qui n’ont pas pour la plupart la tête à l’emploi, tout du moins parmi ceux qui seront les prisonniers soviétiques. Un seul véritable basketteur est sélectionné pour ce court-métrage. Il incarne, ce soldat anonyme, le héros d’une mauvaise blague. Cet héros selon le script sera arménien comme son créateur, ainsi grâce à l’astuce, il put obtenir une autorisation de la Direction de la Radio et Télévision d’Arménie, puis du conseil national de l’audiovisuel de l’Union Soviétique. Les « studios téléfilm d’Erevan » vont connaître la gloire grâce à un film portant sur le basket.

le-dernier-tir-2
Un destin funeste au lancer-franc, 2 tirs ratés et sa vie bascule (Source : Youtube.com).

 

le-dernier-tir
Disponible en DVD (Source : kinopoisk.ru).

Lors de sa première, de nombreux cinéphiles repèrent certaines incohérences mais le film remporte un franc succès. Il obtient le prix « l’Union des cinéastes ». Le tournage eut pourtant une péripétie amusante. En rentrant sur Krasnodar, un soir, les acteurs vêtus de leur parfaite réplique, n’eurent pas le temps d’arriver à leur hôtel. Un voyageur empruntant le même autocar prit peur en voyant tous ces « soldats allemands » armés jusqu’aux dents, arborant ostensiblement la svastika nazie sur leurs casquettes… un mauvais souvenir. Effrayé, ce dernier demanda au chauffeur du bus de s’arrêter à une encablure de la ville. Quelques minutes plus tard, la police locale interpella ces étranges passagers. Un policier expliqua alors que le ministère, furibard, lui avait signalé « un débarquement allemand » tout près de Krasnodar. Mais voilà l’Histoire n’allait pas se répéter, « Le dernier lancer » reprenait le flambeau, traçant le chemin du cinéma soviétique emprunté jadis par Sergueï Eisenstein, grand maître du montage.

Sergueï dira « le cinéma, bien sûr, est le plus international des arts. »… et peut-être, la meilleure façon d’apprécier le basket-ball comme un septième art.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s