Sous les palmiers : « Campeão do Mundo », Champion du Monde (1959)

Des années après 1948, le Brésil confirme sa nouvelle stature mondiale. En 1954, les brésiliens organisent le deuxième mondial de basket-ball. Le Brésil se classe à la 2 ème place, derrière les américains, maîtres incontestés de la planète. Lors des Championnats du Monde de 1959, le Brésil passe un nouveau cap, livrant un véritable festival-carnaval. Ce troisième « Sous les palmiers » retourne dans cette folie tropicale qui anima les lusophones de l’Amérique du Sud.

Au bout du Monde

En 1958, le pays remportait pour la première fois sa première Coupe du Monde de Football, en Suède, effaçant quelque peu l’édition bâclée de 1950. L’année suivante, la sélection nationale de basket-ball disputait son troisième mondial de basket-ball, au Chili. Une terre lointaine, celle du désert lunaire d’Attacama, du nombril du Monde et du début de la cordillère des Andes, dans laquelle s’épanouissent tous les chiliens. Or ce Chili, nos brésiliens le verront très brièvement. La Coupe du Monde de Basket-Ball a lieu dans cinq sites : à Santiago de Chili, capitale occidentalisée, aux airs de Buenos Aires, entourés des déclivités caractéristiques des monts et montagnes de la région, demeure de l’avant-dernier président élu démocratiquement, en 1958, Jorge Allesandri face à la figure des années 1960, Salvador Allende ; à Antofagasta, port du Nord du Chili, contesté par la Bolivie, Concepción, au Centre-Est du pays, ville tirant son nom de l’immaculé conception et dont la position géographique se prête souvent aux tremblements de terre ; enfin les villes touristiques de Temuco et de Valparaiso.

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Les magnifiques affiches du Mondial de Basket-Ball 1959 (Sources : Pinterest.com – 12magnificos.com).

Désigné par la FIBA, le Chili est garant des préparatifs. Le « Gran Pabellón de deportes de Santiago de Chile » accueillera les matches des phases finales. En 1953, la salle de Santiago, devait être la scène principale du premier mondial de basket-ball féminin mais les travaux n’avaient pas pu se terminés à temps… Cinq ans après, le chantier restait en friche. En outre, un problème cachait un autre, la salle ne pouvait être prête pour l’automne 1958. Renato William Jones, secrétaire de la FIBA, donna alors alors un sursis. Le palais des sports devra ouvrir ces portes le 16 janvier 1959, date du début de la compétition. Si la situation restait compliquée dans la capitale chilienne, en province les gymnases étaient eux aussi en cours de construction !

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« Estadio Nacional de Chile » en configuration pour le Basket-Ball (Source : Globoesporte.globo.com).

Pour éviter une annulation de la compétition, les organisateurs proposèrent à la FIBA, d’organiser la phase finale dans le stade de football de Santiago du Chili. Renato accepta. Il valait mieux ça qu’une énième annulation. Tout le long de la dernière phase de la compétition, le stade de la capitale affiche des records de billetterie. À Santiago, au Estadio Nacional de Chile, ce sont plus de 16 000 spectateurs, voir selon les chiliens jusqu’à 30 000 spectateurs qui s’empressent voir les phases finales !

Chronique d’un Champion du Monde… contesté par la géopolitique

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L’équipe du Brésil à Temuco (Source : Globoesportes.globo.com).

La sélection nationale avait convoqué au gymnase LaSalle de Temuco, le 16 janvier 1959, les meilleurs basketteurs du pays. Kanela, l’entraîneur légendaire du Brésil, possède un « cinq » à la hauteur des ambitions brésiliennes : Wlamir Marques, Amaury Pasos, Edson Bispo, Algodão et Waldemar Blatkauskas. La première journée, face au Canada, l’affaire est vite expédiée [victoire par 69 à 52] malgré un plancher glissant. « La supériorité technique et physique des brésiliens se manifestait amplement et, peu à peu, le tableau d’affichage affichait la valeur de cette supériorité, qui par moment atteignait les 15 points de différence » raconte le « Jornal dos Sports », un jour après la partie. À peine, un seul canadien put marquer plus de 10 points… Amaury Pasos et Edson Bispo, tous deux, pointaient à l’issue de la rencontre, 17 et 16 points respectivement mais le meilleur fut Waldemar Blatkauskas, un… Brésilien d’origine lituanienne, avec 18 points [génétiquement bon au tir, ces baltes].

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Amaury Pasos sur son « jump-shoot » face aux soviétiques (Source : Globoesportes.globo.com).

Le « Jornal dos Sports » déclare avec certitude, qu’ils feront « une grande partie contre l’Union Soviétique », la journée suivante, or le 17 janvier, l’équipe CCCP, étaient selon le secrétaire général de la FIBA, la meilleure équipe du tournoi avec celle du Brésil. Les soviets emmené par le géant Janis Krumins remportaient cette première manche, 73-64, le Brésil ne parvenant pas à rattraper l’écart dû en partie aux fautes concédées les verts et jaunes. Le lendemain, l’URSS est surprise par les canadiens (54-63), les brésiliens quant à eux remportent face au Mexique (78-50) le dernier match de la poule B. Durant ces trois premiers matches, Wlamir Marques et Amaury Pasos tournèrent en ridicule les défenses en empruntant les habilités individuelles des « Harlem Globe Trotters ». Ce sont les premiers non-américains [selon les brésiliens] à user du « jump shoot », tellement commun aux jours d’aujourd’hui.

Le 19 janvier, coup de théâtre, l’Union Soviétique annonce avec la Bulgarie leur intention de boycotter la rencontre les opposants à Taïwan, dite les Îles Formoses. La Chine de Mao ne reconnaissant pas les Îles Formoses comme un pays, les Soviétiques en bon alliés se rallier à la cause. Ainsi, le sort du Championnat du Monde était déjà joué d’avance. États-Unis ou Brésil pour le titre mondial lit-on déjà dans la presse. La logique des points ne permettant pas aux Soviétiques d’être les champions bien que le parcours des rouges fut remarquable avec 5 victoires (dont une contre le Brésil et les États-Unis) et 1 défaite lors de la phase finale, à Santiago de Chili. D’ailleurs, au retour des « russes » à Moscou, ils furent accueillis en Champion du Monde. L’Union Soviétique était Champion du Monde 1959, pour le bonheur des travailleurs des républiques populaires mais pour la FIBA un tout autre Champion allait inscrire son nom dans l’organigramme mondial.

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La Bulgarie face au Brésil, une équipe CCCP-bis, sans le talent (Source : Globoesporte.globo.com).

Le 22, puis le 23 janvier, les brésiliens continuent sur leur lancée lors de la deuxième phase de la compétition. Tour à tour, Taïwan (94-76), la Bulgarie (62-53) cèdent. Une lancée arrêtée de nouveau, par les soviétiques. Malgré le soutien des 20 000 spectateurs acquis aux joueurs de Kanela, les soviétiques prirent le large dès le coup de départ. Rapidement, les grandes tentacules de l’Est étouffent les brésiliens et mènent rapidement 20 à 8. Edson Bispo, un cadre de l’équipe nationale, étant grippé, se sacrifiait sans jamais effrayé l’URSS, emmenée par Zubkov (14 points). URSS 66-63 Brésil. Pour l’entraîneur en chef, Kanela, le Brésil affirmait à la fin de la rencontre que le Brésil avait perdu toutes chances de remporter le Mondial… pourtant quelques jours plus tard, la FIBA, conséquemment sanctionne l’Union Soviétique, une sanction qui permet au Brésil de récupérer toutes ses chances de ramener le trophée à la « patrie » si chère à la presse écrite et télévisuelle.

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Edson Bispo tente de se démarquer de la défense soviétique malgré sa grippe (Source : Globoesportes.globo.com).

Il faut dire que le Brésil évoluait dans un climat relativement nationaliste où la presse entretenait un climat velléitaire avec les « ennemis du jour », en premier, les russes comme dans cet extrait tiré du Journal « Manchete Esportiva » : « Les communistes russes, avec leur habituel intolérance, menacèrent ciels et terres pour ne pas affronter la Chine [Taïwan]. Pour nous, toutefois, le rêve face à la Russie bien que « bien aidé » par les décisions tendancieuses, partiales, de l’arbitre français Blanchar, nous a valu un précieux avertissement. ». Toujours les russes, pour cette fois, Kanela, étaient une source d’inspiration ou de motivation. Ainsi, tous les matins, l’entraîneur allait réveillé les joueurs à l’hôtel et crié : « Les russes sont au coin de la rue ! ».

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Togo Renan Kanela, expulsé, donnant ses consignes en tribune, entouré des policiers- militaires et des 20 000 spectateurs (Source : Globoesporte.globo.com).

Le 28 janvier, le Brésil reprend la compétition, face à Porto Rico. Une formalité qui n’empêchera pas Togo Renan Kanela d’être expulsé pour son comportement instable sur le banc de touche. C’est en tribune, escorté de deux policiers militaires, qu’il dirigea la partie. Porto Rico s’incline 71-99, les brésiliens jubilent, ils sont à un match du sacre !

Le même jour, c’est une autre partie qui anime les débats. L’URSS affronte les USA. Un choc. Les États-Unis ne partaient pas favoris puisque ces derniers avaient recruter à travers une annonce dans le Journal des Forces Aériennes car les universitaires étaient encore en compétition. Ce sont 24 joueurs qui se présentaient devant les officiers en charge du recrutement… aucun ne dépasser 1m96… par ailleurs à la veille du départ pour le Chili, Robert Jeangerard et Eddie White s’étaient blessés. Par conséquent, diminués pour la compétition. Cela néanmoins, n’affecta pas le statut des américains comptant bien garder leur titre… toutefois ils avaient sous-estimés leurs concurrents. Pour son dernier match, les soviétiques mirent un point d’honneur à battre les américains. Victoire 62 à 37, la deuxième défaite de basket-ball des US dans une compétition internationale [nb : l’Argentine avait battu les USA en 1950 lors du premier mondial] ! Spandaryan, le technicien russo-arménien, déclara suite à l’événement, moralement, ils étaient les Champions du Mondial 1959 et ainsi jusqu’à la chute de l’URSS, le Mondial 1959 est célébré partout dans la République, comme un titre remporté par le pays de Lénine.

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Des « aviateurs » américains ne peuvent pas s’improviser basketteurs. Face à eux des basketteurs de talent comme le n°9, Rosa Branca (Source : Globoesportes.globo.com).

Deux jours plus tard, le 30 janvier 1959, devant une assistance record, le Brésil peut devenir le troisième pays Champion du Monde, non-américain. Tous les joueurs ont en mémoire la défaite contre les États-Unis (62-41) lors de la dernière journée du Championnat du Monde, où les brésiliens furent largués par des américains, encore à leur meilleur niveau. Cette fois-ci, le Brésil réussit à prendre le contrôle du match dès la deuxième mi-temps. À la fin, le Brésil compte 81 points contre 67 points seulement pour les nord-américains. Pour le Journal « Correio da Manhã », « le secret du triomphe réside dans la tranquillité avec laquelle les brésiliens ont joué, qui n’ont pas lâché, même lorsque les nord-américains ont débuté avec un 10 à 2. À partir de ce moment, ils ne se laissèrent plus dominer par les nerfs » et par ailleurs grâce au technicien du banc, Kanela dont les passages de zone à l’homme à homme a perturbé la lecture de jeu, des américains. Enfin, le public chilien criant « Chi chi chi le le le » a certainement pesé dans les débats. Le lendemain, le Brésil se consacre officiellement « Champion du Monde de Basket-Ball ». en battant l’équipe du pays hôte par 73 à 49.

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Le Brésil bondissant aura fait le spectacle jusqu’à la dernière journée du Mondial (Source : Globoesporte.globo.com).

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Le 3 février 1959, dans la soirée vers 22h, les Champions du Monde retrouvent le Brésil. Un accueil particulier leur est réservé. À Rio de Janeiro, une foule incalculable envahie l’aéroport du Galeão, pour soulever les héros. À tel point que les journalistes sont repoussés violemment par les militaires aux abords du cortège balbutiant. Néanmoins, les deux défaites contre la Russie reviennent encore à l’esprit de la presse. Après avoir répondu à la question « les américains ont-ils un bon niveau ? », le chef de la délégation brésilienne, s’exaspère lorsque qu’on lui dit « Et la Russie ? […] Meilleur que le Brésil ? » : « Non, celle-là, non. Le Brésil est capable de battre les russes à n’importe quelle opportunité, moins les conditions défavorables. Jugulant les possibilités des deux équipes, je donnerai 32% de possibilités pour le Brésil, 18 pour la Russie. ». Alors, Brésil, Champion du Monde de Basket-Ball 1959 incontesté pour les registres d’une part ; contesté par l’ingérence de la Guerre Froide au sein d’une compétition sportive d’autre part. MAS, o Brasil é campeão ! [MAIS, le Brésil est champion!].

Suite de « Sous les palmiers » dans quelques jours 😉

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