Sous les palmiers : Des bombes, un ballon et une médaille de bronze (Londres, 1948)

Après avoir vu la genèse du Basket-Ball au Brésil, je vous propose de plonger aux JO d’été de Londres, en 1948, lorsque le Brésil réussit à décrocher la seule médaille brésilienne à la grande satisfaction de la nation.

Les sentiers de l’olympisme

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De grands noms du Basket-Ball brésilien prennent la pause photo (Source : olimpiadiasdoro2016.com)

Dans l’Histoire du sport brésilien, les Jeux Olympiques de Londres marquent le retour du Brésil médaillé. La délégation brésilienne comportait 120 personnes dont 72 athlètes parmi lesquels 10 basketteurs. Pendant 3 jours, la délégation voyagea en avion, faisant escale à Natal (Brésil), puis à Dakar (Sénégal) et enfin à Lisbonne (Portugal), avant d’atteindre la ville hôte. Arasée par leur trajet, la « seleção brasileira de basquete » doit encore traversé la banlieue de Londres, en autocar, pour rejoindre la résidence assignée à 90 kilomètres du gymnase. Une base de la « Royal Air Force » bombardée par les allemands pendant la dernière guerre faisait office de camp d’entraînement. Les joueurs brésiliens n’avaient pas de panneaux, si bien que les brésiliens devaient faire des entraînements avec une seule balle pour toute l’équipe, à côté des bombes non explosées. Le dernier témoin à ce jour encore en vie, Alberto Marson (91 ans) confirme au quotidien Brésilen, Globo  : « Quand nous sommes entrés dans la ville en autobus, nous avons vu énormément de trous, parce que la ville avait souffert de bombardements intenses et était entrain de récupérer rapidement son visage d’antan. Nous étions logés dans une base militaire qui avait été bombardée. Il n’y avait aucune installation. Il n’y avait même pas un terrain cimenté où on pouvait se dérouler un entraînement de basket-ball. Il y avait uniquement une pelouse, complètement bosselé, en très mauvais état. Évora lorsqu’il s’entraînait à faire une course, c’était tordu le pied, et, de titulaire, il passa au banc de réserve. ». Chez les américains il y avait une toute autre préparation, chaque joueurs avaient un ballon, et pouvaient s’entraîner sur un terrain digne de la compétition. Ce pépin technique et structurel n’est qu’un détail lorsque le sport brésilien évoluait quant à lui dans un amateurisme traditionnel.

À cette époque, Alberto Marson, était professeur d’éducation physique dans la « vraie vie » et comme tous les joueurs de l’équipe brésilienne, il devait demander une autorisation à son employeur pour participer aux JO. Certains, à l’image de Massinet ou de Marson se voyaient exonérés de leur absence portant sur 30 jours incluant la formation à Rio de Janeiro, en plus des Jeux. Mais parfois, l’autorisation arrivait trop tard… Ni paye, ni structure et souvent sans emploi. Telle était la réalité, pour des athlètes olympiques. La passion était l’unique carburant, en ces temps, pour décrocher une médaille.

Sans objectifs, le Brésil et les autres

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L’équipe du Brésil en 1948, devant les photographes (Source : oglobo.globo.com)

En 1948, l’équipe brésilienne composée par les soins du sélectionneur, Moacyr Daiuto, rassemblait : Affonso Évora (Flamengo – Rio de Janeiro), Alexandre Gemignani (Espéria – São Paulo), Alfredo da Motta (Flamengo – Rio de Janeiro), João Francisco Bráz (Corinthians – São Paulo), Marcus Vinícius Dias (Fluminense), Massinet Sorcinelli (Espéria), Nilton Oliveira (Fluminense – Rio de Janeiro), Alberto Marson (Tênis Clube São José – São Paulo) Ruy de Freitas (A.A. Grajaú – São Paulo), Zenny de Azevedo « Algodão » (Flamengo – Rio de Janeiro) et enfin Luís Benvenuti dont la fédération brésilienne n’a jamais reconnu comme un médaillé… Tous les joueurs sont issus des états de São Paulo et de Rio de Janeiro… 52 ans après son introduction, les deux grands états du centre-est du Brésil, pourfendeurs du basket-ball brésilien, dominent encore les débats nationaux. Affonso Évora, quadruple champion du Carioca (championnat de Rio de Janeiro) avec le Botafogo en 1942, 1943, 1944, 1945, est l’un des leaders de l’équipe. « Algodão », coéquipier au Flamengo de Évora est l’atout offensif des brésiliens qui se présentent à Londres, sans véritablement d’objectifs à réaliser.

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De gauche à droite, Vinicius, Pacheco et Ruy. Des éléments majeurs de la « seleção » (Source : acervo.oglobo.globo.com)

Les États-Unis comptent bien s’assurer l’hégémonie malgré une compétition relevée. Les américains dominaient le scénario mondial avec des joueurs plus grands que la moyenne et avec lesquels, le sélectionneur américain, Omar Browning, pouvaient exploités et améliorer la rapidité foudroyante de leur exécution. En dehors, l’attraction de ces Jeux, en basket-ball, était pour beaucoup, la présence des asiatiques, dont l’intelligence de jeu et les habilités techniques se montraient au grand jour à Londres. Hélas, leur petite taille empêchait de véritablement jouer un rôle lors des JO de Londres. Enfin, les européens retrouvaient le basket-ball de haut-niveau et allaient enfin se juger face au « reste du monde », en tête, la sélection française. Au total ce sont 23 pays, répartis dans 4 poules qui s’affronteront à l’occasion de la deuxième compétition olympique de basket-ball (nb : la dernière date étant les JO de Berlin de 1936.

« É com esse que eu vou desabafar na multidão », la surprise Brésilienne

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Le Brésil face au Royaume-Uni (Source : oglobo.globo.com)

« C’est comme ça que je vais soulager la foule » chante les « Quatre As et un Joker » en 1948, un jingle populaire du Carnaval Carioca, prémonitoire pour l’équipe olympique de basket-ball du Brésil qui sera l’unique satisfaction d’une délégation et un pays, infortune aux Jeux de Londres. En sept rencontres, les brésiliens sont virevoltants. Ils battent coup sur coup la Hongrie (45-41) ; l’Uruguay (36-32) qu’elle n’avait battu qu’à deux reprises dans son histoire ; le Royaume-Uni (76-11) ; le Canada (57-35) ; l’Italie (47-31) et la Tchécoslovaquie (28-23). Ils impressionnent par leur facilité à trouver le panier, de façon élégante, avec le pas samba qu’il faut. En demi-finale, le Brésil se heurte à la France. Pourtant, il n’aura fallu que seulement une dizaine d’unité, pour voir la victoire des gallinacés français sur le score de 43 à 33. À la fin du match, les brésiliens s’effondrent de pleurs, si proche de devenir la deuxième meilleure équipe mondiale derrière les indomptables américains. Alberto Marson estime que les français ont eu le droit à leur salut grâce à un match incroyablement bien exécuté, car sur le papier, l’ancien pivot, n’en démord pas, 68 ans plus tard (nb : l’interview date de 2012), il n’y avait pas photo, l’équipe brésilienne était supérieure à celle des tricolores.

En septembre 1948, l’organe officiel de la FFBB donne ces impressions sur ces valeureux Brésiliens : « Équipe formée de joueurs athlétiques à la détente exceptionnelle. Pratique en défense l’homme à homme assez large avec flottement. En attaque, évidemment contre-attaque par les ailes ou jeu arrêté avec circulation rapide de la balle. Pivot mobile et changeant, chaque avant remplissant le rôle tour à tour. Quelques écrans, principalement sur sortie en touche de fond et sur croisement latéral des avants. Blocages effectués de face et franchement irréguliers mais assez rares. Les balles sont suivies sous les paniers avec beaucoup de virilité. Deux grands joueurs : Azevedo, à la détente prodigieuse (dépasse facilement le cercle dans ses bonds) ; Lombardo, d’une rare adresse et surtout d’une opportunité exceptionnelle (le Timing des Américains). Mais comme la plupart des équipes américaines, ne sait pas ménager ses efforts et a fini très éprouvée le tournoi », une explication plausible de l’échec brésilien face à la France et peut-être aussi, un manque de nerf caractéristique de cette sélection dont le magazine Basket-Ball souligne l’aptitude de nos sympathiques brésiliens à manier le « verbe poétique » en montrant du doigt l’adversaire.

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Le Brésil à l’œuvre contre l’Italie (à gauche) et le Mexique (à droite) (Source : globoesporte.globo.com)

Néanmoins, les Brésiliens terminaient leur JO comme ils avaient commencé. Le Mexique à l’issue d’une rencontre entre latinos, où l’Orchestre-supporteur « do Grande Pais » chantent à tue-tête un chant [dont le français n’arrive qu’à entendre un semblant moqueur de « Ay ! Ay ! Ay ! Ay ! »] s’incline sur le score de 47 à 52, cédant leur troisième place et leur médaille de bronze acquise en 1936, au Brésil. Une grande consolation pour tout un pays, la sélection de Basket-Ball offrait la seule médaille des Jeux pour le Brésil et donnait en l’occurrence le premier titre international à une équipe collective « Brasileira »… eh oui bien avant le Football !

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La joie du camp brésilien après la victoire contre le Mexique (Source : globoesporte.globo.com)
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La médaille de bronze de Alfredo Marson (Source : globoesporte.globo.com)

« Mais que Nada », Plus que jamais, le Basket-Ball Brésilien ressort renforcer, faisant taire par la même occasion, les critiques acerbes de la presse nationale qui plaisantait alors cette ballade touristique chez les « Britishs ». L’épreuve de basket-ball des JO de 1948, riches en événement, au-delà du succès brésilien, a des incidences sur les règles. Le poste de Pivot ayant dominé les débats, la conséquence logique sera d’instaurer pour les prochaines compétitions les règles des trois secondes… par contre, cela n’empêchera pas les Harringay (speaker à Londres pour le Basket-Ball), speakers des Jeux de continuer à écorcher les noms exotiques. En 1959 et 1963, l’exotisme du Brésil sera doublement international, « mondialisé », mais ça c’est une autre histoire, « Sous les palmiers ».

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