Au nom du Père, du Fils, du Saint-Esprit, La Martiale ! (Partie 1/2)

Vous avez tous entendu un jour les exploits du patronage du Sacré-Cœur, La Martiale. Pendant très longtemps, La Martiale fut la tête de proue des « Patronages » sportifs de la cité lémovice dont le Basket-Ball prit un essor significatif dans les années 1930 jusque dans les années 1950. Il est temps de raconter cette histoire, certes partielle, où soutanes et shorts faisaient bon ménage. Premier volet sur l’Histoire du « Patro », La Martiale.

« Jouer et prier de tout son cœur », des vœux pieux

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Le Père Billion pensait-il à une telle organisation ? La troupe de La Martiale en 1927 (source : L’Alerte, Organe de la Paroisse du Sacré-Cœur, Octobre 1929).

En août 1904, avant son départ, le Père Billion lâche sur le papier, des phrases prophétiques : « Rien ne me fera oublier le Sacré-Cœur de Limoges. Je laisse là-bas une bonne part de mon cœur. Pauvres petits, je ne puis penser à eux sans être ému de compassion… A moi, il me faut des enfants et encore des enfants, et vous avez une collection unique. ». Comme un présage, des « enfants uniques » défenseurs d’un catholicisme, à l’épreuve du XX ème siècle, qui deviendront pour certains, les hégires d’un patronage qui n’avait alors pas de nom. Le Curé Billion avait été aiguillé par cette question, un véritable sacerdoce : « Pour s’occuper de la jeunesse, il ne suffit pas de l’aimer même beaucoup ; il faut soi-même être un peu jeune, avoir des jambes presque neuves et l’entrain. ». Le Sacré-Cœur de Limoges, à l’image du catholicisme français, se tourne vers la jeunesse afin de ne pas éteindre la flamme spirituelle qui anime les paroissiens depuis plusieurs siècles. Sous son successeur, l’abbé Poivert (1904-1907), directeur de l’œuvre du Sacré-Cœur, la nef de la Sainte-Vierge était en construction, le peu d’espace disponible, désorientés les enfants. Bientôt, une nouvelle cour permit à ces jeunes de « ravir aux ardentes parties de barres ou de ballons. », rapidement devenue un marécage ou un « Sahara » selon les mansuétudes du temps. Il n’y avait alors « point de salles de réunion, de jeux ou de lecture ». Pour y être admis, il fallait un « Très bien » ou « presque Très bien » au Caté’ ! La formule de l’époque était alors : « Difficile d’entrer, facile de sortir ! ». En avril 1905, le règlement et l’organigramme de l’œuvre est clair, nous rapporte dans « L’Alerte » de février 1929, A. Laporte, un paroissien du Sacré-Cœur : « Deux catégories, les sociétaires recrutés parmi l’élite des enfants ayant fait leur Première Communion ; les aspirants, qui étaient choisis parmi les plus jeunes ou les nouveaux. Un bureau composé d’un Président, d’un Vice-Président, d’un Secrétaire, d’un Maître de jeux et d’un Bibliothécaire assistait le directeur. On se réunissait les dimanches et les jeudis de 1h30 à 5 heures ou 6 heures, en été […] Et l’on s’en donnait, car, la devise était déjà : « Jouer et prier de tout son cœur ». Tous les mois, une réunion générale groupait tout le monde ! Et le dimanche, on se retrouvait à la messe de 8 heures on y chantait déjà, accompagné par l’excellente Mlle Monstanier, nos cantiques aimés […] le soir c’était à deux heures les petites vêpres et le catéchisme de Persévérance […].».

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Le nouveau Sacré-Cœur dans les années 1950-1960 (source : Delcampe).

Bigre ! Une organisation bien rodée. Ils sont bientôt 65 premiers communiants à rejoindre la troupe. Les contours de l’organisation d’un patronage se précise à l’évocation des journées du pèlerinage paroissial d’Arliquet et la création d’une colonie en juin 1907, « Salle Pie X » qui n’est alors qu’une annexe pour le catéchisme et le centre d’apostolat, religieux et sociales. À ce moment, « le ballon y faisait déjà des siennes ! ». Un patronage semblait se créer grâce à « la discipline, tempérée par l’aménité de son bon directeur [l’abbé Poivert], l’ordre et la tenue, reflets d’une forte et religieuse éducation, y régnaient partout. » explique A. Laporte dans sa chronique. En Septembre 1907, Poivert est rappelé par l’évêque de La Rochelle pour exercer le vicariat de Saint-Sauveur, provoquant une grande tristesse chez les jeunes paroissiens.

Pour le remplacer, un jeune vicaire de Rochechouart, prénommé l’abbé Maury (au Sacré-Cœur de 1907-1928). Le bulletin paroissial le présentait aux paroissiens sous des traits sympathiques : «  Tout ce que nous savons de son zèle, de son tact et sa prudence, nous fait bien augurer du succès qui l’attend dans son nouveau poste. Les jeunes gens surtout l’attireront et seront attirés. Il les enflammera de l’amour du divin Cœur et en fera des militants ». La même année, le presbytère et le préau, lieu des loisirs, sont saisis par le gouvernement… on venait d’appliqué la loi sur la séparation de l’église et de l’état (1905), sans explications, sans lettres… L’autorité religieuse du Sacré-Cœur avait prévu la mésaventure. Les jeunes retrouvèrent un nouveau « gîte » pastoral, Route d’Aixe (aujourd’hui Rue François Perrin), acquis en 1903. Sur les ruines du passé, les consolations sont nombreuses. Le petit monde de l’œuvre, passant leur journée dans la petite école de catéchisme, a le loisir d’avoir « du côté de la cour, il y [a] la « salle de gym » […] appeler par la suite « la fosse aux ours » tant elle était profonde et d’accès peu aisé ». Signe d’une modernisation de l’organisation du Sacré-Cœur, le « gym » atteste de l’importance des activités physiques au début des années 1900 chez les fidèles. À partir de cet épisode, c’est une page du livre de la Paroisse qui se tourne, nouveau départ et nouveaux rebondissements.

À l’appel du Sacré-Cœur, à l’appel du Drapeau

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Le Scoutisme s’est implanté très tôt dans la Paroisse du Sacré-Cœur (source : L’Alerte, Organe de la Paroisse Sacré-Cœur, Mai 1932).

La troupe de l’Abbé Maury ressemble avant la guerre, au Roman d’Hector Malot, « En Famille ». Il y règne un univers singulièrement commun, où tout le monde se connaît et se côtoie au quotidien, sans trop se soucier des turpitudes d’une ville industrielle balayée par les fumées de charbon descendant dans les moindres recoins. En 1907, la « Famille » se sépare. Une scission s’opére entre les grands et les petits, sans grand dommage. Le moniteur général de l’œuvre, l’Abbé Maury prît sous son aile les adolescents de la paroisse pour y prodiguer les bonnes paroles du seigneur et les Jeux !

Peu à peu, les grands sont appelés sous le Drapeau, pour le service militaire. Louis Varnoux et bien d’autres quitteront le nid pour l’armée. Une formalité, pour l’ensemble des paroissiens dont les plus jeunes semblent se préparer avant même la date fixée. Les appelés, une fois revenus du service, apporteront beaucoup au futur patronage, grâce à l’expérience engrangée dans le corps d’armée, à travers les exercices militaire, sources d’inspirations pour l’organisation sportive de la Société.

Malgré ces départs et ce « schisme », la cohésion reste. En 1907, les aspirants « Sociétaires » devaient passés au moins trois mois au sein de la troupe selon le Règlement pour aspirer à être reconnu comme un membre exclusif sans oublier les qualités supplémentaires nécessaires à l’engagement : « l’assiduité aux offices et de l’entrain aux jeux ». Le 8 décembre 1907, Monsieur le Curé organisa la première cérémonie de réception des sociétaires, « après leur avoir rappelé que désormais, ils allaient être « du Patronage », il avait accueilli leur promesse de rester fidèles à leurs devoirs de bon chrétien et à l’amitié envers leurs camarades ». Ensuite, ce fut au tour des médailles du Sacré-Cœur accrochées d’une façon martiale sur la poitrine de chaque engagés du « Patronage » qui n’avait alors, ni de nom, ni de de statuts reconnus par la juridiction de la troisième République pourtant bien enracinée sur le territoire mais échappant aux esprits des plus fervents du Seigneur.

Ces engagés, 12 apôtres, s’appellent : Angot, Bahet, Charbonnet, Delhomenie, Gabriel Duclaux, Garroux, Laplaud, Palouzat, Parry, Pastier, Potet, Vialle. Ils étaient devenus « quelqu’un » aux yeux du « Patro » et pour l’extérieur aussi. Des apôtres dont la première mission reste la défense du catholicisme et de leurs principes moraux. Louis Varnoux, en garnison dans l’Est de la France, estime à ce propos dans une lettre adressée aux paroissiens : « Ce n’est pas parce que nous sommes catholiques que nous sommes moins intelligents et moins débrouillards que les autres. Au contraire, n’est ce pas ? Aussi il faut le faire voir à tous et partout : les plus petits qu’ils soient encore à l’école doivent être les premiers de leur classe ; ceux qui sont les plus grands doivent être à l’atelier de bons apprentis qui apprennent bien, afin d’être plus tard de bons ouvriers et surtout, personne ne doit se cacher d’être du patronage. ». Les propos de Louis Varnoux illustrent bien le rôle du patronage et le succès qu’il rencontre dans les faubourgs tumultueux de Limoges. Dès le début du XX ème siècle, des patronages l’affirment haut et fort, l’idéal de l’excellence doit être porter par leurs membres. Sans conteste, cette recherche du meilleur et du don de soi, amène très vite les patronages à se placer dans les compétitions, contre les laïques. Le résultat intéresse peu les sociétés catholiques, la motivation l’est… un paradoxe car elle sera le moteur des résultats brillants dans les championnats régionaux de Basket-Ball, vingt plus tard, d’un « Patro » comme « La Martiale ».

Doucement, Le blé se levait « ça fleurait le printemps »… La Martiale est née

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Le Patronage de La Martiale en Juillet 1929 (source : L’Alerte, Organe de la Paroisse Sacré-Cœur, Octobre 1929).

L’assemblée des disciples de la Société du Sacré-Cœur s’agrandit de jours en jours. En parallèle, des liens de camaraderie se tissent entre les « bons enfants du Sacré-Cœur » (surnom donné dans les années 1900, aux jeunes du Sacré-cœur) et les « adolescents » de la Cathédrale Saint-Étienne (donnera naissance quelques années après, à « l’Espérance de Saint-Étienne »), et enfin avec « Les Francs de la Saint-Louis » ceux qui deviendront les pensionnaires de la « Saint-Louis de Gonzague », futurs rivaux des années 1930-1950 (association créée en 1912). À titre d’exemple, en 1908, la participation des « Francs de la Saint-Louis » à une fête de la gymnastique en marge du « Congrès paroissial » [du Sacré-Cœur?] avec ceux des « bons enfants » dévoile la proximité de ces groupes.

Le réseau dont peut bénéficier la Société des « bons enfants » permet à ces derniers, d’établir des passerelles nouvelles entre les paroisses et d’élargir le cercle des connaissances. De part cette supposition, la constitution d’une antenne de la Fédération Gymnastique et Sportive des Patronages de France, à Limoges semble être faciliter par les bons rapports entre jeunes chrétiens. Les jeunes investissent de fait, le terrain, pour l’avenir… L’union des catholiques n’est pas anodine, elle s’inscrit dans une renaissance du catholicisme à travers sa force vive, la jeunesse. La bataille de la jeunesse est déjà engagée depuis longtemps avec les laïques, qu’ils soient socialistes ou libéraux.

Au printemps 1908, les contours d’un Patronage officiel se précisent. Dans sa caserne, en Lorraine, à Frouard, Louis Varnoux ébauche dans une lettre, un projet, inspiré de ses pérégrinations nancéiennes. Ce projet prévoit la création d’une « classe » ainsi qu’une « gym’ ». Entendez par une « gym », une méthode spécifique de la gymnastique. L’âme du « Patro » murissait. Déjà le 31 mai 1907, le Sacré-cœur participait à la première « Fête des Patronages » à Limoges. Partout de la Haute-Vienne et même de Creuse, 1200 adolescents se présentèrent sous la nef de la Cathédrale et défilèrent dans les boulevards de la ville ! La journée est marquée par un discours de « Monsieur Brette », ouvrier de la chaussure appelant à la création d’un « Cercle d’études ». Le « Cercle » est dans une mesure, une avant-garde militante des Patronages dans laquelle le débat spirituel et terrestre devait avoir lieu… à l’image des salons ouvriers ou des universités populaires, viviers importants du débat sur la condition ouvrière. Vers 1908, le Cercle d’études est né. Il fut très vite suivi, d’une seconde naissance, celle qui nous intéresse : le Patronage de La Martiale. Louis Varnoux y pensait depuis longtemps, en 1908 il disait alors : « lorsque je serai de retour, vous serez tous plus grands et alors nous ferons une société de gymnastique chique, épatante, dont vous serez fiers de porter l’insigne. ».

Sur ces paroles, trois mois plus tard, l’Abbé Maury et les paroissiens nivellent « la fosse aux ours », et répandent « des tombereaux de tanin y étaient déversés, ménageant aux chutes un peu lourdes des novices un tapis feutré[…]. Une barre fixe, des barres parallèles, des anneaux, une corde-lisse, une échelle horizontale attendaient les gymnastes. Ce ne fut pas long. Les inscrits furent nombreux, et en décembre, les papas qui venaient parfois chercher les « pupilles », s’extasiaient devant le bon travail de nos moniteurs. Les choses allaient joyeusement et militairement : il y avait deux caporaux ; il y eu bientôt deux sergents, le grand Georges (Pastier évidemment) et Germain Pommaret. On s’y rompait à la discipline, à l’obéissance prompte et au silence sous les armes ou plutôt sous les agrès, et, dès janvier, figurines en mains, on s’attaquait aux « ensembles » imposés par la « Fédé » [FGSPF].».

Le Patronage est lancé. Louis Vardoux de retour, aidé de Maurice Valade se chargent de récupérer les cotisations. Tout se portait à merveille, pourtant, il manquait au second enfant… un nom ! Pour ce baptême, des noms sont proposés : Le « Sans Peur », très chevaleresque ; d’autres pensés à « La Vaillante » bien banale dit-on, ou encore pour « Jeanne d’Arc », d’actualité dans les années 1900.

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L’emblème de La Martiale pour les 100 ans (source : http://www.paroissejp2-limoges.com).

Le curé mit tout le monde d’accord en mars 1910 et « ce fut lui qui baptisa notre jeune société de ce joli et fier nom […] Martiale ». D’une simple décision du Curé, le nom du Patronage fut trouvé. La Martiale nom du Patron et évangélisateur de la ville confère au Patronage un nom fort et symbolique. Il faudra en être digne. Dès lors, les mamans des équipiers de La Martiale se hâtèrent pour confectionner des « culottes » (deux-trois francs la pièce) ; le patronage « généreux et débrouillard, y joignait à des prix défiant toute concurrence, maillots d’un bleu joyeux et délicats, bérets larges, et immaculés, écharpes claires, aux couleurs de notre patron, élastique noir pour la ceinture. ».

Un an plus tard, l’association est constituée le [26 octobre?] 1911, La Martiale peut voir grand et rejoint par ailleurs la FGSPF du Docteur Michaux. Trois ans plus tard, La Martiale a son équipe de Football… La guerre éclate, c’est la mobilisation générale. En 1918, une partie de ces braves gens furent fauchés par la mitraille, en pleine force de l’âge. À la sortie de la guerre, les minots d’antan combleront rapidement ce manque. Parmi eux, Albert Chaminade, ancien vice-président de la FFBB, à l’occasion des 75 ans se souvient des années 1920 et du Patronage dont il fut membre (1920-1927) : « J’ai appartenu à la section gymnastique, qui fluctuait entre 20 et 25 membres […] j’ai le souvenir de cette clique composée de trois tambours et huit clairons qui, malgré ce petit effectif, avait fière allure dans les défilés ou les fêtes auxquelles elle participait. ». La troupe du patronage effectuaient souvent devant un public curieux, des Pyramides, des acrobaties et démonstrations gymniques…en quelque sorte, la gymnastique était sa spécialité.

En 1927, Albert Chaminade quitte le patronage pour rejoindre son moniteur, Léon Moreau (ex-La Martiale), aux Cadets de Saint-Michel qui venaient de se lancer au jeu de James Naismith. Dans les années 1920, la gymnastique a rythmée la vie du patronage de La Martiale. Toutefois, à Limoges, incontestablement, le sport montant fut le Basket-Ball, à l’instar du Football et du Rugby, propulsé par la machine sportive du club laïque (appelés le plus souvent de « Bourgeois »), le Red Star (on peut rajouter le CAPO Limoges également comme initiateur), évoluant sur le terrain de Beaublanc (à l’emplacement de la crèche de Beaublanc) qui selon les sources, pratiqué ce sport depuis 1920 ! La Martiale y prendra goût à partir de 1929, en fondant sa glorieuse section de Basket-Ball.

La suite bientôt, dans un deuxième volet.

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